Nouvelle Vague

PRESSYES

#NVmagZoom

Représentant talentueux de la scène pop dans ce qu’elle a de plus psychédélique le groupe Pressyes s’exporte bien au-delà des frontières autrichiennes dont il est originaire. Les valises remplies d’originalité et de talent, la formation viennoise profite de sa présence sur les planches des Trans Musicales de Rennes pour inviter le public à un véritable Road Trip sur les routes de sa poésie pavée de destinations féériques et de rêves enfantins. Quelques minutes avant le décollage, rencontre avec René Mühlberger, auteur compositeur et interprète principal d’un projet qui, bien que solo au départ, se partage à plusieurs.

Quel message souhaitez-vous véhiculer à travers votre musique ?

Inciter chacun à créer et à rechercher un constant renouvellement dans l’Art, voilà ce que contient mon message. Il est tellement facile, aujourd’hui, de sombrer dans la mélancolie, écrasé par un univers au sein duquel média et publicité saturent la communication sous toutes ses formes. Je souhaite de tout mon cœur que les gens prennent plus de temps pour voyager et découvrir le monde afin de découvrir les inspirations qui s’y nichent. Les jeunes semblent comprendre cela, plus que ce n’était le cas dans les années 90. « On the Run », l’album que j’ai composé, parle beaucoup du voyage, du mouvement ainsi que de la notion de vie qui y est associée.

 

La naissance de votre projet solo aura nécessité trois ans de travail. Quelles étaient vos motivations ? Que cherchiez-vous alors à accomplir ?

J’ai toujours joué de la musique et je faisais partie d’un groupe qui s’était séparé. Par la suite, j’ai continué le travail d’écriture mais je ne voulais pas me relancer dans d’interminables tournées aussitôt après. Je me suis alors dit, pourquoi ne pas faire ce que je veux vraiment ? Je me suis mis à acheter de nombreux synthétiseurs et enregistreurs à partir desquels j’ai commencé à reprendre contact avec l’inspiration. Le but, à ce moment-là, n’était pas de produire un album, je travaillais comme bon me semblait, je ne dépendais de personne. Je composais moi-même à partir de chaque instrument, passant de la batterie à la guitare, etc… Cette façon de procéder m’a permis de ne jamais m’ennuyer et surtout d’écrire rapidement beaucoup de chansons. Je les ai jouées à des amis qui m’ont tout de suite dit de sortir un album. Alors je l’ai fait. Puis le moment est venu où écrire ne m’amusait plus, alors j’ai pris une caméra pour commencer à monter des vidéos. Je ne supporte pas la routine (Rires). En réalité je suis convaincu que chaque groupe devrait arrêter après avoir enregistré trois ou quatre albums. Au-delà, les groupes se cantonnent dans leur zone de confort et ne se renouvellent plus. J’ai tant de fois vu ce processus se mettre en place. Mais je sais parfaitement combien il est compliqué de ne pas rester attaché à un style de musique une fois que l’on a commencé à évoluer dans celui-ci. Cependant, un peu à l’instar d’une relation sentimentale, il peut être parfois nécessaire de réaliser que le moment est venu d’essayer autre chose et qu’il y a peut-être mieux ailleurs (Rires).

 

Vous avez délibérément fait le choix d’adopter une musique très vintage. Etait-ce un choix en lien avec l’aspect nostalgique dégagé par cet album en particulier ou bien s’agit-il là de votre son d’une manière plus générale ?

C’est intéressant que vous posiez cette question. En fait ce son représente pour moi le meilleur médium permettant d’exprimer aussi bien, d’un côté, la nostalgie de mes vacances passées, et, de l’autre, de celles que j’aurais aimé avoir expérimentées. Je m’explique, cette sonorité vintage est très fortement influencée par l’ambiance seventies de la Californie et de son univers hippie, or je n’ai jamais eu l’occasion d’y passer de vacances à cette époque. Je trouve que cette musique me permet de parfaitement interpréter et traduire mes rêves tout en les mêlant à la réalité et aux émotions qui y sont liées.

 

Un son vintage, du matériel aujourd’hui dépassé…, avec tous les moyens disponibles aujourd’hui pour composer un album de musique, pourquoi avoir choisi cette voie spécifique d’élaboration artistique ?

