Nouvelle Vague

PETER VON POEHL

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Coller une quelconque étiquette à Peter Von Poehl serait réducteur. Le song-writer suédois a trop bourlingué, trop collaboré avec des artistes différents pour qu’on puisse l’enchaîner à un genre. Reste que ses mélodies transportent. Sa voix cristalline enveloppe. Rassure. Rencontre avec un électron libre. Sincère et sensible.

 

Pourquoi un tel attachement pour la France ?

Je suis venu à Paris en 1998 avec une bourse européenne. J’y ai rencontré Bertrand Burgalat. J’étais censé ne rester que six mois, ça a duré jusqu’en 2001. Il a fermé son studio et moi je suis parti à Berlin. Là-bas, je continuais à recevoir des propositions d’artistes français. J’ai gardé un contact privilégié avec eux. Puis en Allemagne, j’ai rencontré une fille française. Nous sommes rentrés dans son pays pour nous installer.

 

Quels souvenirs avez-vous d’AS Dragon ?

Nous enregistrions un disque pour Michel Houellebecq. C’était complètement surréaliste. À l’époque je ne parlais pas un mot de français. J’essayais de retenir des mots clés dans les paroles. Du genre « panini saumon ». Et comme il lui arrivait d’oublier des mots, je restais stoïque sur scène en faisait toujours le même accord. J’attendais qu’il dise « panini saumon ».

 

Comment devient-on musicien en Suède ?

La Suède est le 3e pays exportateur de musique. Enfant, je devais choisir entre foot, hockey ou rock garage. De l’argent était donné aux jeunes pour qu’ils jouent. Nous recevions un chèque tous les mois à condition d’avoir rempli un formulaire. Les écoles devaient être équipées d’instruments de musique. Alors quand je dis que je suis musicien, on me demande quel est mon métier.

 

Vous avez beaucoup collaboré avec le monde du cinéma…

J’ai toujours été très cinéphile. Pendant cinq ans j’ai dû refuser pas mal de projets parce que j’étais en tournée. J’ai eu envie d’appuyer sur le bouton d’arrêt. C’était une très belle expérience de réaliser la musique originale de « Main dans la main ». De même, j’ai travaillé pour un film lituanien. De la SF. Je suis mon propre producteur alors je suis plutôt favorable à la pub aussi, pour le coût que cela rapporte. C’est une question de survie. Et les publicitaires aiment vraiment la musique. Il m’est arrivé de découvrir des artistes grâce à eux.

 

L’Eurovision a eu lieu cette année à Malmö. Comment considère-t-on ce concours en Suède ?

C’est de la folie, les rues sont vides ce soir-là. Pire que pour une coupe du monde de foot. Ce n’est pas has been du tout ! Dans un petit pays comme la Suède, il n’y a pas de clivage entre les domaines artistiques. On peut très bien écrire pour l’Eurovision et faire de la musique contemporaine. Moi, les chansons de 3min, couplet/refrain/couplet, j’aime ça. Dommage que tout le monde à l’Eurovision chante en anglais. Avant, chacun apportait un peu de sa culture.

Avez-vous envisagé de chanter en suédois ?

J’ai écrit des textes en suédois, il y a très longtemps. Mais c’est bizarre. Mon père est allemand, ma mère suédoise, je n’ai jamais eu un sentiment d’appartenance. Chanter en anglais, c’est naturel pour moi. Une sorte de refuge. Je considère que chaque langue a sa propre musique. La mienne est adaptée à l’anglais. J’ai une relation un peu compliquée avec ma culture, d’où je viens. Mon premier album ne parle que de cela. J’y ai même intégré des chants de Noël. Mais il n’est pas réussi : les Suédois ne le trouvent pas suédois.

 

Comment définir votre musique ?

Je fais des pop songs. J’aimerais donner au gens le même sentiment que j’ai quand j’écoute une chanson qui me transporte. L’envie de créer. Quand je lis ou que je vois une expo, cela me donne des idées. Je vois des choses qui germent.

 

Des projets ?

J’ai prévu une autre tournée en automne. Après des séries de concerts avec le violoncelliste Zach Miskin dans des lieux n’ayant rien à voir avec des salles de concert, j’ai envie de jouer dans des clubs de rock. Il va falloir que je me réadapte. Changer de contexte, c’est toujours bien.

 

Alice Rousselot

Le 28/06 aux Nuits Carrées – Antibes (06) et le 09/11 au Théâtre Denis – Hyères (83).

www.petervonpoehl.com

 

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