Nouvelle Vague
ZOOM-Psy-4

Après trois albums tous certifiés disques d’or et quelques projets en solo, cet emblème du hip-hop marseillais remet ça. Les trois cousins, Segnor Alonzo, Don Vincenzo et Soprano, toujours accompagnés de leur Dj et ami d’enfance, Sya Style, continuent dans leur lancée et présentent leur dernier opus, « 4e Dimension », dans les bacs depuis le 1er avril dernier. Soprano revient pour nous sur cette sortie.

 

Trois cousins et un ami qui trainent ensemble depuis l’âge de 10 ans, plus qu’un simple groupe de rap, c’est une histoire de famille à proprement parler. Qu’est-ce que cela vous a apporté de plus ?

Les disputes et les malentendus dans le groupe se règlent en une fraction de seconde. Nous, ça dépasse la musique. Les dimanches, lorsqu’il y a des fêtes de famille, nous sommes tous les trois réunis et nous parlons d’autres choses, donc c’est vrai qu’avec les années cela facilite beaucoup nos relations. Nous avons vu plein de groupes se séparer avec le temps mais nous n’en sommes jamais arrivés là puisque nous sommes très soudés artistiquement et familialement parlant. C’est notre petit plus. Depuis le premier jour jusqu’à aujourd’hui nous rigolons ensemble comme si nous avions encore douze ans. Nous nous écoutons beaucoup et avons beaucoup de respect les uns pour les autres.

 

Cela fait environ 5 ans que vous n’avez pas sorti d’album après « Les Cités d’Or » en 2008 et depuis chacun de vous s’est lancé dans des projets en solo. Peut-on dire que ce 4e opus signe un retour ou bien les Psy 4 ne sont jamais vraiment partis ?

À chaque fois que nous faisions des projets en solo, nous étions toujours ensemble. Dans chacun de nos albums il y a toujours un morceau des Psy 4 de la Rime et quand nous sommes en tournée nous sommes aussi ensemble. Nous nous voyons pratiquement tous les jours depuis cinq ans. Pour nous, ce n’est pas un « retour » car même les albums solos sont indirectement les albums du groupe. Même si nous avons des univers différents, des personnalités différentes et des histoires différentes (c’est justement pour ça que nous sortons des albums chacun de notre côté), c’est toujours resté Psy 4 derrière, Psy 4 en priorité. Et puis nous prenons exemple sur le groupe IAM qui a réussi à tenir une longue carrière aussi grâce aux solos. Donc comme eux, chacun de nous a réussi à se faire un petit nom de son côté et c’est ce qui va peut-être permettre au groupe d’être encore présent pendant quelques années, de rester d’actualité par rapport au son.

 

Cet album était prévu de longue date ou bien est-ce une décision plutôt récente ?

Ce projet était prévu depuis longtemps, nous pouvons même dire qu’il était prévu depuis le début, depuis « Block Party ». En regardant toutes nos pochettes nous pouvons le voir, nous gardons toujours le même concept que nous faisons évoluer selon l’album et l’humeur dans lequel nous l’avons fait. Ça faisait donc longtemps que nous avions prévu de sortir cet album et même un prochain.

 

La pochette de « 4e dimension », surtout après celle des « Cités d’Or », induit une transformation comme si vous repartiez sur de nouvelles fondations plus modernes et que vous preniez le large, détaché du reste. Est-ce cela que vous avez voulu exprimer ?

C’est ça ! Nous avons surtout voulu expliquer le titre de l’album car les gens nous demandent souvent : « Pourquoi 4e dimension ? ». « 4 » parce que c’est notre quatrième album et il s’inscrit dans une nouvelle dimension puisque la musique et les moyens de l’écouter ont évolué avec les ordinateurs et tout le reste. Avant, par exemple, si quelqu’un ne sortait pas d’album pendant quatre ou cinq ans ce n’était pas long, c’était normal ! Aujourd’hui, si on ne t’a pas entendu pendant six mois on pense que tu as arrêté le rap ! Donc à travers la pochette nous avons essayé de montrer une nouvelle dimension, une nouvelle vision, une nouvelle construction. Puis nous avons intégré des dimensions parallèles comme le rocher qui se soulève, c’est un peu plus philosophique.

Vos bouts de chemins en solo vous ont-ils apporté quelque chose pour ce 4ème album ?

Oui beaucoup ! Nous sortions à chaque fois un album, des solos, un album, des solos, ça nous a permis de pousser des délires, seuls comme en groupe, de faire des choses que nous n’aurions jamais fait. Mais aujourd’hui, avec l’âge, l’expérience et les succès en solo, nous sommes plus en confiance pour tester certains trucs dans cet album là et, surtout, de les assumer parce que maintenant nous commençons à mieux nous connaître ainsi que nos goûts et nos attentes. Nos parcours solo nous ont donc énormément aidés pour faire cet album.

 

En plus de Sya Style, les Djs et beatmakers Spike Miller, Akos et Jay Fase ont bossés avec vous sur ce disque, sans compter les multiples featurings. On peut dire que vous avez sorti le grand jeu.

