Nouvelle Vague

LOMEPAL

#NVmagZoom

Le rappeur-skateur le plus talentueux de l’hexagone revient un an et demi après son premier album, avec « Jeannine », un second opus qui traverse les frontières du rap. Lomepal nous offre sur ce disque des textes intimes et mélancoliques. Abordant des sujets comme l’amour, la maladie, la famille, à travers ses 17 titres, Antoine Valentinelli de son vrai nom, se dévoile plus que jamais.

Comment s’est passée la confection de ce deuxième album ?

Je suis parti à Rome l’hiver dernier et je me suis enfermé avec le noyau dur de ceux qui avaient produit le premier album. Nous avons essayé des morceaux dans tous les sens, sans trop savoir où je voulais aller. Ensuite, je suis rentré à Paris, j’étais un peu perdu, je cherchais comment faire, ça a pris quelques mois. J’étais en tournée en même temps, j’aimais bien dire « beau la folie » aux gens en concert. C’était une phrase que je disais quand je jouais. J’ai trouvé cet axe pas mal, puis après je me suis vite mis à parler de l’après-succès alors que je ne voulais pas trop l’aborder, je trouvais ça un peu cliché. Finalement, c’était la seule chose que j’avais réellement à raconter. Puis on a travaillé dessus, j’ai continué tout l’été à écrire, je suis entré en studio à la fin de l’été, j’y suis resté deux mois et on a fini l’album en octobre.

Sur l’album on retrouve des featurings de Roméo Elvis, Orelsan, Katerine et JeanJass, pourquoi eux en particulier ?

Ça s’est fait au fur et à mesure, il y en avait d’autres avec qui je voulais travailler mais je n’ai pas pu les avoir. Ça fait longtemps qu’on se connaît avec Orelsan, on était devenu pote après le premier album. Ça fait également longtemps que je travaille en collaboration avec Roméo Elvis et on a voulu faire un gros morceau en commun parce qu’on n’en avait pas. Et Katerine je l’ai rencontré il y a un an sur la radio Skyrock, on voulait vraiment faire quelque chose ensemble. Quant à Jean Jass, ça s’est fait un peu au dernier moment, je lui ai proposé de m’accompagner sur le morceau « X-Men » parce que je le voyais bien dessus.

A travers tes morceaux on voit que tu penses souvent aux bons et aux mauvais côtés du succès, tu retiens quoi finalement ?

Il y en a beaucoup de bons mais je trouvais ça intéressant de parler un peu de la face cachée du vice qu’il peut y avoir autour de ça. Vivre des émotions très fortes en tournée et puis rentrer, se retrouver chez soi et puis d’un coup être un peu déprimé. Le fait de toucher du doigt ce que je voulais atteindre depuis longtemps crée cette espèce de désillusion. Le bonheur absolu n’existe pas de toute façon, donc quand on atteint un rêve c’est souvent déprimant je trouve, mais il y a pleins de bons côtés aussi. Il y a aussi le surmenage, c’est très très épuisant mais en même temps c’est ça qui me fait vivre car ça m’empêche de déprimer quand je travaille. Et finalement c’est de cette ambivalence dont je parle dans « Jeannine ».

Tu dis que tu as beaucoup travaillé sur le titre « Trop beau », pourquoi ce morceau en particulier a été difficile à réaliser ?

J’ai écrit le titre assez vite à Rome puis un peu en rentrant, j’ai dû finir l’écriture en février dernier. Ce qui a pris beaucoup de temps c’est l’instru. À la base c’est une instru de VM The Don, un des mecs qui était à Rome avec nous, mais je la trouvais un peu trop indé et trop rap. J’ai tout de suite pensé que le morceau s’ouvrait à quelque chose de plus fort, je n’avais pas envie d’être limité, donc nous avons essayé de refaire l’instru, ça a pris plusieurs mois. Fin juin nous avons tenté encore des choses. Ensuite, Vladimir Cauchemar a recomposé dessus et là ça y est, il avait la bonne version que je cherchais.

Le morceau final est comme tu l’imaginais ?

Oui, quand j’ai eu l’instru de Vladimir Cauchemar, je me suis dis « Ah yes c’est exactement ça que je cherchais ». Je voulais quelque chose d’un peu kitch, variété française. Je sentais que c’était ça qui était le plus touchant. C’est un peu une vieille chanson.

Sur tes titres tu t’éloignes souvent du rap, c’est pour toucher un nouveau public ?

Honnêtement je fais vraiment ce que j’aime. Je ne réfléchis pas forcément au public que ça va me ramener. Je me dis juste que c’est ce qui m’intéresse. Je touche à d’autres styles musicaux que je ne maîtrise pas forcément mais que j’aime écouter. C’est pour ça que je m’éloigne du rap car je le trouve parfois un peu limité.

Sur cet album tu te livres énormément, c’était un besoin de le faire pour pouvoir ensuite avancer, ou juste une envie d’aborder ces sujets comme la famille par exemple ?

C’est vrai, c’est beaucoup plus intime. Dans « Flip » j’avais commencé à le faire, à parler un peu de ma vraie vie, d’être vraiment très sincère et transparent. C’est là où je me suis senti le plus à l’aise, ça m’a fait beaucoup de bien finalement. Je me suis rendu compte que de dire exactement ce que je ressens me permet de me soulager.

Tu parles aussi de la folie, as-tu peur de ça ?

Non plus maintenant, quand j’étais plus jeune c’était une perspective qui m’effrayait, mais je pense que c’était une peur que ma mère avait pour elle et puis ensuite c’est parti. Mais finalement aujourd’hui je n’en ai pas spécialement peur, de toute façon j’ai été confronté pas mal de fois à des gens qui étaient considérés comme fous. Il y a des choses que je trouve intéressantes chez ces gens.

Que penses-tu de l’accueil du public ?

J’ai vraiment eu beaucoup de chance. Je suis hyper fier, et pas seulement pour moi. « Flip » est quand même plus accessible que « Jeannine » je trouve. Je suis assez fier et je trouve ça cool d’avoir réussi a emmené autant de personnes à écouter mon album et qu’il ait mieux marché que le premier. Je trouve que c’est un album qui a du sens et qui est bien écrit selon ce que je veux faire, et c’est ce que j’aime en tout cas. En général ce ne sont pas les albums comme « Jeannine » qui tapent le plus de score. Cependant, de réussir à quand même bien le vendre et à remplir une tournée, ça me fait super plaisir.

Justement, appréhendes-tu la tournée des zéniths ?

En ce moment, je suis en pleine répétition, nous avons commencé il y a dix jours à peu près. La semaine prochaine je suis à Montpellier et je commence à y voir plus clair donc c’est rassurant. C’était flou encore avant, parce que je m’étais juste projeter à des idées, mais maintenant que je vois exactement comment ça va rendre, je suis hyper content.

Il y a moins de morceaux « banger » sur cet album, penses-tu que ça sera un peu plus calme que sur la tournée « Flip » ?

On va continuer à jouer « Flip », donc il y a toujours des morceaux qui vont faire bouger. Sur « Jeannine » il y en a quand même deux trois qui peuvent faire leurs petits effets, comme « 1000° », « Ma cousin » et « La Vérité ». Ce sont des morceaux qui vont quand même taper dedans. Le mélange des deux albums est intéressant je trouve. Ça ne sera pas spécialement plus sage que ce que l’on pense.

Alicia Aoun

Le 08/02/18 au Dôme – Marseille (13) et le 13/07/19, dans le cadre du Festival de Nîmes, aux Arènes – Nîmes (30).

www.lomepal.com

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