Nouvelle Vague

ALEXANDRE GRONDEAU : Bob Marley un Héros Universel

LIVRE-Bob Marley- un héros universel(La Lune sur le Toit)

★☆☆☆☆

#NVmagLivre

Bien des ouvrages ont été écrits sur Bob Marley mais Alexandre Grondeau, l’auteur de « Génération H. », un road roman inutilement racoleur qui narre les tribulations d’un duo de fumeurs de joints, n’a jamais peur d’enfoncer les portes ouvertes pour se faire reluire au sein d’un public reggae pas toujours très apte à la finesse d’analyse ou à la curiosité artistique. Toujours prêt à brosser le public dans le sens du poil, l’auteur, loin de rester centré sur des faits dont on pourrait nous-mêmes faire l’interprétation, essaie de faire coller la réalité de l’artiste avec sa propre vision du monde, dans un vaste recyclage d’informations aux multiples sources souvent incertaines. Ressemblant à un recueil de recherches google sur Bob Marley, le livre vous tombe des mains, surtout les premiers chapitres d’un manichéisme qui n’est pas à la hauteur de l’artiste qui l’inspire. Car ne lui en déplaise, Bob n’est pas un héros, c’est un homme dont le monde a fait un héros ! Ce qui est fait n’étant plus à faire, je conseille au lecteur de notre magazine que le sujet intéresse de se plonger dans deux ouvrages du même auteur : Mark Miller. La version française « Sur la Route avec Bob Marley » mais surtout sa version anglaise « On The Road with Bob Marley » qu’on trouve encore facilement. Ancien stage-manager de Marley, il a passé les 3 dernières années de la vie de l’artiste à ses côtés, puis est devenu manager des Wailers à sa mort. Celui qui a été mon guide il y a vingt ans déjà et qui m’a fait découvrir l’univers du reggae à titre professionnel, s’en tient aux faits et sait comme personne décrire la solitude d’un homme dépassé par sa réussite et qui donc a du mal à faire confiance ou à se livrer à de vraies relations amicales. Il décrit Bob comme un homme normal au quotidien et surtout un infatigable bosseur en musique, entouré d’une horde de journalistes, de pseudo-amis et de fans qui cherchent à arracher à cet homme simple des prophéties sur l’état du monde, Bob savait comme personne le faire en chanson, pourquoi lui demander d’en parler ? J’ai bien trop côtoyé les musiciens pour comprendre que leur talent se situe en priorité au niveau de leur art et que si on est intéressé par la profondeur d’âme ou par la pertinence d’une pensée, il vaut mieux écouter un musicien que de l’entendre parler ou commenter. Alexandre Grondeau dépêché par Reggae.fr, aurait été un de ces journalistes que Bob détestait, c’en est presque triste. La fin du livre très modestement intitulée « J’ai fait un rêve » est tout simplement grotesque et ne correspond en rien aux dires de ceux qui ont vécu avec Marley, ce dernier qui a flambé son existence, est mort, emporté par ce qu’on a fait de lui malgré lui. La démarche d’Alexandre Grondeau en deviendrait presque funeste voire indécente si elle n’avait été posthume. Bob Marley nous a laissé son immense œuvre musicale qui, d’après moi, se suffit à elle-même.

Emmanuel Truchet

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