Nouvelle Vague

Le 03/08/18 au Mas des Escaravatiers – Puget-sur-Argens (83).

#NVmagLiveReport

Bien que fan de reggae et professionnel du reggae business depuis des années, Soom T. était totalement passée sous mon radar artistique. En effet, peu attiré, à tort, par une scène anglaise pourtant foisonnante, je la prenais pour une « simple » Rappeuse. Un live interprété sur le plateau de l’émission Quotidien ne m’avait pas non plus ébloui. Cette soirée d’août au Mas des Escaravatiers m’a éclairé sur ma grandissime erreur de jugement et non pas pour les conditions particulières qu’offre le Mas et sa magique proximité du public avec les artistes et la scène car, pour des raisons que je pourrais détailler plus loin, de cela Soom T. n’a pas besoin. Méa Culpa ! Je me flagelle quotidiennement depuis ce jour avec des exemplaires de la Strada ! Il faut dire que je suis reparti de ce concert abasourdi par la prestation de la sautillante anglaise que j’ai découverte comme virtuose au firmament de l’artisanat d’art vocal reggae planétaire.

Quand les musiciens s’installent sur scène je reconnais rapidement le band parisien aujourd’hui en quatuor qui se produit en Live avec Taïro depuis quelques temps. Le groove est bien là, même en sortant du pur registre reggae, le premier morceau plutôt soul ou funk leur convient tout à fait. Quand Soom T surgit sautillante sur scène, dès la première mesure j’ai compris mon erreur ! Quel Flow ! Quelle omniprésence ! Le titre Walking in my shoes électrise d’emblée l’assistance. Soom T est constamment présente occupant un espace sonore d’une densité qui défie l’entendement, elle va tenir l’ensemble du concert sur ce registre ou plutôt ces registres car elle semble pouvoir alterner tous les univers que la black music a inventé en un siècle d’histoire musicale. Funk, Soul, reggae, dancehall, rub a dub à l’anglaise, rap, elle n’a aucune frontière mais sa compétence est immense ! Pas une difficulté rythmique, pas un faux pas de justesse rien qui puisse prêter le flanc à la moindre critique, l’ensemble du show est éblouissant. Après des centaines de concert reggae ces trente dernières années seule Queen Omega la chanteuse, elle aussi virtuose, de Trinidad semble capable d’une performance vocale de ce niveau sur la durée entière d’un concert.

Soom T. a commencé sa vie publique comme militante politique pour une meilleure prise en compte des quartiers populaires dans sa ville natale de Glasgow et sur scène, des années après, on la sent sans cesse investie par un discours qui semble l’habiter. Beaucoup de personnes ne comprenant pas l’anglais, pensent que les textes qu’écrit un artiste reggae anglophone se limitent à leur musicalité, seule dimension du discours de l’artiste qu’ils pensent pouvoir percevoir. Cependant, après de multiples concerts en tant que spectateur averti, plusieurs tournées avec les groupes dont je m’occupe personnellement et tous ces chanteurs rencontrés ou côtoyés, j’ai bien compris que le reggae n’était pas une musique comme les autres et son intérêt est loin de se limiter à sa musicalité, bien au contraire. C’est une musique qui a pour but premier, et ce depuis ses débuts, de diffuser des idées émancipatrices pour tous les individus ou les peuples opprimés, que ce soit par des dictateurs sanguinaires, des blessures de l’histoire ou une société matérialiste qui laisse l’âme et le bien être des plus démunis de côté. La conviction et l’adhésion du chanteur à son message et l’importance qu’il place dans la capacité de son discours à changer les attitudes de ceux qui l’écoute puis leur comportement social est essentielle. Je peux même dire que quand cela est absent ou trop atténué pour être perçu par le public, l’ampleur artistique et musicale est fortement limitée et ne transmettre la vibration spirituelle qui fait l’intérêt de cette musique. Un bon chanteur peut réussir dans le rock, la pop, la musique funk mais sans conviction aucune chance d’emporter un public reggae loin d’où il se trouve. Le fond influence le mental de l’artiste et donc la forme à travers son attitude sur scène et envers le public. Tout cela pour en venir à la présence très particulière de Soom T. sur scène. Sa justesse vocale inattaquable requiert une concentration maximum et si elle fait quelques efforts pour interpeller le public, son sacerdoce, c’est de chanter de manière parfaite, et d’ainsi de faire passer ses idées, si ce n’est par ses mots devant un public francophone au moins par la vibration qui en résulte. Elle se donne si pleinement à son art qu’en fin de concert personne ne pourra honnêtement penser ou ressentir qu’il a eu affaire à une artiste distante : elle est engagée corps et âme dans ce qu’elle fait et cela tout le monde l’a bien perçu. Pour une fois, j’ai trouvé la proximité avec les spectateurs sur la scène particulière du Mas importante pour le public mais sans effet sur l’artiste. Pour tout dire et pour conclure, j’ai trouvé Soom T. rayonnante, énergique et totalement impliquée due l’âme au corps dans sa musique. Des jours après je suis encore au Mas dès que mon esprit vagabonde, il tombe sur des sensations visuelles et surtout auditives qui parviennent de ce concert, ce 3 août 2018 au Mas des Escaravatiers. Si vous lisez ces lignes sans, comme moi il y a quelques jours, connaître Soom T. courrez la voir sur scène et emplissez votre esprit de sa musique et de son message ! Ne faites pas confiance aux images d’elle, Soom T. est grande !

Emmanuel Truchet

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