Nouvelle Vague
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#NVmagLiveReport

Du 30/05/19 au 01/06/19 à Paloma – Nîmes (30)

 

Si, d’aventure, un festival se devait de porter, haut et fier, l’étendard de l’univers événementiel estival, le rassemblement This Is Not A Love Song (NDLR : TINALS pour les intimes) aurait clairement la légitimité de prétendre à ce titre. Pour sa septième édition, ce rendez-vous, quasi familial, de par son atmosphère et son contenu, réussi, une fois de plus, son pari : prendre la culture et ses tendances à contre-courant. TINALS c’est avant tout l’occasion pour un public de plus en plus nombreux chaque année (NDLR : 18000 visiteurs cette année), de découvrir une scène musicale aux intonations étonnantes et surprenantes. Pour l’édition 2019, les organisateurs ont tenu, plus que jamais, à assumer leur volonté de dérouler une affiche sur laquelle les têtes d’affiches, habituellement présentes sur ce type d’évènement, laissent la part belle aux talents alternatifs. La réalité fit cependant sourire les passionnés de musique pop, rock, indie et noise. En effet, parmi les cinquante-cinq artistes présents, derrière des noms tels que : Shellac, Stephen Malkmus, Low, The Messthetics, se cachaient de véritables ténors des différents mouvements représentés tout au long de ces trois jours de festivités. Le choix de privilégier la qualité, sous toutes ses formes, à la quantité, est clairement mis en avant. Rechercher la satisfaction du public avant le profit. Une stratégie gagnante, puisque l’intégralité des blind-pass, sésames permettant l’accès au festival sur ses trois jours et vendus plusieurs mois en amont de l’évènement, et ce, à une date où aucun groupe n’est encore dévoilé, s’est vendue en une semaine. Un record ! Cinquante-cinq groupes répartis sur trois jours avec une formule très attractive. Car si le TINALS se démarque de ses confrères en proposant un tarif le plaçant parmi les festivals parmi les moins chers de l’hexagone, le tout pour un rapport qualité/durée/prix absolument extraordinaire, une partie de sa programmation, de 15h à 19h30, est accessible gratuitement. Sur un site décoré tout spécialement pour l’occasion, des festivaliers venus de partout en France mais aussi de l’étranger, se sont vus déambuler au milieu d’un décor tiré d’une inspiration écolo-romantique. On pouvait, notamment, y admirer les deux Inséparables, gigantesques marionnettes articulées, emblèmes du TINALS 2019, un cheval de Troyes, des fleurs géantes, de la verdure omniprésente sur toute l’aire côtoyant Paloma, des bambous, prêtés par Bambusa, dressés fièrement pour démarquer les contours des différentes scènes, le tout parsemé des nombreux food-trucks et bars déployés pour l’occasion. Original, un bar à glaces, proposant des parfums à l’image de l’esprit indé du festival et tenu par les élèves du CFA Sud Formation CCI Nîmes Marguerites sous la houlette d’un maître glacier, offrait un moment de détente très apprécié à en juger par la queue incessante de gourmands de tous âges venus déguster les glaces confectionnées à partir de produits locaux. Etape incontournable, le stand du Trou Noir, commerçant basé à Nîmes, venu offrir la possibilité, aux fans, de repartir avec le ou les vinyles de leur choix. Relaxant, un espace, équipé de gros coussins confortables, permettait de se reposer à l’ombre d’un brumisateur géant ; initiative très appréciée en ce début du mois de juin au cœur du Gard.

