Nouvelle Vague
ZOOM-IAM

A l’occasion de la sortie du très attendu nouvel album « Arts Martiens », qui intervient 6 ans après « Saison 5 », les cinq membres d’IAM nous ont reçu dans les locaux de La Cosca à Marseille pour une interview débridée et bon esprit. Les super-héros, la pauvreté, Ennio Morricone, le Soufisme … autant de sujets divers abordés pendant cette interview ! On y va !

 

Comment a été accueilli l’abandon du projet avec Morricone ?

Akhenaton : Mal tu penses bien. Nous étions ici à La Cosca, dans cette pièce.

Imothep : Il faut savoir que nous avons eu une première réponse positive de Morricone. Nous nous sommes donc mis au travail en produisant plus de 50 instrus. Pendant ce temps-là les discussions se poursuivaient concernant les droits d’utilisation des musiques, pour aboutir paradoxalement à une réponse négative mi septembre, avec des conditions financières et artistiques complètement délirantes.

Shurik’n : A savoir aucune prise en compte du travail que nous pouvions faire, en compo et en écriture. Ceci dit, nous avons eu plusieurs interlocuteurs pendant les discussions et certains contacts se sont avérés plus fructueux que d’autres.

A : Nous avons traité avec le fils de Morricone et cela s’est avéré beaucoup plus simple. Nous avons fait l’erreur de passer par un circuit officiel.

 

Et donc il a fallu recommencer compos et écriture.

A : Nous n’avions pas tellement avancé niveau écriture. Mais la partie compo était bouclée. Bouclée ! D’autant plus que toute la partie booking (studio, ingé son, etc.) était calée. Et la date de sortie fixée !

 

D’où une question simple : IAM n’est-il pas meilleur quand le groupe est sous pression ?

S : C’est ce que j’ai dit. Autant nous pouvons passer des journées en étant détendus, autant nous pouvons passer des journées à travailler sans relâche et abattre un boulot énorme, pour aboutir à 40 morceaux enregistrés en 4 mois.

A : Dans cette pièce, Jo écrivait, moi je faisais les musiques à côté, idem pour Imothep dans une autre pièce et dans une autre encore nous faisions les teasers pour le net.

 

J’ai été frappé par le nombre d’éléments musicaux (des scratches ou des phases) qui renvoient directement à IAM et des éléments graphiques (le temple opposé à l’urbanisation) qui vous isolent.

I : Du fait que nous ayons travaillé sous pression dans un temps réduit nous avons été obligés de nous concentrer.

K : Et d’aller au plus direct.

A : C’est la manière dont nous avons travaillé sur cet album qui a induit cette forme de concentration. « Arts Martiens » est véritablement un album d’IAM dans le sens où chacun s’est impliqué et a travaillé à son poste.

I : On sent vraiment l’interaction sur cet album. Après « L’école … », nous voulions explorer d’autres voies artistiques, ne pas répéter la même recette.

A : Là, nous nous sommes dit : « stop la course à l’innovation ! », nous faisons juste le rap que nous aimons.

Khephren : Notre musique, à l’instar du mouvement hip-hop, est en perpétuelle évolution. Chaque album ne ressemble pas au précédent. De cette même manière, nous avons fait un seul « Je danse le Mia ».

A : La difficulté que nous allons rencontrer sur cet album, est d’être joués sur les grandes radios. Sur la longueur, nous allons avoir du mal à concurrencer d’autres groupes qui ont un rayonnement international.

 

La dimension sociale d’IAM est très forte sur cet album, parce que beaucoup de morceaux reposent sur des histoires humaines.

S : C’est souvent l’humain qui nous parle en premier. Quand nous traitons un sujet de société, c’est sa conséquence sur l’être humain qui nous intéresse avant tout. Beaucoup de problèmes de base sont des problèmes humains, liés à l’incompréhension, au rejet de l’autre, des problèmes d’ignorance. Et on pense que si changement il peut y avoir, il commence au niveau de l’individu.

A : Il y a même un effet miroir chez IAM, un côté thérapie.

S : Bien sûr puisqu’on dit « on » dans nos textes.

A : Tu peux très bien faire une constatation sur toi-même et la traiter dans un texte. Dans chaque individu il y a une part d’ombre. Les Soufis disent que les hommes sont à l’image des planètes : un côté « clair, éclairé » et un autre « sombre, dans la pénombre ».

S : Tu ne peux nier aucun des deux côtés.

A : Ce qui signifie cependant que tu peux œuvrer au quotidien pour faire en sorte que le côté « lumineux » soit prédominant.

 

C’est ce sentiment que j’ai eu sur « Habitude » le morceau avec Faf Larage.

A : Ce qui me touche sur ce morceau c’est qu’il raconte l’histoire d’un SDF selon son propre point de vue, sans pour autant chercher une solution à ce problème. Et entre toi et moi, prends un millième du budget de l’armement et tu verras que ce « problème » n’en sera quasiment plus un. La pauvreté ne sera pas pour autant éradiquée mais les gens qui dorment dehors seront accueillis dans des conditions décentes. C’est Jo qui a amorcé ce morceau et j’adore quand un texte me donne la possibilité de vivre l’action comme la vivent les personnages. « Je dors là où vos chiens ont leurs chiottes », c’est une image très simple mais ô combien efficace !

 

J’ai particulièrement aimé le morceau « Marvel ». Ça fait du bien de se dire qu’IAM sait rester actuel.

Kheops : Tu sais, la majorité des gens qui vont voir les films de super-héros, qui lisent les comics, ont notre âge.

A : Si tu réécoutes « L’école … » il y a déjà des références de ce type.

K : Et les voix d’intro dans le morceau sont directement inspirées de ces mêmes voix qu’on retrouve dans les films.

S : De la même manière que l’Egypte nous intéresse, nous avons été influencés par ces lectures de super-héros, qui nous ont apporté cette imagination dans certains textes.

A : Les super-héros et le graffiti sont étroitement liés. Au début des années 80 à Los Angeles, énormément de graffeurs s’inspiraient de ces héros pour peindre des fresques pouvant aller jusqu’à trente mètres.

S : Cela nous permet de rester de grands enfants. Et dans le métier que l’on fait c’est très important !

 

Rémi Cavaillès

Le 04/07 au Pavillon de Grignan – Istres (13), le 11/07 au Pont du Gard – Vers Pont du gard (30), le 26/07 à l’Île du Gaou – Six Fours (83), le 02/08 au Théâtre de verdure – Nice (06) et le 21/11 au Zinga Zinga – Béziers (34).

www.iam.tm.fr

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