La disponibilité des sons accessibles par cette méthode travail m’a toujours semblé beaucoup plus riche qu’avec tous les plugins modernes. Le résultat en ressort plus chaud, plus doux à mon oreille. Et puis, j’ai le sentiment d’agir directement sur la manufacture du son à proprement dit, le fait d’avoir à manipuler moi-même les boutons de réglage. Encore une fois, s’approprier l’Art de la même façon qu’un enfant entrevoit le jeu.

 

Vous mentionniez vos voyages, l’inspiration qu’ils vous apportent et les sensations qu’ils vous font expérimenter. À quel point ceux-ci sont-ils devenus importants dans votre processus créatif ?

Au-delà de leur importance, je dirais qu’ils me sont devenus une condition sine qua non. Le sentiment de liberté dont ils m’abreuvent est la base de mon œuvre créatrice. Mes voyages sont le vecteur vers une vraie légèreté d’écriture. Les voyages sont synonymes de rencontres, mais aussi de l’entretien des liens que vous avez déjà créé avec vos amis existants. Dans le cadre de la rédaction de textes de chansons, l’ouverture d’esprit qui s’en dégage est une garantie d’intégrité, de connexion entre tous les sens mon être et ma musique. Lorsque j’écris, je fais appel à mes mémoires sensorielles, olfactives, visuelles, auditives, etc… Même sur scène, il m’arrive d’utiliser, par exemple, des bâtonnets d’encens afin de recréer les ambiances captées dans certains pays. Malheureusement, parfois, les gens détestent (Rires).

 

Est-il vrai de dire qu’il est important de garder contact avec son enfant intérieur ? De cultiver cette curiosité vis-à-vis du monde afin de se détacher de cette impression de se suffire à soi-même en s’imaginant avoir les connaissances nécessaires pour appréhender le monde autour de soi sans n’avoir plus à évoluer ? Est-ce bien de cela dont il s’agit avec votre musique ?

C’est exactement ça. Vous l’avez parfaitement décrit. Votre question est totalement devenue la réponse (Rires). Je ne pense pas que quelqu’un l’ai aussi bien exprimé auparavant. Merci.

 

Quels sont vos projets futurs ?

C’est dur de répondre aujourd’hui. Je m’ennuie facilement et de plus en plus vite. Je suis donc obligé d’opérer de constantes métamorphoses dans ma création. En ce moment j’écoute beaucoup de hip hop parce que j’estime qu’il s’agit du type de musique sur lequel le plus d’expérimentations ont, en général, lieu. Je vais essayer d’associer les caractéristiques de ce mouvement à mon fond pop et indie et voir ce que je peux en faire ressortir. Je vais probablement devoir vendre tous mes vieux synthétiseurs pour en acheter de nouveaux. Créer de la musique est un peu comme cuisiner pour moi. À chaque nouvelle recette j’ai besoin de nouveaux ingrédients.

Quelles étaient vos principales influences lorsque vous étiez adolescent ?

À dix ans j’ai reçu le « White Album » des Beatles. Je l’ai écouté en boucles pendant des années. Il a eu et a encore aujourd’hui une influence déterminante sur mon œuvre. Il est ancré en moi génétiquement je pense (Rires).

Quel est votre sentiment à propos du fait de jouer aux Trans Musicales de Rennes ?

J’avoue me sentir un peu nerveux car il s’agit d’un festival réellement extraordinaire ne produisant que des nouveautés expérimentales. Il y a donc un vrai challenge car les groupes qui jouent ici savent qu’ils ont en face d’eux un public demandeur de surprises. En ce qui me concerne, c’est tout bonnement génial, je n’arrête pas de découvrir des artistes qui me font dire « Waouh ! Je veux faire ça !  » (Rires). Je compte bien récupérer une ou deux idées pour moi (Rires).

 

Quel est votre avis sur l’industrie musicale de nos jours et quelle sera d’après toi son évolution au cours des dix prochaines années ?

La probabilité de l’apparition de nouvelles technologies révolutionnant tout, est indéniable. Tout cela va si vite, que prédire l’avenir de l’industrie musicale sur les dix prochaines années est difficile. Quelque chose de nouveau se produira c’est certain, j’adorerais savoir quoi et comment, mais cela me paraît compliqué de le deviner à l’avance. Tout cela est très excitant quoi qu’il en soit.

 

Aurélie Kula

Crédit photo : Marlene Lacherstorfer

www.facebook.com/pressyesmusic

 

 

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