Je l’espère ! (Rires) Les beatmakers que tu viens de citer sont avant tout des proches. Par exemple, ce soir nous sommes en concert à Nancy et Spike Miller est là avec nous dans la loge. Akos est quelqu’un avec qui nous avons grandi, il a produit le morceau « Block Party » de notre premier album, il faisait aussi partie de La Cosca et nous avons donc travaillé avec lui pendant des années. Il y a deux, trois ans, nous avons aussi signé en édition avec Jay Fase et il y a des sons de lui sur chaque projet que nous sortons. En ce qui concerne les featurings, les choix se sont fait en écoutant les morceaux. Nous nous disions par exemple : « Imagine Zaho, elle aurait tué là-dessus ! », nous l’avons donc appelée. Pareil pour Kayna Samet, nous nous sommes dit: « Imagine une Mary J Blige, une Alicia Keys ou une Kayna Samet, ha ouai ça tuerait ! » et nous l’avons aussi appelée. Nous avons vraiment fait ces choix par rapport à l’instinct, à la musique et aux morceaux.

 

Contrairement aux trois premiers, ce 4ème opus semble plus multicolore, il recel de sons en tout genre: pop-rap commercial, égotrips, rap conscient, rap hardcore, etc. Mais vous semblez avoir pris une direction commerciale plus assumée avec beaucoup de morceaux que l’on pourrait retrouver à la radio ou sur les dancefloors. Comment expliquer cette tendance ?

C’est surtout avec l’âge, c’est-à-dire qu’aujourd’hui nous avons des enfants et la musique que nous écoutons à la maison est sans doute différente de celle que nous écoutions plus jeune. À cette époque ce sont les crises d’adolescence, tu es énervé tous les jours, tu as envie de tout casser, puis tu vas commencer à grandir et à prendre des coups dans la vie, tu vas peut-être être un peu plus triste ou mélancolique, etc. Mais le jour où tu es en famille tu vas vouloir écouter des morceaux comme « Lever Tôt » ou « Au Charbon » pour s’amuser un peu ; le jour où tu es avec des collègues et que vous voulez écouter un morceau américain, disons de l’égotrip, alors vous faites de l’égotrip ; des fois tu es dans un cadre un peu plus professionnel et tu as envie de faire des morceaux plus « conscient », etc. Ce sont justement tous nos albums en solo qui nous ont permis d’amener toutes ces couleurs à cet opus-là. C’est vraiment l’âge. Aujourd’hui la vie a fait que nous avons évolué d’une manière positive, dieu merci, et ce serai mentir de dire que nous sommes triste tous les jours et ce serai aussi mentir de dire que nous ne voulons pas faire de gros concerts, de grosses tournées et ce, tout en gardant notre plume consciente par rapport à ce qui se passe dans la société.

 

Sur la piste 3, « Crise de Nerfs », vous faites référence aux violences et autres corruptions qui touchent actuellement Marseille et j’aimerais donc connaître votre avis à ce sujet en tant que figure du hip-hop marseillais.

Dans l’industrie du disque en général, quand tu sors un morceau pour passer à la radio tu choisis le plus « banger », c’est-à-dire le plus ouvert ou sinon le plus dansant. Nous, nous ne pouvions pas faire semblant et fermer les yeux sur ce qui se passait à Marseille, alors nous avons directement envoyé « Crise de Nerfs ». Nous trouvions très important de faire réagir les gens sur la situation. Nous ne sommes pas là pour accuser qui que ce soit, dans cette chanson nous avons juste voulu faire un constat pour tirer la sonnette d’alarme. Cela fait maintenant presque 4 ans que c’est la folie chez nous à Marseille, les jeunes sont survoltés et nous avons peur pour nos familles et nos enfants.

 

Dernièrement, j’ai réécouté vos premiers morceaux comme « La fierté du sang » ou encore « Pour mes gens» sur la compil’ de DJ Kheops « Sad Hill Impact » (2000). Dans « Je suis ce que je suis », à l’époque des Kids Dog Black, vous n’aviez même pas encore mué pourtant le style, le flow, les rimes étaient déjà là. Qu’est-ce que ces débuts vous évoquent environ 15 ans après ?

(Rires) Tu m’en as à peine parlé et j’ai déjà le sourire. De la nostalgie bien sûr. Surtout « Je suis comme je suis », c’était une époque où nous ne nous appelions pas encore Psy 4 De La Rime et où nous étions 4 rappeurs. Ça me fait penser à mon collègue qui a arrêté le rap juste après et ça me fait aussi penser à nos débuts, quand tout le monde dans le quartier disait que le rap allait s’arrêter dans quinze minutes. Ça me fait sourire. Quand je repense à « La Fierté du Sang » et surtout quand je regarde le clip, je me rends compte à quel point nous étions fous. Nous étions tout petits, nous hurlions partout et il y a même des couplets où je ne comprends rien de ce que je dis. (Rires) Pour un artiste, la nostalgie est un cancer, mais il faut quand même garder un certain recul et réécouter ses anciens morceaux pour voir d’où nous sommes partis et pour ne pas perdre ni oublier cette fraîcheur.

 

Antoine Gaudin

Le 12/04 à l’Usine – Istres (13), le 13/04 au Paloma – Nîmes (30), le 18/05 au Palais des Congrés – Digne les Bains (04), le 16/06 au Théâtre de la Mer – Sète (34), le 05/07 à la Foire Exposition – Brignolles (83), le 23/07 au Théâtre de Verdure – Nice (06) et le 16/11 au Dôme de Marseille.

www.psy4delarimeofficiel.skyrock.com

 

Réservez vos places !

 

Laisser un commentaire