Nouvelle Vague

TUMI & CHINESE MAN

TUMI X CHINESE MAN - Print - photo by Yann Marquis

Chinese Man une formation française de hip-hop née en 2004 et issue de la scène musicale d’Aix-en-Provence. Ses influences sont multiples et très éclectiques. Funk, jazz, dub et reggae parsèment les morceaux du groupe. Une unité et une harmonie musicales existent et notamment au niveau de la manière de composer. 5 albums et plusieurs maxis sont déjà sortis jusqu’à présent et des tournées successives ont eu lieu.

 

Comment vous est venue l’idée de la collaboration avec Tumi pour ce nouvel album ?

Nous étions assez fan de son travail et nous avons pu l’approcher en 2011 lors d’une de ses tournées pour discuter avec lui, nous lui avons alors proposé de faire un morceau ensemble sur Groove Sessions Vol.3 avec le titre écrit en commun “Once Upon A Time”. Ensuite l’opportunité s’est présentée et offerte à nous de mettre en place une collaboration en réalisant tout d’abord une session où nos idées lui ont particulièrement plu, ce qui nous a permis de composer tous ensemble 6 titres en 6 jours, même si l’aboutissement final du projet a pris une année entière à se concrétiser.

 

Les nouvelles sonorités qu’on peut entendre sur ce disque, est-ce un choix prémédité et réfléchi ou bien cela s’est fait de manière naturelle et improvisée ?

Tout ce qui existe est lié à des choix de samples communs qui nous intéressent à tous les 3 et là nous avions envie de proposer à Tumi des rytmiques hip-hop différentes en 6/8. Vu le flow de celui-ci nous trouvions ça intéressant et les maquettes que nous avons réalisées devaient être en accord avec ses aspirations et influences personnelles, ce n’était donc pas volontaire initialement mais cela cette idée s’est affinée avec le choix définitif des démos et maquettes que nous avons pu composer au fil du temps.

 

Comment se déroule votre processus de création ?

Nous prenons le temps d’écouter de la musique, de se retrouver, de passer du temps ensemble et de pratiquer notamment sur les nouvelles technologies qui évoluent sans cesse. Nous récupérons des disques en chinant, nous écoutons tout ça en conservant les parties qui nous intéressent, en fonction de celles-ci nous essayons de recoller tous les petits bouts piochés et choisis de manière cohérente pour en sortir un résultat concret qui tient la route. Par la suite nous tentons de créer une rythmique, un son de batterie, une ligne de basse en travaillant toujours tous les 3 communément, comme d’ailleurs depuis le début de notre carrière.

Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?

Nous avons 3 visions et vibrations musicales différentes même si le hip-hop est notre base musicale. Un album comme “Entroducing” de DJ Shadow a été pour nous fondamental. La musique du Monde, le jazz, la musique brésilienne, la cumbia sont aussi nos grandes sources d’inspiration même si rien n’est vraiment défini au début de la création d’un album car nous privilégions l’aspect hybride de la musique en nous laissant plus porter par elle plutôt que de vouloir la contrôler absolument, ce qui en définitive nous rendrait sectaires.

 

On ressent que le jazz vous a beaucoup influencé sur cet album, quels sont vos jazzmen favoris ?

Ella Fitzgerald et Louis Armstrong que nous écoutions beaucoup au sein de ma famille, Miles Davis, Nina Simone que nous adorons tous les trois mais moins dans des choses plus pointues ou complexes. Erik Truffaz pour le nouveau jazz qui nous a mis une bonne claque par exemple. Nous ne sommes pas véritablement des spécialistes de jazz.

 

Pensez-vous que le hip-hop actuel souffre d’une surenchère au niveau des effets de style qui lèse l’authenticité et la créativité de ce mouvement musical ?

Honnêtement je pense que la musique est tout le temps en mouvance, le hip-hop n’est jamais figé et c’est bien le propre de ce mouvement là justement. Ce qui compte pour nous c’est de développer notre musicalité et nos qualités créatives en essayant de faire un maximum abstraction de l’évolution ou la tournure que peuvent prendre la musique hip-hop. Prenons l’exemple de Kendrick Lamar qui est sous le feu des projecteurs actuellement mais que je préfèrerai écouter en ayant un peu plus de recul, de distance avec ce buzz car lorsque nous attendons trop d’une œuvre artistique à un moment précis nous sommes souvent déçus. Cela permet aussi d’avoir une opinion plus nette et juste du réel talent et potentiel d’un artiste. Il y a à boire et à manger dans tous les styles musicaux de toute façon. Le temps parle toujours plus que la mode.

 

Sur “Jungle Boogie” j’ai parfois l’impression d’entendre DJ Vadim, est-ce une de vos principales influences ?

C’est certain qu’il fait partie de nos connexions musicales. Il est évidemment en phase avec le travail que nous réalisons aujourd’hui, nous pourrions d’ailleurs rajouter DJ Shadow, DJ Format, DJ Krush qui ont les mêmes approches et visions que nous par exemple au niveau de l’utilisation du sampling. Les techniques qu’ils utilisent dans la manière de produire sont similaires aux nôtres de manière claire.

 

Le travail sur les samples est toujours aussi pertinent, étiez-vous sur la même longueur d’ondes avec Tumi à ce niveau-là ?

Oui complètement et immédiatement car le sample raconte toujours une histoire, une histoire qui dure pour notre part depuis le début des années 90. Avec Tumi nous avions la même aspiration et le même respect face à celui-ci. Avec le sample nous pouvons avoir très rapidement une idée de ce qu’adviendra un morceau. Tumi avait vraiment très envie et était très motivé à l’idée de partager avec nous cette utilisation, qui par son intermédiaire nous a aussi rapproché culturellement parlant.

 

L’apport de MC’s sud-africains en guests a-t-il été déterminant quant à la couleur musicale que vous avez voulu donner à votre album ?

En réalité, lorsque que nous montons un projet avec des invités, il y a des tonnes de paramètres à prendre en considération, même si nous n’avions pas la certitude d’obtenir leur accord. L’idée principale ne relevait pas du simple fait de rapprocher l’Afrique du Sud à la France de manière uniquement géographique mais de créer et d’établir des connexions dans ce qui a pu graviter autour de nous, de nos vies et des gens qui entourent celles-ci ces derniers mois, tout en mixant des couleurs musicales éclectiques et à la fois complémentaires. Youngsta en est le parfait exemple en apportant la fraîcheur de sa jeunesse, ce qui est une caractéristique aussi de notre volonté artistique en cette année 2015.

 

Comment s’est passée votre tournée actuelle ?

C’est la fin et c’était vraiment super. Nous avons beaucoup apprécié comme cette semaine au Trianon, un live extraordinaire avec une équipe riche en idées. Nous avons réalisé cette tournée sous plusieurs formes avec des tailles de salles qui variaient. Nous avons tenté de créer une base assez forte sur scène, ce qui nous a permis par la suite et si l’envie nous en prenait, de rajouter des artistes à notre guise de manière plus simple. Quoi qu’il en soit, ce sont toujours des moments et instants magiques et inoubliables, gravés à jamais dans nos mémoires.

 

Quelles sont vos ambitions musicales pour l’avenir ?

Faire retomber un peu la pression avant tout et se reposer. Rien de vraiment prévu pour le moment, nous soufflons un peu. Nous allons nous occuper de notre label malgré tout mais rien d’annoncé, pas de projets particuliers pour l’instant. Nous allons décompresser, écouter de nouveaux sons, prendre du recul, se ressourcer et se régénérer pour retrouver une inspiration fraîche et nouvelle.

Frédérick Jourdon

 

www.chinesemanrecords.com

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