 

Le TINALS, c’est cinq scènes réparties aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de Paloma : de la superbe Grande Salle au cosy Club en passant par le Patio, le Mosquito et le Flamingo. C’est aussi, parallèlement, aux concerts, des espaces conférences/ateliers tenus par de passionnants et talentueux orateurs. Que ce soit la Happy Team, la Chorale Pop ou bien les nombreux intervenants de l’espace El Barrio, parmi lesquels le guitariste masqué et le bateleur de foire à bord de leur camion enceinte, tout était calculé pour qu’il n’y ai aucun moment de répit aux festivaliers en mal d’activités. Et elles étaient nombreuses : Karaoké, Sound-Truck, Tarot de l’Amour, Bal de Promo, Yoga Bière. Côté ateliers, pléthore de choix : Bijoux Céramiques, Makey-Makey et ses instruments constitués d’objets du quotidien, le Vélomixeur ou l’art de préparer son jus de fruits en pédalant, le classique Couronne de Fleurs et Boutonnières, principal équipementier des têtes des participants au TINALS, Broderie et Badgerie. Des débats avaient, de même, lieu tous les jours, leitmotiv cette année, Indépendance, l’ »Indépendance à l’ère du Numérique » ; le jeudi, « Indépendance et Féminisme » (un grand moment de partage et d’émotions); le vendredi et enfin « Indépendance hors Format » ; en conclusion le samedi. La présence de bornes de recharges solaires de téléphones portables mises gratuitement à disposition du public par l’association Enercoop confirmait la tendance écologique du festival. Il était également possible de se faire dédicacer les bandes dessinées de Tanx et Fabcaro au son du live diffusé par la radio Ferarock.

 

Côté concerts, rarement un festival a su mêler aussi gracieusement découvertes, surprises et originalité. Et s’il était difficile de participer à l’intégralité des shows dispensés tout au long de ces trois jours, il était, en revanche, impossible de ne pas apprécier l’ensemble des prestations quelque soit la scène devant laquelle on se trouvait.

Soyons francs, au TINALS, toutes les sensations ont rendez-vous. Le jeudi, la douceur et la poésie de l’artiste Néo-Zélandaise, Aldous Harding, transforme la Grande Salle en un lieu de communion créatrice qui ne laissera personne indifférent, la lumière posée sur la jeune chanteuse, toute de blanc vêtue, contraste divinement avec le noir profond régnant sur l’immense scène. Dehors, sur la scène Flamingo, Inspector Cluzo ouvre officiellement le bal du rock, les deux compères landais tout fraîchement revenus d’une énorme tournée au cours de laquelle le groupe présentait son tout dernier album « We the People of the Soil », n’ont pas leur langue dans leur poche, et si certains ont pu, visiblement, se sentir irrités par le franc parlé du chanteur « Malcom », la réalité sautait aux yeux, le show fut une étincelle dans un baril de poudre. S’en suivait une des prestations les plus attendues de cette édition, Shellac, et, là encore, pas de déception. Emmené par Monsieur Steve Albini lui-même, le trio originaire de Chicago était venu avec la ferme intention de dispenser une vraie leçon de rock minimaliste. Un concert fabuleux, unique. Steve, qui se targue, entre autre, de collaborations avec les Pixies, Nirvana, The Jesus Lizard et PJ Harvey, était visiblement dans une forme éblouissante. Il en résulte une performance interprétée avec un son proche de la perfection. Absolument grandiose.

Impossible de passer outre le trio Messthetics, issu de la rencontre entre la section rythmique de Fugazi et le guitariste Anthony Pirog, les trois artistes régalèrent visiblement un public venu, serré, dans l’espace du Club, découvrir une musique techniquement et artistiquement géniale. Instant de quasi transe avec le groupe américain Built to Spill, une musique indie flirtant avec la prouesse créatrice. C’est à l’extra-terrestre Fat White Family et à sa musique indie rock que revint la lourde responsabilité de clôturer cette première journée d’un festival définitivement parti sur les chapeaux de roues.

La journée du vendredi ne présenta aucune baisse de régime. Premier groupe, Poutre, et leur rock explosif. Pour les amateurs d’endommagement de cervicales, le meilleur concert du jour. Le TINALS et ses émotions, c’est aussi ce rayon de soleil qui éclaira le visage d’Isaac, petit garçon de huit ans, malentendant, venu avec son papa, et découvrant, soudainement la musique de Off  The Wagon en retirant ses bouchons pour oreilles. Magique !

