Nouvelle Vague

GIL SCOTT-HERON : Pieces Of A Man

ALBUM-DE-LEGENDE-Gil-Scott-Heron-Pieces-Of-A-ManSorti en 1971

Le poète et chanteur Gil Scott-Heron n’avait que 22 ans quand il a sorti ce deuxième opus, qui est à la fois son premier album studio et son premier recueil de vraies chansons, faisant suite à un enregistrement live de morceaux spoken word. Non seulement « Pieces Of A Man » est un chef-d’œuvre absolu mais c’est aussi une source d’inspiration intarissable pour les rappeurs et la génération neo-soul. Car il contient le mythique « The Revolution Will Not Be Televised », où il invite l’auditeur à prendre son destin en main, en descendant dans la rue plutôt qu’en restant passif derrière son téléviseur. Avec ses paroles militantes, son rythme cadencé et son phrasé déclamé, il jette les bases de ce que sera le rap. Un morceau qui n’est, cela dit, en rien représentatif du reste de l’album, où l’artiste privilégie le chant. Des musiciens de jazz triés sur le volet enveloppent ses mélodies d’un écrin soul-jazz raffiné. Entre une soul solaire aux arrangements très smooth (la flûte d’Hubert Laws roucoule, la guitare électrique se fait parfois octavée à la Benson/Montgomery) et un jazz plus sombre et nocturne, aux teintes bleu-indigo (les duos intimistes entre le piano de son complice Brian Jackson et la contrebasse de Ron Carter). Parfois, le groove se fait même contagieux comme sur le funky « Lady Day And John Coltrane », un vibrant hommage à ces deux légendes du jazz (Lady Day étant le surnom de Billie Holiday).

Gil Scott-Heron déroule son sens inouï de la poésie (« I Think I’ll Call It Morning »), se met dans la peau d’un junkie (« Home Is Where The Hatred Is »), file la métaphore entre les ghettos noirs et les prisons (« The Prisoner ») ou nous fait part de ses inquiétudes pour les futures générations (« Save The Children »), un mois avant son frère d’âme Marvin Gaye. Un disque magnifique à tous les niveaux (mélodies, arrangements, textes).

Mathieu Presseq

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