Nouvelle Vague
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#NVmagLiveReport

Du 22 au 24/06/18 au Complexe de Val de Moine – Clisson (44).

Si les 22, 23 et 24 juin derniers vous n’étiez pas à Clisson, alors vous étiez nécessairement au mauvais endroit ! Et si le 21 pour célébrer le solstice d’été, on ne vous y comptait pas non plus, alors vous n’étiez déjà pas au bon emplacement. Absent le 20 ? Encore perdu… »Mais alors », me diriez-vous, « C’est toute l’année ?? » Et vous n’auriez pas tort. En effet, si à ses débuts, le Hellfest se concentrait sur trois jours de festival en Loire Atlantique, c’est aujourd’hui toute l’année et à travers toute la France, par le biais notamment de ses maintenant célèbres « Warm-Up » que cette grande messe des musiques extrêmes s’exporte au-delà de ses frontières régionales. Nous pourrions vous relater les nombreuses péripéties traversées par Ben Barbaud toutes au long de ces années, ces aventures qui ont permis au Hellfest d’être ce qu’il est devenu, le lieu incontournable où le loyal public métal vient chaque année de par le monde entier, participer à ce pèlerinage musical unique en son genre.

Pour la dégustation, imaginez, 153 groupes rien que dans l’enceinte du festival en lui-même. Ajoutez à cela les groupes nous régalant dès le mercredi sur le parking du supermarché E. Leclerc, les formations assurant le show au Metal Corner et celles jouant de par la ville de Clisson toute entière. Car c’est bien de cela dont il est question, une ville qui à l’unisson, voit son cœur battre au rythme effréné des doubles pédales de batteries sévissant au sein de la musique métal, laquelle aura été, cette année, dévorée par 180 000 fans.

Du métal, il y en a au Hellfest ! death, black, power, glam, grunge, doom, core, rock, indus, pagan, hardcore, punk, heavy, speed, grind, stoner, néo, etc, le métal se décline ici sous toutes ses formes, alliant parfois même sa puissante déferlante au groove du hip-hop ou encore même aux machines de l’electro. Le public metal sait tout apprécier, et c’est en ça que le Hellfest demeure incontestablement à ce jour, le festival le plus populaire et le plus apprécié dans le monde des amateurs de musiques extrêmes. Ce n’est donc pas pour rien qu’il s’est vu récompensé, entre autre, de « Meilleur Grand Festival » sur trois années : 2014, 2015 et 2017.

Plaisir des nouveautés, joie des retrouvailles, excitation des nouvelles rencontres, certaines se scellant dans des unions et des promesses, il est en effet possible de se marier au Hellfest (musicalement parlant). Ivresse des stage-diving, communions des circle-pits, amitiés forgées autour d’un verre partagé au son d’une musique créée pour exalter tous les sens, rien n’est impossible ! Ce n’est ni la chaleur accablante du jour, ni le froid mordant de la nuit qui auront eu raison de l’engouement collectif.

Pour ce qui est des nouveautés, 2018 n’a pas fait exception. Lorsque l’on sait que l’intégralité des bénéfices du festival est automatiquement réinvestie dans l’amélioration du fonctionnement du Hellfest dont l’investissement de nouvelles infrastructures (tout particulièrement à l’apparition de deux grandes arches d’eau, dont le débit sous forme de goutte à goutte laisse apparaître des motifs imprimés sur ce qui semble être de véritables écrans liquides), on ne s’étonne pas du lot annuel de surprises découvertes par une foule de plus en plus nombreuse. L’agrandissement de l’espace faisant face aux Mainstages, ainsi que l’aménagement de la Warzone, sont autant d’innovations que les festivaliers auront eu la joie de découvrir. Vous l’aurez compris, cela fait treize ans que le Hellfest nous comble, et, de toutes évidences, à l’issue de la traditionnelle conférence de presse de Ben Barbaud, on comprend que cela n’est pas prêt de s’arrêter. Il règne comme un parfum de fierté à être un vétéran du festival.

