Nouvelle Vague

TETE

26 février 2013 ZOOM Aucun commentaire sur TETE
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Funambule des mots et des mélodies, Tété revient avec un nouvel album, “Nu là-bas”. L’artiste n’a pas perdu son goût pour le mélange des styles, mais livre un opus plus personnel, dans lequel il veut faire tomber le masque.

 

Tu es en pleine étape de promotion, en général ce n’est pas ce que les artistes préfèrent…

Franchement, qu’est-ce qui peut m’arriver de mieux que des mecs qui prennent de leur temps pour me parler de mon travail ? J’ai aussi eu la chance de co-animer une émission avec André Manoukian, où justement nous allions interviewer des artistes à travers le monde. J’ai aimé me mettre à la place du type qui se déplace, qui bosse et qui prépare les interviews pour parler du travail de quelqu’un et l’exposer au plus de gens possible.

 

Tu as diffusé le processus d’enregistrement de ce nouvel album sur les réseaux sociaux. Qu’est-ce qui t’as poussé à le faire ?

J’ai cinq albums au compteur maintenant, ça fait quinze ans de voyage. Je suis hyper ému quand je pense à ça, car il y a plein de copains avec qui j’ai commencé et qui malheureusement ne peuvent pas faire autant de concerts qu’ils le souhaiteraient. Je me dis : qu’est ce qui a fait que moi, j’ai eu cette chance-là ? Je n’ai pas la réponse, si ce n’est les gens qui me soutiennent en venant voir les concerts et en achetant les disques. Du coup, avec les outils de communication actuels, on peut se parler en direct et je pense que c’est bien le moins que je leur dois. C’est un peu comme quand on invite des gens à la maison. On est tous assis pour prendre l’apéro dans la cuisine et les gens voient un peu ce que je mets dans la gamelle !

 

Après avoir enregistré aux États-Unis, pourquoi effectuer un retour aux studios français pour “Nu là-bas” ?

Aller aux États-Unis était un rêve d’enfant. Je voulais me confronter à ça. Dieu sait que c’était une expérience fabuleuse, mais à Paris, où je vis, il y a des musiciens, des ingénieurs du son et des studios exceptionnels. C’est l’album famille, à deux pas de la maison, avec les copains.

 

“ J’avais trop tendance à me cacher derrière les images ”

 

C’est un album plus personnel ?

Oui, c’est ça. Depuis quelques années, j’ai pas mal écrit pour d’autres chanteurs. Je les ai rencontrés pour que les paroles leurs correspondent. C’est ce que j’appelle des chansons ADN, des chansons écrites sur mesure pour eux, avec des mots qu’ils ont choisis. Je voulais qu’avec ces chansons, les gens saisissent tout de suite la personnalité de l’interprète. Au sortir de ça, je me suis rendu compte que je ne l’avais jamais fait pour moi ! Quand j’écoutais mes anciens albums, j’avais l’impression d’entendre un type qui se cache tout le temps derrière des formules. Ce type, on ne sait pas qui il est. Et avoir besoin de se cacher à ce point, c’est suspect. Donc j’ai travaillé là-dessus et j’ai essayé de trouver treize souvenirs qui me définissent, qui ont fait de ma vie ce qu’elle est aujourd’hui. Ça a donné cet album de racines. Les racines musicales, mais aussi des gens qui m’ont élevé ou ceux qui m’ont marqué.

 

Et le titre “Nu là-bas”, ça signifie quoi pour toi ?

C’est en rapport à cette prise de conscience à propos des textes, sur le fait que j’aimerais bien parler de moi. Je me suis retrouvé avec mes treize souvenirs, mes treize chansons ADN et donc la signification du titre, c’est d’arrêter de me cacher. “Là-bas”, c’est l’endroit où je n’allais jamais avant.

Côté compositions, l’album propose encore un savant mélange de styles. D’où te vient ce goût pour la diversité ?

Je suis un enfant du mélange. Mon père est moitié guinéen, moitié sénégalais. Ma mère est caribéenne, moitié anglophone, moitié francophone. J’ai donc toujours eu cet héritage. En plus du côté de ma mère, c’est la culture créole, qui s’étale de la Réunion à la Nouvelle-Orléans. Quand j’ai commencé la guitare, mes premières influences étaient plutôt rock. J’ai ensuite découvert le folk avec Bob Dylan et la guitare acoustique. Mais plus ça va et plus je me dis que ce soit en rock ou en folk mon ADN, c’est les Beatles et leurs mélodies. Et le ciment de tout ça, c’est le blues. C’est ce que j’ai essayé de faire depuis cinq albums.

 

Tu as un style d’écriture caractéristique, très littéraire, quelles sont tes influences ?

Plutôt dans la littérature classique française. Les Molière, Chamoiseau, tous ces gens-là, j’adore leur façon de manier la langue. Mais pour “Nu là-bas”, j’ai plutôt cherché à m’éloigner de ces influences. Quand tu écris un texte, ça peut bien sonner à la lecture, mais il est forcément reçu différemment s’il est écouté plutôt que lu. Et là j’avais envie d’avoir des textes plutôt directs. C’est vrai que le français est une belle langue, très riche en images. Mais j’avais trop tendance à me cacher derrière les images et je voulais arrêter.

 

Ton dernier album est sorti il y a trois ans, qu’est-ce qui s’est passé pendant ce temps ?

J’ai d’abord tourné en France pendant un an. Puis il faut savoir que j’ai commencé une histoire d’amour avec le Japon en 2004 et j’y retourne après chaque album. En gros, je tourne pendant un an à l’étranger : Japon, Australie, Etats Unis, Angleterre, etc. J’ai aussi tourné la saison trois épisodes de l’émission Tété ou Dédé, avec André Manoukian, pendant six mois à travers le monde. Ensuite, l’idée était de s’enfermer un peu à la maison pour finir des titres et rentrer en studio.

 

 “ Je suis un enfant du mélange ”

 

Comment juges-tu ton évolution musicale après quinze ans de carrière ?

Il y a une ligne conductrice : les mélodies. J’ai toujours eu une vraie liberté de ton de la part des labels avec qui j’ai bossé et de la part du public qui m’a laissé essayer des choses. C’est encore ce que j’essaie de faire sur cet album. Essayer de parler des choses de manière simple et sans me cacher. C’est ce qu’il y a de plus difficile en fait. Peut-être qu’avec les années, j’essaie de me cacher de moins en moins, tout en gardant l’énergie qui me donne envie de faire ce métier-là.

 

Tu n’as jamais été un artiste mainstream, mais tu bénéficies quand même d’une diffusion commerciale…

C’est un bon compromis, mais c’est un truc qui s’est fait comme ça. Sans être plus exposé que ça, j’ai la chance depuis quinze ans de pouvoir faire la musique que j’aime. Je ne sais pas comment c’est arrivé, mais ça me rend heureux. Je retiens surtout beaucoup de plaisir.

 

Un dernier mot sur la tournée 2013…

Nous venons de finir les répétitions. Il y aura des surprises avec un nouveau décor et une nouvelle mise en scène. Plus d’énergie aussi : je passe à la guitare électrique ! Les concerts commencent début mars avec une grosse tournée jusqu’en avril, puis en mai nous irons au Japon.

 

Pierre-Olivier Burdin

 

Le 27/03 au Moulin – Marseille (13) et le 28/03 au Théâtre Lino Ventura – Nice (06).

www.tete.tt

 

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