Nouvelle Vague

LOFOFORA

ZOOM-Lofofora-credit FRANCOIS VERTHIER-WEB

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Voilà maintenant trois décennies que Lofofora  régale les oreilles des rockeurs de tout bord, aux quatre coins de la France. Trente ans de résistance, de textes engagés, de concerts qui rassemblent, et de pogos qui défoulent. Le groupe a sorti son nouvel album « Vanités » en novembre dernier, dans une furieuse volonté de revenir aux sources du punk rock des années 90. La voix de Reuno continue donc de résonner encore et toujours, au son des textes engagés. Rencontre avec le plus engagé des rockeurs… en toute simplicité…

 

Peux-tu nous parler de la création de « Vanités » ?

C’est un album qui a été réalisé rapidement. Le précédent disque était un album acoustique, que l’on a sorti en avril 2019, sur lequel nous avions travaillé pendant un an pour la compo et l’enregistrement. C’était la volonté du label et du groupe, mais après il fallait faire un album électrique assez rapidement. Il y a toujours eu une relation de confiance avec notre label. Début janvier 2019, les bases étaient posées et 6 mois après nous avions fini les enregistrements, en une prise live. Ça a donc été un album fait dans l’énergie !

 

La tournée vient de démarrer, quel est l’accueil du public ?

Nous sommes super contents, car le public répond bien présent, les gens viennent en masse et ils ont la patate. Et, quand ils repartent, ils ont le sourire et la banane. Les réactions sont enthousiastes par rapport aux nouveaux morceaux du dernier album.

 

La situation en France est aujourd’hui extrêmement tendue, quel est ton regard sur cette actualité ?

Le même et ce depuis longtemps. Ce qui est dommage, c’est qu’il faut que les gens le ressentent au niveau du porte-monnaie pour se mettre à réagir ! Je vois cela comme une suite logique des choses, face à un système qui arrive en bout de course. Les gens disent depuis des décennies que les politiques n’ont aucun pouvoir, nous sommes gouvernés par des multinationales, ce qui n’est pas faux. C’est bien beau d’aller manifester et voter mais il faut voir aussi comment l’on consomme.

 

Tu as participé au « Bal des Enragés », ce collectif d’artistes de plusieurs groupes qui se produit un peu partout en France, tu nous en parles ?

Effectivement, même si je n’étais pas sur la dernière tournée car j’étais engagé avec les tambours du Bronx, mais j’avais fait les 3 premières tournées. J’étais aussi sur l’écriture de « Vanités », donc je ne pouvais pas être partout à la fois. Mes meilleurs souvenirs seront avec les copains qui ne sont plus là. Pour moi, le bal n’était pas que du divertissement, nous avions un rôle d’éducation en rejouant des vieux morceaux incontournables, de la scène punk, qui ne sont pas des morceaux qui ont eu un grand succès.  C’était des moments de convivialité et de partage très intense.

 

Pour toi, l’industrie musicale c’est quoi aujourd’hui ?

Définitivement la scène, car la plupart des labels et maisons de disques ont investi dans des lieux de concerts ou des structures de tourneur. Live Nation pour ne citer qu’eux, vendent 80% des artistes connus. C’est eux qui par exemple ont fait le Download Festival, juste pour concurrencer le Hellfest. Ça n’a d’ailleurs pas fonctionné car il n’y avait absolument pas le même état d’esprit ! Pour Lofofora, ça ne change pas grand-chose car l’essentiel de notre gagne-pain a toujours été la scène !

 

Qu’est-ce qui vous motive à presser encore des disques ?

C’est encore comme cela que ça se passe. Depuis une dizaine d’années, je n’achète plus de cds, j’achète des vinyles, qui pour la plupart sont fournis avec les codes de téléchargement pour avoir l’album en dématérialisé. Il y aussi les abonnements pour écouter la musique en streaming, sur les plateformes de téléchargement. Vive la révolution numérique, tout le monde doit s’adapter d’une manière ou d’une autre.

 

Comment imagines-tu la scène rock dans une décennie ?

Ouh là, je n’en sais trop rien mais j’espère que ce sera bien. Aujourd’hui, il y a des tas de groupe dans des publics de niche, des musiques qui concernent peut-être 300 000 personnes en France, donc c’est difficile d’en vivre. Mais à l’ère du numérique, il y a beaucoup de connexion et donc en tournant à l’étranger c’est possible. Aujourd’hui ce n’est plus ridicule de faire du rock Français ! Dans le métal, il y a eu beaucoup de caricature et aujourd’hui on s’aperçoit qu’il y a des groupes qui ont leur entité propre.

 

Penses-tu que vous allez vous exporter à l’étranger ?

C’est difficile pour nous, car nos textes sont en Français, en plus, vue notre moyenne d’âge, c’est plus simple pour un groupe qui aurait aux alentours de 25 ans que des vieux briscards comme nous. Faire des kilomètres dans une bétaillère, à dormir n’importe où, pour gagner 3 sous, (on l’a fait avec Mudweiser) passé 50 ans, bah tu es moins partant. Même si nous avons toujours la passion, hors de la francophonie, c’est un peu difficile de s’exporter.

 

Céline Dehédin

 

Le 21/03/20 à la Salle Victoire 2 – Saint-Jean-de-Védas (34), le 24/04/20 au 6mic – Aix-en-Provence (13)  25/04/20 au Théâtre Lino Ventura- Nice (06)

www.facebook.com/Lofofora

Crédit photo : François Verthier

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