Lundi 8 Février 2010
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Arman Méliès
Esotérique et Hypnotique

Le pseudo Armand Méliès vient d’un étrange croisement entre le réalisateur George Méliès et le plasticien Arman. Drôle de compression de me direz-vous ? Cela démontre d’entrée le caractère étrange et lettré du Parisien. Dans son deuxième album « Les torture volontaires » il explore toutes les strates de la mélancolie, convoquant à sa table le best of des mystiques français : Dominique A, Bashung et surtout Gérard Manset, intellectuel qui converse avec les guitares de Blonde Redhead pendant que Ennio Moricone les attend pour le thé. Esotérique et Hypnotique.

Peux-tu revenir sur ton parcours ?
Mon parcours est à la fois assez simple et assez bête. Je gratouille la guitare depuis l’âge de 17 ans, pendant dix ans j’ai fait ça avec mes potes sans réelle ambition. Et puis je me suis rendu compte tardivement que c’était ça que je voulais vraiment faire. Avec le groupe Enola de pop française on a sorti un album. La lassitude me venant, j’ai commencé à écrire seul pour un projet parallèle qui a pris au fur et à mesure de l’importance. Au final, le groupe prenant l’eau, on a arrêté et je me suis consacré à ma carrière solo. Il y a eu un maxi puis un album sur des micro-labels créés par nos soins et aujourd’hui « Les tortures volontaires » signées chez Warner.

Les grands noms te coachent, Bashung, Dominique A, comment as-tu eu tous ces contacts?
Complètement par hasard. Mon premier album a eu la chance de plaire à des gars influents : JD Beauvalet des Inrocks, Bayon de Libération, Baron de Télérama. C’est grâce à ces chroniques que Dominique A et Bashung, qui sont friands de papiers musicaux, m’ont découvert.

Bashung m’a ensuite contacté pour que je joue avec lui pour sa carte blanche à la cité de la musique (au coté de Cat Power, Bonnie prince Billy, Françoiz Breut, Marcel Clenche…)
Je pense beaucoup à Manset en écoutant ton album ?

C’est curieux beaucoup de gens me le disent, alors que je ne connaissais pas du tout. Du coup je me suis penché sur le disque. Il y a des choses que j’apprécie beaucoup, qui sont vraiment magnifiques, d’autres moins, mais par contre je ne vois vraiment pas le point commun.
Pour moi les points communs sont le mystère dans les textes et la plénitude dans la mélancolie. Est-ce que Dominique A et Bashung t’ont beaucoup influencé ?

Ce sont des gens importants et en plus je les aime bien. Dominique A c’est un peu comme un grand frère, sa musique me parle beaucoup. Il a été le premier à assumer le fait d’être français et de faire du rock indé, de marier Ferré à Yo La Tengo. Comme lui je viens avant tout des anglo-saxons, c’est après seulement que j’ai découvert Ferré ou Bashung. Quand Bashung m’a contacté j’ai vraiment crû à une blague.
Tes visuels sont particulièrement travaillés.

Le graphisme est de Julien Pacaud, un mec qui fait des trucs décalés avec plein d’humour. Je l’ai contacté au flanc, en lui disant que j’aimais beaucoup ce qu’il faisait. Les pochettes sont parlantes. Pour la vidéo, on a gardé la même charte graphique, c’est Johana Anderson une très jeune Suédoise qui s’en est chargée. Ca s’est fait facilement, en deux semaines.
On t’a vu jouer en solo à la FNAC de Nice le 26 septembre pour un forum, est-ce ta configuration habituelle ?

Oui, car déjà il y a un coté très simple pour la logistique. Ca permet aussi de faire sur scène selon l’humeur avec des musiciens, c’est plus structuré, carré. En solo je peux revisiter mes morceaux comme je veux. Je prends beaucoup de plaisir à créer en direct. Au bout de deux trois concerts en groupe, je me lasse, car j’ai l’impression qu’on fait toujours la même chose, qu’on reproduit le disque, qu’une routine s’installe. J’ai plein de pédales que je bidouille, je m’auto-sample etc.
Pourquoi ce titre « Torture volontaire »?

C’est avant tout ironique. Sur mon premier album, j’ai eu beaucoup de critiques disant que c’était sombre, mélancolique. Il y avait donc un clin d’œil pour dire oui, les artistes aiment bien se complaire dans un certain nombrilisme, parler de leurs petits malheurs. Les tortures volontaires c’est se faire mal pour apitoyer l’autre, pour faire pitié. C’est aussi un clin d’œil à Annette Messager, une plasticienne qui dans les années 70 avait une installation où elle collectait tous les sévices que s’infligeaient les femmes pour être belles (les gaines…). C’est comment la femme se conforme-elle à l’image que l’homme se fait d’elle. C’était assez ironique et drôle comme truc.
La culture semble être primordiale pour toi, avec ton nom notamment. Arman Méliès est à la fois hommage au plasticien et au réalisateur ?

Je pense que je serai incapable de créer longtemps sans me nourrir d’autre chose. Si j’étais cloîtré, je pourrais peut être encore faire 2 ou 3 albums avec ce que j’ai engrangé mais pas plus.
Je ne me suffis pas à moi même, je suis vraiment obligé d’écouter de la musique, de voir des films, de lire, d’aller dans des expos… Pour moi le métier d’artiste c’est avant tout un métier de vampire. Pour moi ce n’est pas une figure de style, c’est vrai.

Peux-tu nous citer des coups de cœurs en
- Musique : Cyann & Ben, Grizzly bear, I love U.F.O.

- Littérature : Lorette Nobécourt (En nous la vie des morts), Tanguy Viel (Insoupçonnable), Valerie Zenatti (En retard pour la guerre), Eric Meunié (Auto mobile fiction)
- Cinéma : Esquisse un reportage sur un architecte.

Simon Pégurier & Benoît Belasco / Une interview www.loreillequigratte.com. (Merci à Alain Hamila & Emmanuel Guillon)

Album : Les tortures volontaires (Warner)

En savoir plus sur Arman Méliès
Site officiel: www.armanmelies.com
Page MySpace: www.myspace.com/armanmelies
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