Nouvelle Vague

SPLASH MACADAM

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Le 5 septembre 2020, Splash Macadam donnait son dernier concert dans le cadre de l’événement « Soutient ton bar et le rock à Marseille ». En face de l’Intermédiaire, une des salles historiques de la ville, à l’endroit même où ils avaient joué la première fois. Comme pour boucler la boucle d’un parcours chaotique mais cohérent. L’annonce de cette séparation a précédé de peu la diffusion gratuite sur les réseaux sociaux de « Saint Wave », un album enregistré et gravé sur vinyle mais jamais distribué suite à d’obscurs démêlés avec leur label. Une actualité toute en contradiction, à l’image de ce groupe clivant mais attachant, qui méritait bien quelques explications.

 

Splash Macadam ou l’art raffiné du seppuku

L’occasion m’en est donnée quelques jours plus tard, après la release party de The Parade, autre groupe marseillais en pleine hype.  Rendez-vous est pris au Couvent Levat, un des rares lieux où il est encore possible d’assister à des concerts. Quarante minutes de discussion à bâtons rompus avec Vincent membre fondateur du groupe, guitare, lead, auteur et compositeur, pour démêler le pourquoi du comment. Et surtout parler d’avenir. Pour qui ne connaît pas toutes les arcanes du milieu rock à Marseille, il n’est pas évident de cerner les SM, groupe à géométrie variable dont Vincent et Guillaume (à la basse) constituent la colonne vertébrale.

L’histoire commence avec une émission de téléréalité…et un anglais à Marseille

La formation naît très classiquement à la fin des années 2000 lorsque Vincent, débarqué de son premier groupe, publie une petite annonce pour continuer l’aventure. La suite est moins commune quand Alex Twist, un londonien qui a joué dans l’émission de téléréalité « Le pensionnat de Sarlat » y répond. « Je ne comprenais pas pourquoi au premier rendez-vous il y avait 30 ou 40 personnes qui le suivaient dans la rue. En fait, il avait terminé le tournage et l’émission à succès commençait à être diffusée sur M6 ! On arrive finalement à trouver un endroit pour boire une bière et discuter, et ça marche entre nous. On monte un duo rock, folk, électrique et boîte à rythme. Et puis un bassiste est arrivé. Et finalement le groupe s’étoffe et ça commence à buzzer. Un anglais à Marseille, c’était pas commun ».

Le groupe prend son nom définitif, ce sera Splash Macadam, inspiré par la petite amie d’Alex à partir d’événements que la décence interdit de reproduire ici. L’histoire d’amour finit mal et le chanteur repart dans sa perfide Albion. Vincent veut continuer. Guillaume et David rejoignent le groupe, avec Tom, frère de l’actuel clavier. Les concerts s’enchaînent, le groupe se fait remarquer et signe sur Division Aléatoire, le label du cabaret Aléatoire en 2010.

Ça ne veut strictement rien dire

« Do You Want Magic Listenning » est le premier EP du groupe, vendu à près de 5 000 exemplaires à l’époque. La carte de visite est prometteuse et, même si le titre de l’EP « ne veut strictement rien dire », le groupe part le défendre en Angleterre. Une première tournée est organisée, malgré un niveau d’anglais que Vincent considère comme alors « proche du néant. Ils m’ont dit « ça n’existe pas ce que tu dis » mais par contre on comprend et c’est ultra classe ». J’ai demandé s’il fallait que je change le truc et ils m’ont répondu : « non, nous on veut que vous tourniez en Angleterre donc tu améliores ton anglais et tu reviens pour la deuxième tournée, sans vous prendre la tête ».

Fort de cette expérience le groupe continue de vivre avec des hauts et des bas, le départ du chanteur pour Paris, la fidélité de Guillaume qui reste à bord malgré les doutes et les interrogations. D’autres arrivent et repartent. Lucide, Vincent concède que « Splash Macadam aurait dû s’arrêter à ce moment-là mais moi j’étais tellement têtu que j’ai dit on continue. Mais en réalité le projet était terminé en 2015, 2016. A partir de là il n’y avait plus de réelle proposition et moi obstiné j’ai continué à composer en gardant le nom et en essayant de proposer quelque chose. Et donc j’ai composé et on est arrivé à quelque chose d’assez cool, en tout cas pour le live ».

Jusqu’à ce jour, Splash Macadam tourne donc avec Vincent, Guillaume, Damien (clavier, machine) et Etienne (batterie). Le son du groupe est désormais identifiable entre mille, et leurs prestations scéniques ne passent pas inaperçues.