 

22 Juin, Jour 1 

Et c’est au son d’une triste nouvelle que les festivaliers se réveillent. Les smartphones sonnent et vibrent de toutes parts… Vinnie Paul, anciennement batteur des groupes Pantera et Damageplan, membre du groupe Hellyeah, nous a quitté durant la nuit. Les trois jours qui suivront seront ponctués de nombreux hommages. Chaque année compte son lot de disparus, chaque année nous rend un peu plus orphelin de nos idoles…

Dès 10h du matin le festival déploie sa puissance sonore. Les deux MainStages, la scène Temple, sa sœur Altar, la Warzone et la Valley sont prises sous le feu des premiers bataillons. Parmi eux, Malemort, Bukowski, Darkenhöld, Benighted et Seven Hate nous délivrent des shows rodés et d’une brutale efficacité. Rouages d’une véritable horloge musicale qui donnera, trois jours durant, la mesure du temps, les groupes défilent alternativement sur la MainStage I et la Mainstage II avec une précision chirurgicale. Pas une minute de perdue ! Puis, sous un soleil qui nous ferait presque regretter le port de ce petit ensemble tee-shirt/pantalon noir qui nous va si bien, l’après-midi voit se succéder les australiens de Rose Tatoo et leur rock’n’roll old school. Le groupe Converge prend le relais avec leur musique hardcore chaotique et indomptable à la fois. La mythique Joan Mary Larkin, alias Joan Jett & the Blackhearts, épaulée de son tube interplanétaire « I Love Rock’ n’ Roll » vient nous démontrer qu’en matière d’attitude rebelle, les années ne comptent pas. D’autres morceaux phares se joindront à la playlist : « Cherry Bomb » ou encore « Crimson and Clover« . Incroyable performance des suédois Meshuggah, qui depuis 1987 ne cessent de développer, explorer et redéfinir leur approche inimitable et complexe de la musique. Avec la prestation vitaminée du groupe Europe, c’est toute le public qui, reprenant en choeur le « Final Countdown« , nous montre que celui-ci n’est décidément pas prêt d’arriver à sa fin.

Vient le tour des premières têtes d’affiche avec les Hollywood Vampires, composés, notamment, de Johnny Depp et Joe Perry à la guitare ainsi que d’ Alice Cooper au chant. Le charisme est à son comble avec leur présence scénique ébouriffante. Sublime concert des islandais Sólstafir qui reviennent nous faire littéralement voyager sur les terres intactes et indomptées d’Islande. La scène Temple baigne dans une ambiance magique et intimiste propre aux compositions sophistiquées et enivrantes du groupe. On se laisse volontiers chavirer dans leur univers résultant d’un savant mélange de black metal atmosphérique, de post-rock aux accents de metal et de rock progressif saupoudrés de vocaux post-hardcore. Sur la Warzone, scène réputée la plus punk du festival, on retrouve Bad Religion. Presque 40 ans de carrière et des morceaux toujours aussi cultes! L’âge des membres du combo issu de San Fernando Valley, nous prouve que, à l’instar du bon vin californien, le vieillissement est gage de qualité. L’énergie est intacte et la prestation scénique ne souffrira d’aucun temps mort ! N’oublions pas les autres concerts qui ont lieu au même moment : Stone Sour, Judas Priest et Napalm Death. Jamais le manque du don d’ubiquité ne sera autant fait ressentir. Instant inoubliable, privilégié, le concert de A Perfect Circle avec son metal alternatif, inventif, progressif, émotif mais surtout terriblement addictif. Quand Maynard James Keenan n’est pas occupé à préparer un nouvel album de Tool ou de Puscifer, c’est avec APC qu’il compose. Un son tout neuf et envoûtant à ne manquer sous aucun prétexte ! La soirée se conclue avec les concerts de Satyricon, et Rise Against.