Lou Doillon et Big Thief assurèrent le relai, dehors, sur la scène Flamingo et Mosquito. DTSQ, groupe de rock psyché venu tout droit de Corée, ouvrit la Grande Salle avec un son des plus complets, punk, blues, électro, tout y passe. Autre révélation de ce TINALS, Lizzo, plébiscitée par tous les médias culturels du moment, la jeune chanteuse rap américaine déboula sur les planches de la Grande Salle avec la ferme intention de convertir le public à sa cause. De l’énergie en barre, une performance explosive. Il fallait être ensuite dans la salle du Club pour découvrir le phénomène JPEGMAFIA. La salle est pleine à exploser et le set du rappeur américain ne laissa pas intact. Seul sur scène avec son ordinateur portable au milieu de la scène, Barrington Devaughn Hendricks de son vrai nom, enflamma l’atmosphère se donnant corps et âme dans sa prestation. Stephen Malkmus, leader de Pavement, offrit un concert qui rappela, aux fans venus nombreux, en quoi il méritait son statut de pionnier de l’indie rock des années 1990. C’est sous le noise rock hardcore du combo It It Anita que ce finit ce deuxième jour de festival.

Samedi et dernier jour de festival, et, là encore, un monde de découvertes se dévoilant aux festivaliers. Le voyage débuta sous le signe du soleil levant avec le trio Shonen Knife, légendes du punk japonais, et leur set très dansant. Suivies de Wednesday Campanella, une artiste, japonaise elle aussi, haute en couleur que l’on pourrait situer directement dans le sillon de Björk tant elle transcende son propre univers. Un concert qui prit place aussi bien sur scène que dans le public, parfois dissimulée dans un ballon géant, parfois retrouvée assise en haut de la tour de l’ingénieur du son. Sur la scène Mosquito, les irlandais de Fontaines D.C retournèrent absolument tout, du punk merveilleusement interprété. Le rock psyché de Warm Drag fut l’une des surprises de ce festival, un show lové au cœur de la scène du club, une ambiance feutrée pour une musique qui passe autant par le corps que par le son. A l’extérieur, retour à la musique pulsée avec les punks de Shame, une prestation qui, avec la nuit tombante, prend toute son ampleur. Un Charlie Steen décidé plus que jamais à fusionner avec son public. Vint alors l’heure de pénétrer en la cathédrale de Low, dressée sur la scène de la Grande Salle, celle-ci accueillait une foule de festivaliers venus très nombreux découvrir ou bien réécouter la musique quasi sacrée du trio issu du Minnesota. Un spectacle magnifique de par son jeu de lumière, hypnotisant de par ses sonorités et l’harmonie des voix entremêlées de ce couple prodigieux. La soirée touche tend doucement vers sa fin avec le groupe Prettiest Eyes, un show d’une énergie sans limite, un public invité à monter sur scène et un membre de la sécurité complètement perdu au milieu de cette vague humaine, un souvenir plein d’humour à emporter. La ligne d’arrivée fut franchie par le groupe français Johnny Mafia, monté sur les planches sous les douces notes d’une intro musicale visant à calmer les âmes d’un public qui venait de vivre trois jours de pures sensations artistiques. Puis Johnny Mafia commença à jouer, et là, le calme décida de se retirer ! Place à un garage punk délirant, une pure folie, un public slamant comme s’il s’agissait de son dernier concert, un show tellement bon, qu’il ne parût durer qu’un trop court instant.

 

Retour aux voitures garées dans le champs juste en face, sous le guidage bienveillant du service d’ordre qui aura su se montrer aussi efficace que discret durant tout le festival. Les festivaliers croisés ont les yeux plein de lumière et le visage ravi. TINALS 2019, au delà de toutes ses promesses. Trois jours de pur bonheur. Une programmation d’une qualité inouïe, un public infaillible, une organisation efficace. Les qualificatifs gratifiant manquent pour décrire le sentiment de plénitude ressenti à l’issue de cette bouffée d’oxygène. Une seule question demeure, quelles seront les dates du TINALS 2020 ?

 

Aurélie Kula

thisisnotalovesong.fr/

 

Crédit photo : Aurélie Kula

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