Nouvelle Vague

Jazz à Juan : KATCHÉ, BONA, LEGNINI, DI BATISTA / STACY KENT, le 15/072014 – Juan les Pins (06).

VU ET ENTENDU-Jazz à Juan-Stacey Kent

Encore une belle affiche pour cette soirée de Jazz sous les Pins. Le mardi 15 juillet c’est dès l’ouverture des portes que je me présente au Parc de la Pinède. Un public différent du concert de Chick, en même temps plus jeune et moins populaire, on sent qu’on a là affaire à des mélomanes qui viennent écouter de la musique et ne prennent pas le festival comme une animation touristique même si on croise toujours à Jazz à Juan des couples ou des familles semblant sortir d’un épisode des « Feux de l’Amour » ou de « Santa Barbara » (pour ceux qui possèdent des références cinématographiques solides). Etonnant ! Ce n’est pas le public que je préfère, pas par sectarisme social mais par leur incapacité à transmettre la moindre vibration émotionnelle aux musiciens qui jouent sur scène, qu’importe ces musiciens ont apparemment dû s’habituer à jouer sans ferveur du public.

La chanteuse Stacey Kent commence son concert. Notre membre de l’Ordre des Arts et des Lettres entame un répertoire jazz chanté avec délicatesse et sensibilité. En ce qui me concerne je trouve quand même qu’elle manque de chien et propose des interprétations trop relaxantes à mon goût. J’aime les chanteuses de jazz à gouaille et Stacy Kent ne semble pas personnifier ce registre. Sur la fin, le concert prend la forme d’un chapelet de reprises de standards brésiliens dont elle chante certaines parties en français, y compris « Mon Jardin » d’Hiver d’Henry Salvador. Je ne goûte vraiment pas l’interprétation qu’ont fait les musiciens du répertoire brésilien ce soir-là. Je suis certain qu’ils pensent enrichir les chansons qu’ils reprennent mais pour moi les charger de notes, les vide au contraire d’une grande partie de leur intérêt. Les standards brésiliens de jazz sont pour la plupart d’entre eux des chansons qui furent en leur temps populaires et qui expriment la culture, la sensibilité musicale d’un pays, le Brésil. Ce sont des chansons basées sur une rythmique et une manière de jouer très particulière. Couper les cheveux en 4 comme savent souvent le faire les jazzmen ne doit jamais se faire contre l’intention musicale qui a porté les titres qu’on reprend. Leur interprétation rend ces magnifiques hymnes, plats rythmiquement et manquant cruellement de leur énergie paisible et typique. Eux qui savent secouer et émouvoir l’auditeur en douceur par un rythme ternaire ou syncopé très particulier. Les brésiliens sachant faire « respirer » la musique de manière surprenante et inattendue, combler ces interstices qui constituent la base du morceau par des avalanches de notes, soient elles subtilement jouées, va à l’encontre de l’émotion musicale telle qu’elle a été voulue par le compositeur.

Ensuite le « All Star » Band constitué pour tourner au sein d’un groupement de grands festivals de jazz dans le monde, l’International Jazz Festivals Organization. C’est sûr qu’avoir cette caution représente l’assurance de juteux cachets et de beaux voyages agrémentés d’hôtels de luxe autour du monde. Les 5 musiciens sont incontestablement de grands talents, celui qui ressort par sa versatilité c’est Richard Bona, bassiste de talent mais chanteur, compositeur et show man polyvalent. L’autre forte personnalité musicale du groupe c’est Manu Katché. Batteur expérimenté de variété internationale, Manu Katché a réalisé une immense carrière aux côtés des plus grands de la world music mondiale. Sur scène et dans un registre jazz-world, il reste beaucoup trop bruyant et semble constamment chercher à nous dire « vous avez vu, hein ! Je suis batteur de jazz » et légitimer sa présence. Sa batterie omniprésente et son jeu hyper chargé occupent en quasi permanence 80 % du volume sonore du groupe. Ne laissant à mon sens que trop peu d’espace à ses comparses, j’ai parfois perçu leur agacement par des regards croisés entre musiciens qui en disaient long. Je pense qu’ils connaissaient tous Manu Katché avant de monter ce groupe un peu artificiel, dès lors qu’elle peut être leur motivation en dehors des considérations matérielles évoquées plus haut ? J’ai trouvé que la magie n’opérait pas et qu’on aurait pu organiser au moins 4 super concerts (j’ai pas dit 5 !) avec les merveilleux musiciens de ce quintet, on perçoit très bien l’alchimie qui se crée sur scène quand des musiciens se trouvent bien ensemble… Je n’ai vraiment pas ressenti cela en les écoutant.

Emmanuel Truchet

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