 

23 Juin, Jour 2

La journée débute avec Black Bomb A, Jessica 93 et les mythiques L7, quartet grunge féminin dont le charme est incontestable. Gros coup de cœur, le groupe Ho99o9 (prononcé Horror) : le duo afro-américain fusionne punk, hip-hop et électro. Plus d’une demie heure avant le début du concert, les festivaliers se postent sous la Valley, et, très rapidement, il devient difficile d’approcher la scène. Le groupe est de toute évidence très attendu. Il faut dire que, véritables extra-terrestres venus tout droit de Los Angeles, Ho99o9 nous joue un set clairement éloigné du style metal stoner auquel le public de cette scène est habitué. La taille de la foule accompagnant le groupe sous la tente Valley confirme à elle seule le sentiment que la place de ce groupe était, indiscutablement, sur une scène plus grande. À travers un live très énergique, ils mettent à mal la société américaine à l’aide de leurs paroles controversées. Ho99o9 ira même jusqu’à rendre un non-hommage à Franck Sinatra et à sa version du morceau « My Way » (dont l’original est de Claude François).

Au même moment le groupe Powerflo sévit sur la MainStage I, Super Band composé de Sen Dog (Cypress Hill), Billy Graziadei (Biohazard), Roy Lozano (Downset), Christian Olde Wolbers (Ex-Fear Factory) et Fernando Schaefer (Worst), Powerflo balance de véritables missiles qui ne sont pas sans nous rappeler la performance de Prophets Of Rage lors de l’édition du Hellfest précédant. Le relais est assuré par le projet éponyme de Jonathan Davis, charismatique leader de Korn venu présenter son tout nouvel album solo. Terror conquiert le public amoureux de la Warzone. Les 5 membres du groupe californien (décidément) produisent avec rage un Hardcore musclé.

Puis c’est au tour des représentants de la scène néo-metal, Deftones et Limp Bizkit, de, tour à tour, venir faire sauter les métalleux rassemblés devant les Mainstages I et II. Si le show de Deftones semble quelque peu manquer de conviction, la surprise est totale lors du passage de Fred Durst et ses complices. Si d’aucuns étaient restés sur leur faim lors de leur premier passage en 2015, il appartient, cette année, de leur rendre justice. Car c’est une monumentale claque que nous sert le groupe originaire de Jacksonville. Limp Bizkit jouera un set intense durant lequel viendront se mêler des titres best-of et des reprises de Nirvana, Rage Against The Machine, allant même jusqu’à entonner la Marseillaise.

La nuit est maintenant complètement tombée lorsque les groupes Avenged Sevenfold et Neurosis produisent leurs shows. C’est carré, c’est en place. Avenged Sevenfold semble cependant laisser leur public dubitatif alors que Neurosis, comme à son habitude, nous sert un metal atmosphérique hypnotisant. Ça joue fort… Très fort…La journée se termine avec le clou de la soirée, Parkway Drive. Arrivant tout droit d’Australie, les membres de du groupe vont apporter ce qui sera considéré par beaucoup comme la cerise sur le gâteau. Show tout autant visuel que sonore, la part belle est faîte aux effets pyrotechniques. La Mainstage II finira même, le temps d’une chanson, par être intégralement prisonnière des flammes. La cage dans laquelle est assis le batteur se met à tourner sur elle-même, celui-ci ne s’interrompant pas pour autant.

 

23 Juin, Jour 3

Vous seriez en droit de vous dire, après au moins deux jours de marathon comme celui qui, en ce dimanche, vient d’être vécu, que les festivaliers devraient, normalement, commencer à fatiguer un peu, et bien ce n’est pas le cas. Dimanche matin, ce sont les deux halls de l’Extreme Market qui sont pris d’assaut car le métalleux est fétichiste, il collectionne les « goodies » et autre « merchandising » officiel de ses groupes préférés. Pour cela, l’Extreme Market est le sacro saint lieu dédié au fan. On y trouve tout : tee-shirts, bijoux, guitares, vêtements pour bébés, cd, vinyles, tatouages, piercings, etc… le temps de rapporter ses achats sous sa tente et c’est reparti !

