Nouvelle Vague

THIS IS NOT A LOVE SONG, du 03 au 05/06 à Paloma – Nîmes (30)

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Il y a quelques années de cela, en 2013, se déroulait la première édition de ce festival, de façon presque confidentielle, mais la programmation ainsi que la qualité du festival en ont très vite fait l’un des événements incontournables des amateurs de musiques indépendantes, voire peut être le plus emblématique de tous.

 

Car ici, il n’est nullement question d’un festival à vocation lucrative, mais bien d’un événement organisé par des passionnés pour des passionnés. Dès que l’on arrive sur le site on se rend vite compte que l’aspect convivial est primordial. De l’accueil du public à l’aménagement du lieu, de la disposition des scènes aux nombreuses attractions (avec une pensée toute particulière pour le Elvis génial de cette année et sa Chapelle improvisée), tout est mis en place afin que le festivalier puisse se déplacer à son rythme entre les divers live, lui laissant la possibilités de flâner, boire un verre ou manger entre deux voire trois groupes.

Car bien sûr, on pourrait s’étendre longuement sur les qualités de ce festival, la plus importante demeure la programmation. Cette année comme les précédentes, nous avons droit à un panel d’excellents groupes, avec des valeurs sûres comme Shellac, Lush ou Dinosaur JR, de jeunes formations dont on entend beaucoup parler (Girl Band, The Mystery Lights ou Protomartyr …) et des découvertes prometteuses ( Kursed, Quetzal Snakes, My Great Blue Cadillac …).

Le pire cauchemar du festivalier, le choix cornélien entre plusieurs live, va être le principal sujet de conversation. Comme je vous le disais, dans ce festival à taille humaine (ce qui serait presque un oxymore) il n’y a que des passionnés, avec une culture musicale des plus conséquentes et une ouverture d’esprit proportionnelle (je ne crois pas avoir jamais vu autant de T shirts Black Sabbath ou Sonic Youth et encore moins au même endroit).

 

Premier jour : Immersion.

Après avoir bravé l’autoroute et ses voitures calcinés et quelques contretemps, il est temps de se détendre. Rien de mieux pour cela que Ty Segall & The Muggers, un bon son garage bien gras a toujours un effet positif. Le temps de jeter une oreille aux prometteurs Car Seat Headrest, de faire un détour pour profiter des mélodies raffinées de Destroyer et on va pouvoir découvrir la nouvelle scène extérieure Mosquito mise en place cette année avec les très très énergiques Mystery Lights. Une des nouveautés les plus importantes de cette année, tant cette scène va vite devenir un point de chute essentiel et favoriser l’alchimie entre les groupes et le public. Retour sur la grande scène pour les fabuleux Explosions In The Sky, groupe essentiel dans le post rock qui va livrer une prestation incroyable. Retour à MosquitoChocolat et son rock psyché garage nous file un coup de boost puis détour par Yak et son rock crasseux, nouveaux chouchous de Fat Possum à juste titre.

Foals et Battles vont respectivement finir la soirée sur la grande scène et dans la grande salle avec des prestations ciselées et ultra efficaces, mais ce sera Protomartyr et son post punk habité qui va marquer les esprits. Captivant et complètement sous tension, leur live va scotcher le public ainsi que les nombreux musiciens présents derrière la scène pour voir ce phénomène.

 

 

Deuxième jour : Confirmation

Dès le samedi les après-midi sont gratuites, permettant au public de découvrir le site et malgré une météo un peu moins clémente, rien ne va venir entamer les ondes positives du festival. La Mosquito va démarrer la journée avec le duo très sauvage My Great Blue Cadillac, groupe montpelliérain qui va nous asséner son post punk tribal en uppercut. Sheer Mag prendra le relai avec un rock énergique de très bonne facture. Le temps de se sustenter afin de pouvoir voir un maximum de choses et Palehound entame les hostilités, le trio de rock indé est la parfaite mise en bouche pour ce soir qui va ravir les fans d’un âge plus avancé (on est toujours jeune si on écoute la musique à un volume déraisonnable). Trois énormes formations cultes vont se succéder sur la grande scène, Lush, Dinosaur Jr et AIR, qui officiant dans des registres différents, vont donner des prestations bluffantes et hypnotiques. Si cela aurait suffit à faire une soirée parfaite, Dirty Fences et son punk garage, les talentueux Algiers, la noise pop de LUH. Ou encore Cavern Of Anti-Matter et son kraut rock obsédant (formé par un ancien Stereolab) vont aussi entre autres (toujours les éternels sacrifiés dont Parcels et Weaves, dont on me dira le plus grand bien histoire de bien remuer le couteau dans la plaie) donner des shows de haute volée. Breakbot viendra clôturer cette deuxième soirée, pour les plus endurants.

 

Dernier Jour : Destruction

Après un début de journée en compagnie des hautement fréquentables Kursed, Steve Gunn et Quetzal Snakes, la soirée va aller crescendo vers un déluge de noise. Les quatre filles de Nots vont enflammer le Club Paloma, pendant que l’élégant Robert Forster va donner un peu d’oxygène avec sa pop bien ciselée. Metz va reprendre la main, puissance et énergie, déferlante de face et rage au ventre. Les vétérans de Drive Like Jehu vont continuer dans la même veine, et Unsane va venir achever les survivants. Parquets Courts sur la scène extérieure avec son post punk énervé. Et Tortoise, cultissime formation de post rock, vont permettre de souffler un peu. Rarement vu un sans faute pareil, surtout en fin de festival. Note pour plus tard : Girl Band avec ses quatre membres au look d’étudiant est en fait un piège sonore qui n’a pour but que de finir les tympans des festivaliers. Beach House et sa dream pop auraient été un magnifique moyen de finir la soirée mais en bon masochiste adepte de décibels, je me dirige vers la grande salle afin de profiter des compositions expérimentales d’Helen Money. Après autant de fureur, je pensais naïvement que rien ne pouvait aller plus loin. C’était sous estimer Shellac, le trio de Steve Albini. Constamment en tension, aussi aiguisé qu’un couteau de boucher, leur set va remuer un public pourtant rassasié de décibels. La meilleure prestation de ce festival et ce n’est pas peu dire tant le niveau est élevé.

 

Le bilan de ces trois jours est qu’on peut développer un festival avec des groupes favorisant l’analogique, qu’on peut être intègre en offrant une programmation de choix sans négliger pour autant le coté humain et surtout que Tinals fait désormais partie des événements incontournables. Pour paraphraser une publicité dont j’ai oublié la source, on y vient pour la programmation, on y retourne pour l’ambiance.

Jean-Paul Boyer

www.thisisnotalovesong.fr/

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