Nouvelle Vague

CHRISTINE AND THE QUEENS

photo_1398784842

Depuis son sacre aux Victoires de la Musique, la France à les yeux et les oreilles rivés sur Christine and The Queens et ses danseurs. Son style est aussi inclassable que sa sexualité, sa musique est aussi contemporaine que poétique et son regard nous trouble autant que ses pas de danses. Une musique, une performance et un message transcendant toute différence.

Prix « découverte » du Printemps de Bourges en 2012 et première partie de Lykke Li, Woodkid et The Do au cours de la même année. Disque d’or et première partie de Stromae en 2014. Christine and The Queens est aujourd’hui une artiste connue et reconnue et n’a pas attendu d’être sacrée reine aux Victoires de la Musique pour marquer les esprits. C’est en 2010 que Héloise Letissier fait ses premiers pas en tant qu’artiste et il est impressionnant de constater qu’elle n’a vraiment pas perdu de temps. Avec un style que l’on pourrait reconnaître parmi des millions, l’artiste porte l’étendard de la cause LGBT en incarnant la minorité pansexuelle. Look androgyne, gestuelle à la Michael Jackson et aura de David Bowie, Christine and The Queens hypnotise son public grâce à des réalisations scéniques qui rendent hommage à la signature expérimentale de Laurie Anderson.

En 2011, elle sort un premier EP « miséricorde » chez Remake Records qui la fera sortir de l’anonymat, avant d’enchaîner un deuxième opus l’année suivante lui permettant de se faire repérer par des artistes influents tel que Lilly Wood and the Prick et Woodkid qui lui donneront les commandes de leurs premières parties. Tout va très vite pour la jeune femme qui nous offre, en 2013, un troisième EP produit par le label indépendant parisien « Because music » connu pour avoir produit feu DJ Mehdi ou encore Manu Chao. Une collaboration qui la propulsera à un point culminant et décisif de sa carrière, « Nuit 17 a 52 » connait un succès retentissant, une création personnelle et très artistique où le travail visuel complète parfaitement la production musicale. Des clips en GIF sortant de l’ordinaire qui marquent le génie créatif de la jeune prodige. Un EP hypnotique ou Christine couche avec Christine, une orgie narcissique qui reste toutefois platonique, car même si l’artiste s’obstine à le chanter, elle s’abstient absolument d’y toucher.

L’auteur-interprète et compositrice se distingue par une électro-pop contemporaine et minimaliste. Artiste complète et polyvalente, l’année 2014 n’a pas été de tout repos pour la jeune femme, très sollicitée elle enchaîne les plateaux télé et les allés retours à l’Olympia. Personnage théâtral et décomplexé, elle a réussi à mettre sur pied un concept original tout en cherchant à atteindre le grand public en produisant quelque chose d’accessible et de poétique. Il y a ceux qui disparaissent aussi vite qu’ils sont apparu, ça ne sera pas le cas de Christine and The Queens qui doit son succès à son travail et à son énergie bouillonnante. Le parcours de Héloise Letissier est assez intéressant. Bonne élève, elle poursuit ses études jusqu’en 2010 à l’Ecole Normale Supérieur de Lyon en étude théâtrale. Suite à une déception amoureuse, elle s’installe à Londres où elle rencontre des Drag Queens qui lui conseillent de se lancer dans le chant. La jeune nantaise va suivre leur conseil et se lance dans un projet multidisciplinaire « Christine and The Queens » et s’illustre dans la musique, la réalisation, l’image et la mise en scène.

En 2014, Héloïse sort son premier album, « Chaleur humaine », qu’elle compose et écrit elle-même. Elle collabore, sur le titre « Paradis perdus », avec le grand Jean-Michel Jarre et reprend aussi quelques titres déjà paru comme « Nuit 57 à 52 » ou « Narcissus is back ». L’album est bien reçu par la critique et le public, tellement bien reçu qu’il sera un des albums les plus écoutés de l’année. Un projet qui vient asseoir sa notoriété et confirmer son statut de star montante du show-biz français. « Chaleur humaine » lui vaudra non seulement un disque d’or, mais aussi plusieurs récompenses aux Victoires de la Musique dans les catégories artiste féminine de l’année et vidéo clip de l’année. Cette victoire est d’autant plus symbolique que c’est à travers un label indépendant, Because Music, que la chanteuse réussit cet exploit. L’artiste fait honneur à son parcours en produisant quelque chose d’intellectuel et d’intime. Amoureuse de la culture londonienne, Christine jongle avec l’identité et les genres pour imposer un style propre à elle, inexistant dans le paysage musical actuel et qui risque de faire des émules. La jeune femme proclame haut et fort son influence hip hop et r’n’b qui se fait clairement ressentir dans son titre « Paradis perdu » où elle reprend le refrain de Kanye West « Heartless ». Je vous avais prévenu, la musicienne aime bien le mélange des genres sexuelles, mais aussi et surtout musicaux.

Le grand public l’a connu grâce à Saint-Claude, une musique illustrée par un clip aussi simple que perché et qui ne passe pas inaperçu. Un mélange de grâce féminine et de poigne masculine. Réalisé par le duo Jack, qui arrive à installer une ambiance légèrement psychédélique à travers une chorégraphie bizarre où le corps de la protagoniste se déforme dans un décor et un arrière-plan complètement rouge. Beaucoup s’étonne de la réussite commerciale de l’artiste dans le sens où, au premier abord, la musique semble destiner à un public restreint.

L’année 2015 s’annonce donc prolifique, pour Christine and The Queens, avec une tournée française et quelques dates à l’étranger notamment en Belgique et au Canada. Elle se produira à l’Olympia le 6 mars pour la première fois en tête d’affiche et fera aussi le tour des zéniths. Accompagnée de danseurs, la chanteuse nous promet un show freakpop ou se mêleront lyrisme, théâtre et bizarreries. Souvent comparée à Stromae, la tournée risque d’être prometteuse et festive. Pour les sudistes sachez qu’elle sera de passage à Marseille le 31 mars et à Toulouse le 23 septembre. Elle travaille aussi sur son 2éme album et composera les titres d’artistes qu’elle garde encore secret, à se demander si elle a le temps de dormir et de profiter de sa fulgurante ascension.

Doté d’une intelligence émotionnelle débordante, Christine and The Queens a su évoluer avec son temps et continue de submerger le public sans se noyer dans le tsunami de l’industrie musicale. Particulièrement proche de ses fans sur les réseaux sociaux notamment via la plateforme « Christine and The Fans ». La chanteuse tisse un lien honnête avec sa communauté. Elle fait partie de cette génération d’artiste qui utilise internet comme arme de marketing et qui s’adapte ainsi au nouveau paradigme économique qui attend l’industrie culturelle.

L’ambition dévorante de Christine va l’emmener loin, très loin dans sa carrière encore embryonnaire. Elle ne cache pas non plus son envie de prospérer par delà les frontières, ce qu’elle n’aura aucun mal à faire vu son talent et sa faim de travail. Il est toujours plaisant de voir que la France niche encore des perles rares et que le paysage musical peut encore évoluer et se modifier pour pousser encore plus loin les limites de la création. Christine and The Queens délivre un message puissant et marque un tournant dans la musique française et mon pressentiment me dit que nous risquons d’entendre parler d’elle encore longtemps.

Mehdi Hnana

Le 31/03 Le Silo – Marseille (13), le 01/04 Salle Polyvalente de Montfavet – Avignon (84) et le 21/07 aux Arènes – Nîmes ( 30).

www.christineandthequeens.com

 

Laisser un commentaire