Nouvelle Vague
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#NVmagLiveReport

Le 01/08/2020 au Wao – Puget Plage (83).

L’association Zik en Paca se démène pour garder la tête hors de l’eau malgré l’annulation du Roots du Lac initialement programmé les 23 et 24 mai à Montauroux. C’est donc logiquement que les tenanciers du Wao, à Puget plage et l’association se sont entendus pour organiser ce délicieux concert malgré les contraintes pesantes en vigueur. Au bord de l’Argens ce sont près de 300 personnes qui se sont retrouvées hier soir, leur enthousiasme n’ayant d’égal que la convivialité du lieu constitué de dunettes de sable très accueillantes qu’on y danse ou qu’on s’y asseye tranquillement. Le Wao est un lieu de détente, de baignade et de restauration que je découvrais à cette occasion mais que je ne manquerai pas de fréquenter à nouveau tant l’ambiance cool est en décalage positif avec la ferveur touristique du coin.

Nous avons eu droit à l’entrée au consignes sanitaires et à la pulvérisation de gel désinfectant mais c’est le seul moment de la soirée où nous avons ressenti la pression et le stress particulier qu’on du subir les organisateurs. Si seulement tous les lieux commerciaux ouverts pouvaient être aussi respectueux des consignes ! Le sens du collectif du public reggae a fait le reste et nous avons pu passer une soirée en toute décontraction sans nous voir en réanimation le lendemain.

Le concert a débuté par le set world/reggae de la sénégalaise Mariaa Siga enfin accompagnée de manière idoine. Un guitariste/bassiste jouant d’une guitare aux cordes nylon produisant un son doux et doté d’un groove « africa » et un percussionniste du même cru donnent enfin à sa musique la tessiture qui lui convient. Le dispositif technique, bien maitrisé mais léger sied parfaitement au folk rythmé de Mariaa et elle a pu dérouler sa musique aussi entrainante qu’émouvante qui lie rapidement l’audience et les musiciens. Comme toujours la complicité est le mot qui décrit le mieux les prestations de cette chanteuse aussi exotique (pour nous) que professionnelle car elle sait entrainer son public et alterner des ambiances à même de concentrer l’attention et faire danser sur la durée du concert. Elle sait savamment doser douceur et énergie sans les confondre pour des concerts vraiment vibrants.

Après Mariaa Siga que je connais bien, la véritable surprise est venue du chanteur Yoskel qui s’est présenté accompagné d’un percussionniste, une formule totalement acoustique qu’on devine issue du confinement car je sais que c’est sous cette forme que les organisateurs l’ont découvert. J’avais déjà vu Yoskel accompagné de l’ensemble National de Reggae, une formation qui s’est faite connaître grâce à ses compétences à distribuer de la musique reggae syncopée de qualité tout en déambulant ce qui est une formule peu courante dans ce style musical. Dans un répertoire plus soul, je dois dire qu’il excelle, au-delà de ce que ses vidéos peuvent laisser penser. Ses origines Camerounaises, pays partiellement anglophone, l’aident à avoir une bonne diction en anglais, langue dans laquelle il chante. Alternant compos personnelles et reprises de standards de la Soul Music, il s’est produit devant un public qui le découvrait et la formule scénique basique a tout simplement mis sa voix en évidence et le public a été conquis s’étonnant progressivement des capacités de ce chanteur que personne ou presque ne connaissait en début de soirée.

La soirée a pris un tour plus reggae à partir du set des Nartubians, un groupe qui déroule de manière tout à fait correcte des reprises issues du répertoire roots rockers jamaïcain des 70 ‘s. Le groupe que j’avais vu en terrasse d’un bar varois quelques semaines auparavant constitue le groupe d’apéro parfait, distribuant de la vibe reggae en toute justesse ce qui constitue pour moi un fond musical très agréable et porteur à cet horaire. Sans surprise et sans réelle originalité leur set a quand même mobilisé l’audience surement moins difficile que moi et les authentiques vibes reggae nous ont fait du bien à tous.

Le groupe Alambic que je découvrais m’a agréablement surpris. A la base je ne suis pas preneur du style reggae festif souvent rythmé ska sans aucune nuance et ce ne fût pas le cas. Ce qui relève leur propos artistique c’est une énergie communicative mais aussi des textes vraiment bien écrits et réellement drôles, subtils mais provocateurs et efficaces. J’adore leur titre 3ème âge qui n’a pas peur de mettre les pieds dans le plat et utilise les armes des forces du mal pour les tourner en dérision. Leur musique chaude parfois latine enrobe très bien leurs textes et évite les écueils du reggae humoristique que je trouve souvent mal joué, ce n’était pas le cas du tout. Lancés il y a peu dans une optique plus professionnelle, ils ont les outils pour s’en sortir et avec une constance dans le travail et une bonne cohésion dans le groupe sur la durée, leur projet peut tout à fait aboutir.

Pour finir je dois par conscience journalistique évoquer les deux réserves que j’ai pu avoir sur la soirée qui est une constante sur les concerts de Zik en Paca. Tout d’abord les tarifs excessifs des consommations qui sont en décalage avec leur esprit associatif et à mon sens brouille la portée de leur engagement sincère auprès du public et des artistes régionaux. Comment justifier un verre de rosé ou une barquette de frites congelées à 4 euros ? J’ai entendu au cours de la soirée de nombreuses remarques du public en ce sens et à mon avis il serait positif de renégocier les partenariats avec les prestataires présents sur leurs concerts pour mieux être compris d’un public fidèle qui a chaque fois joue le jeu et répond présent. Entre Roots du Lac et Roots à la rivière, le fana d’eau douce fraiche que je suis regrette cette promesse non tenue et l’impossibilité d’accéder à la rivière pour se baigner. Je comprends les difficultés en matière de sécurité mais à mon avis des solutions existent pour éviter cette frustration que je ne suis pas le seul à ressentir. Pourquoi pas un « before » en après midi autour d’un sound system doux sur les basses pour profiter des eaux de l’Argens ?

En tout cas le public rayonnait et l’enthousiasme était vraiment palpable derrière le sourire que chacun d’entre nous extériorisait tout au long de la soirée. Je remercie sincèrement Pamela et sa fidèle équipe, la clique d’Erwann au son dont l’enthousiasme n’a d’égal que le professionnalisme qui leur permet de faire feu de tout bois et de « sortir » un bon son avec constance quelque soit les moyens techniques disponibles. Bravo à tous ces gens motivés par la musique et le partage, amis, connaissances, inconnus ouverts à la rencontre qui m’ont permis de passer une excellente soirée. Le tout sans oublier l’équipe de Wao qui peut vous accueillir chaque jour de l’été à Puget Plage. Longue vie à toutes ces personnes et surtout à la musique reggae qui nous unit et nous réunit tous !

 

Emmanuel Truchet

 

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