Primal Fear, Iced Earth, Stray From The Path, The Great Old Ones, Au-Dessus, Malkavian, Pogo Car Crash Control, les formations s’enchaînent sur un rythme effréné. C’est le dernier jour, alors il faut tout donner ! L’une des particularités du Hellfest, c’est qu’elle rassemble pendant quelques jours seulement, une population qui se démarque par (il faut bien le reconnaître encore aujourd’hui) une certaine aliénation. Or, au sein du Hellfest, personne ne craint le regard de l’autre. Le métalleux ne juge pas, ne critique pas, il accepte la différence car il est lui-même différent du standard dans lequel notre bien pensante société souhaiterait le voir converger. Pendant le Hellfest, on est soi-même et on lâche la soupape. Retour aux concerts, avec une véritable curiosité, Zeal & Ardor, groupe mené par Manuel Gagneux. Zeal & Ardor est le mélange incroyable du black métal et de la musique jouée par les esclaves noirs américains. Le show est envoûtant et la magie noire omniprésente. Interviewé un peu plus tôt dans la journée, Mathieu admet que, lors de ses concerts, il est intéressant de regarder et compter les personnes dans le public autour de soi, et de les recompter à la fin du show. Shinedown, comme à son habitude, donne un set énergique et parfait. La communion avec le public est totale. Killswitch Engage trouvera à son tour un public ultra motivé pour un concert d’une puissance qui, là aussi, est chez eux une marque de fabrique.

Enchaîner Septicflesh et At The Gates sous la Temple et la Altar est un pur bonheur pour les fans de ces deux représentants du black et du death metal. Pour les non-initiés, une bonne pause est à conseiller entre les deux. Septicflesh défend, une fois de plus, remarquablement bien les couleurs du metal hellénique alors qu’ At The Gates se montre le digne représentant de la scène issue de Göteborg, en suède, ville qui aura vu naître, entre autre, les formations telles qu’ In Flames, Soilwork et Dark Tranquility. La flamboyante Alissa arrive ensuite sur scène, escortée par les membres du groupe Arch Enemy, en imposant sur scène un très gros son, beaucoup de flammes et un set qui passe trop vite. Iron Maiden viendra tout naturellement réconcilier toutes les générations de métalleux. Grands-parents, parents et enfants chantent tous en cœur les titres archi connus de ce groupe incontournable dans l’histoire du metal. Le concert est bon, généreux, le groupe s’amuse visiblement sur scène et Bruce Dickinson donne toute son énergie durant tout le show. La performance de Marilyn Manson aurait pu être excellente si celle-ci n’avait pas été entachée par une durée effective de chant trop courte et la montée sur scène de quatre jeunes filles tatouées et très légèrement vêtues, invitées par Marilyn lui-même à tenir les chœurs, mais n’apportant rien d’intéressant à la performance scénique. Nightwish finira ce Hellfest en même temps que les groupes Carpenter Brut et Turbonegro. L’embarras du choix est réel, metal symphonique, techno metal ou bien rock ‘n roll survitaminé.

 

Ainsi s’achève… Non, vous l’aurez compris, le Hellfest ne s’achève plus, il perdure. À peine les derniers techniciens sortis du site que la machine se remet en route. Concernant les chiffres pharaoniques qui définissent le festival : nombre de festivaliers au-cours des années, budget, nombre de groupes, quantité de boisson ingurgitée, nombre de nationalités, etc, ainsi que pour tout ce qui est lié à l’histoire du Hellfest, nous vous invitons à vous procurer le superbe livre de Lelo Jimmy Batista et Ronan Thenadey, « Hellfest : 10 Ans Du Festival« . Vous y trouverez, notamment, de magnifiques photos, et de nombreuses et croustillantes anecdotes sur vos groupes favoris.

Le Hellfest a acquis au cours de ses 13 ans d’existence, ses lettres de noblesse. Et ce ne sont pas les regards nostalgiques des festivaliers quittant cette édition 2018, qui nous contrediront. Nostalgiques mais satisfaits, ravis et enchantés. L’annonce de 5 groupes présents pour le Hellfest 2019 ne laisse aucun doute au fait que les festivaliers seront bien, encore et toujours présents l’année prochaine, dans une ambiance à part entière.

Aurélie Kula

 

www.hellfest.fr

 

 

1 Commentaire

  1. Madplatform 17 juillet 2018 à 18 h 08 min

    Excellent résumé! Pour avoir eu la chance d’y participer, le rendu est fidèle!
    Tout y est même l’aspect émotionnel.
    Merci pour ce voyage dans le temps…

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