 

Rock ? Cold Surf ? Un style inclassable

J’en arrive à interroger Vincent sur ce fameux style musical qui semble ne pas rentrer dans les cases habituelles et rassurantes. Du rock/cold surf si l’on en croit leur FB. Les influences sont marquées (au détour d’articles publiés sur le web, où sont évoqués le rock des 90’s et la new wave, je retrouve pêle-mêle des choses aussi différentes que Joy Division, Nirvana, Pixies ou Beach Boys !). Mais il faut avouer qu’elles sont bien digérées et que leur identité musicale est singulière. Une démarche revendiquée par Vincent.

« Nous avons essayé de proposer un son original et qui nous appartient en essayant de digérer au mieux les influences et de ne pas copier. L’idée c’était, sans prétention, qu’on n’entende pas les influences. Un peu comme Jimi Hendrix (dont je suis fan, sans doute un peu parce que je suis gaucher), qui a été un immense guide. Ce mec a amené des choses dans son époque qui étaient nouvelles, et donc on s’est dit qu’on allait aussi essayer d’amener à notre niveau un nouveau regard sur le rock, pour le rendre accessible à un maximum de personnes et le rendre « sexy ». C’est pour ça qu’il y a beaucoup de tournures dans les morceaux qui sont assez dansantes, pour essayer de redonner envie à un public assez jeune de venir et se dire « en fait on peut venir écouter des groupes comme ça ». Et les mecs peuvent partir dans un truc qui dure une heure ».

Et en effet il y a en live une gestion des climax bien particulière, des montées que le groupe mène et étire jusqu’à les faire exploser – ou pas – au moment le plus inattendu, lorsque la tension est à son comble. Quelqu’un m’a récemment avoué voir dans cette façon de faire une forme d’absence de considération pour le public. J’aime au contraire me laisser guider et surprendre. Avec SM, on est en concert comme dans l’acte sexuel. Ça peut être lascif, sale ou poisseux et toujours différent. Et si le son des SM c’était finalement le sex rock que j’évoque dans ma dernière chronique ? Vincent acquiesce. Les initiales d’ailleurs ne sont pas innocentes.

 

Entre live et album mon cœur balance

Mais faire cohabiter une identité live et un son plus « propre » pour une écoute radio, c’est tout le paradoxe dont le groupe n’a jamais vraiment su se sortir.

« C’est ce qu’il y avait de difficile à gérer, c’est à la fois l’envie de nouveauté et de créer de nouvelles sonorités tant qu’on peut, des nouvelles façons d’aborder ce public rock. Et finalement j’ai pris la décision de me dire « bon Ok, on va sur un truc un peu plus sexy », donc j’ai essayé de rendre ma voix moins underground. Je me qualifie pas de super chanteur mais voilà on s’est dit on va essayer de faire quelque chose de plus mainstream. Et on a foiré. Parce qu’on avait vraiment cette volonté de proposer aussi tout un esprit indé. On écoute énormément de la trap, du hip-hop, des choses comme ça et on avait envie de pouvoir se dire « tiens il y a un groupe rock, il est capable d’apporter cette fraîcheur-là. Et en proposant en live une véritable énergie, en se disant on réfléchit pas et on fait comme ça sort en ayant travaillé les choses. Du coup les gens aiment bien en live et aujourd’hui on se rend compte qu’on les a peut-être perdus, à essayer, à tenter quelque chose. On a perdu le public qui aurait pu kiffer ça et en même temps on a gagné plein de gens qui du coup se sont dit « ok, je capte où ils veulent aller, j’ai compris que sur disque c’était ça et en live ça n’a rien à voir, c’est plus brut… c’est différent en fait ».

On touche du doigt ce qui est une des vraies forces due groupe. On croise beaucoup d’excellents groupes de scène auteurs d’albums décevants (et vice versa). Les groupes capables d’une cohérence totale dans leur démarche sont plus rares.

Les Splash Macadam conduisent leurs morceaux très différemment sur scène de ce qui ressort à l’écoute de « Saint Wave », mais ils savent être excitants sur les deux formats. A la manière de Joy Division, une référence en la matière, même si les deux formations sont très éloignées musicalement. Je connais des personnes qui détestent leurs albums, ne jurant que par les live, et d’autres qui vouent un culte aux enregistrements studios et ne les apprécient pas en concert.

Finalement, les SM ont les bons ingrédients et l’art de les accommoder pour proposer des recettes différentes mais qui sont aussi bonnes l’une que l’autre. Cette démarche artistique, courageuse mais risquée, a été source des incompréhensions qui ont pu freiner un groupe dont la seule ambition était finalement de « sortir un album ». Ce rêve, ils l’ont touché du doigt puisque la signature sur un nouveau label a permis de le mettre en boîte. Vincent explique que le vinyle est pressé, que les cartons sont prêts mais qu’il n’est toujours pas distribué en raison d’embrouilles financières avec le label. On sent que le sujet est délicat et le chanteur à fleur de peau sur le sujet. Le fait qu’une campagne de financement participatif ait aussi été en jeu ajoute au « sentiment de trahison envers les amis, la famille et ceux qui ont fait confiance ». Toujours est-il que « le disque on a préféré le sortir malgré tout, pour tourner la page, dire voyez, on n’a pas menti, on a fait un disque, pour vous. Au final on a arrêté plutôt que de nourrir tout ça et j’ai commencé à envisager un nouveau projet ».

 

Se saborder plutôt que couler

On sent le chanteur engagé, tout en étant « conscients qu’on est un petit groupe de rock à Marseille. On n’a jamais prétendu être plus, on a juste essayé de faire de la musique, et d’apporter quelque chose, en toute sincérité et sans prétention ». Et en assumant des choix qui ont pu conduire le groupe dans une impasse, là où des concessions auraient peut-être permis une autre exposition et, pourquoi pas, un autre destin.

Mais les concessions et Splash Macadam ça fait deux, et la fin de l’histoire ressemble beaucoup au seppuku, cette forme traditionnelle du suicide pratiquée au Japon et marquée du sceau de l’honneur. Seppuku aussi comme l’album de Daniel Darc avec Taxi Girl, un artiste total lui aussi dont j’ai pourtant oublié d’évoquer les liens et filiations que j’entrevoie.

« Nous avons tourné un film avec Cyril Becqart, ça fait 2 ans qu’il suit le groupe. Il sortira, il y aura un peu tout ce qu’on a vécu » conclut Vincent sur Splash Macadam. Souhaitons-lui autant de succès que « Dig ! », le documentaire sur le Brian Jonestown Massacre et les Dandy Warhols dont l’histoire tortueuse n’est pas sans rappeler les quelques anecdotes évoquées ce soir.

 

Et maintenant… Claque !

Touché donc mais pas coulé, Vincent a su rebondir en profitant de la période de confinement pour continuer à composer, encore et toujours, ce qu’il confie être « un besoin et quelque chose de naturel ». Une rencontre amoureuse a sans doute également permis de lui redonner un regain de confiance, l’envie de croire que tout est encore possible.

Cet avenir passe par un nouveau projet. Quand je lui demande de m’en dire un peu plus, Vincent explique dans un sourire que « Xanax Paradise était le premier nom envisagé jusqu’à retenir « Claque ». Beaucoup n’aiment pas mais moi ça m’a trop plu et j’ai dit Claque ça nous ressemble, ça peut être la claque sur les fesses, comme la claque « tu prends ta claque ». Et c’est l’idée de ce projet, sortir tout ce qu’il y a en nous. Des morceaux ont été composés. C’est ouvert, plus simple, je ne veux plus me projeter mais je vais l’assumer. Et là, qui m’aime me suive ».

Claque, plus qu’un projet donc, un groupe qui doit repartir de zéro et dont il ne sera malheureusement pas possible de se faire une idée très rapidement. Les présentations auraient dû avoir lieu le 12 septembre à l’occasion du RDB Fest mais les conditions sanitaires en ont décidé autrement.

En attendant, « Nous continuions à travailler sur le set et moi à bosser de nouveaux morceaux, l’objectif étant de tourner un live d’ici un mois ou deux, d’enregistrer un EP qui y ressemble (8 titres sont déjà en boite), histoire de montrer ce qu’on fait. Les choses commencent à être en place. Nous aimerions par exemple travailler avec des gens comme Johrice pour le visuel ».

Et comme si tout ça ne suffisait pas à sa boulimie de renouveau, Vincent tient à parler de « Sable Sorcière », son projet solo dont la traduction en anglais devrait suffire à situer le style ! « J’envisage d’appeler le premier EP « In Da Club », en référence à 50 cents et j’avais pensé pour la pochette au Dark Side of The Moon avec un sandwich à la place du triangle ». Musicalement ce sera « plus proche de Soft Moon, plus froid, plus noise. Boite à rythme et basse avec du chorus à mort ».

On se quitte en se promettant de reparler de tout ça très rapidement. Il était temps. Depuis le début de l’interview des éclairs déchirent le ciel, et le tonnerre qui gronde autour de nous m’a longtemps fait craindre le pire. Deux mois qu’il n’a pas plu à Marseille pourtant ! Quand je dis qu’avec Splash Macadam il se passe toujours quelque chose…

Laurent Bruguerolle

www.facebook.com/SplashMacadam

Crédit photo : Laurent Bruguerolle

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