Nouvelle Vague

OXMO PUCCINO

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C’est l’un des patrons du rap français, Oxmo Puccino, présent depuis les années 90, est de retour après quatre ans d’absence depuis son dernier album « Voix Lactée ». Il présente cet été dans toute la France, son nouveau projet « La Nuit du Réveil » à travers des rencontres dans des lieux atypiques. « Black Jacques Brel » offre à son public une écoute exclusive de son nouveau disque. Prévue pour le 6 septembre, la sortie de ce-dernier donnera l’occasion à l’un des plus grands lyricistes de France de s’exprimer une nouvelle fois derrière le micro. Un événement qu’il a préparé aux petits oignons. 

Combien de temps as-tu travaillé sur ce nouvel album ?

4 ans et 30 ans. Quatre ans c’est le temps concret qu’il a fallu travailler sur ce projet, mais il y a 30 années de réflexion avant. 

Peut-on dire que cet album est comme un retour aux sources et surtout, aux méthodes des années 90 où chaque disque était un évènement ? 

Bien sûr. Après la réédition d’Opéra Puccino, pour ses 20 ans l’année dernière, on voulait faire une sortie d’album à la hauteur de l’évènement. On y a mis du soin, on s’est posé des questions, on y est revenu, on a mis beaucoup d’amour dessus. On ne voulait pas que ce soit comme les sorties d’album aujourd’hui, où tout d’un coup tu dis : « Ah mon album sort demain ». On l’a construit comme un album à écouter dans son ensemble même si aujourd’hui on écoute que des singles. On a tenu à ça. 

Comme tu l’as dit, il y a eu un vrai processus de création musicale. Est-ce que tu penses que se détacher de cette instantanéité est un moyen de donner plus de qualité à l’oeuvre ?

On s’est donné le temps. On voulait aller à l’encontre de la manière dont on fait la musique aujourd’hui. Je trouve ça cool de faire des musiques en cinq minutes mais je ne pense pas qu’elles vont marquer les gens. J’ai encore la prétention de marquer plus que quelques mois donc on s’applique, on fait l’effort. Parce que j’y crois encore ! Le détail qui fera la différence permettra qu’on se rappelle plus longtemps de la composition. Il y a des choses qu’on ne pourra jamais faire en 5 minutes, qui demandent toujours du temps. Aujourd’hui, c’est difficile de s’inspirer sans tenir compte du streaming. C’est dangereux parce qu’on est décalé. Quelque soit la qualité avec laquelle on présente le travail, il faut être dans les temps. Quand on est là depuis un moment, comme moi, c’est encore plus risqué de ne pas être à la page. Alors on s’adapte, mais ça n’affecte pas ma musique.

Quand tu as commencé à écrire l’album, avais-tu une première vision de ce qu’il allait être ? 

Oui, j’avais une première vision mais elle n’était pas appropriée, trop personnelle. Quand c’est trop personnel, tu ne partages pas. C’est surtout le processus de production qui a évolué. L’écriture, l’idée est là depuis longtemps. En fait, quand on part dans une recherche musicale, on écrit plusieurs morceaux. Puis dès qu’on trouve le thème que l’on veut aborder, on recommence tout. On creuse dans ce sens. On réarrange nos morceaux dans cette direction, pour que l’album soit cohérent. On a enregistré une trentaine de chansons pour en garder que la moitié.

Où puises-tu tes inspirations ?

J’ai trop d’influences. Eddy Purple, avec qui j’ai produit l’album, est quelqu’un de très large. Nous jouions, nous cherchions et dès qu’un point nous intéressait, on en faisait une chanson.  

Par le passé tu as fait des collaborations avec de jeunes rappeurs comme Remy, Demi Portion ou encore Jazzy Bazz. Dans ton nouvel album tu proposes un feat avec Caballero et Jeanjass, d’où te vient cette envie de te connecter à la nouvelle génération ?

Je suis à l’affût de rencontre. J’aime bien les gens cool. Il y a des nouveaux rappeurs mais c’est avant tout des gens à rencontrer. Certains ne me donnent pas envie de collaborer avec eux, ni de leur serrer la main parce qu’ils n’ont pas l’air sympas. Je sais que le « pas super sympa » est  devenu un argument commercial aujourd’hui, mais ça ne me correspond pas. Il y en a d’autres, avec qui t’as envie d’être pote ou tu es déjà leur pote avant de faire un morceau.

Depuis tes débuts tu as vu l’évolution du rap et de la musique. Tu as même dit récemment que le genre rap était fini. Ne penses-tu pas que ces changements sont bénéfiques pour la création musicale ?

Aujourd’hui, on chante. Les codes ont changés. C’est plus la même chose du tout. On rap avec de l’autotune, on rap avec des masques, des habits fluos, on fait plus de refrains que de couplets… Le rap disparaît mais pas la musique. Faire la différence entre le rap et la musique c’est un problème de vision. Quand je dis que le rap c’est fini, c’est parce qu’aujourd’hui on fait tous de la musique. Classer une chanson, lui donner une étiquette, ce n’est pas la définir. Parce que c’est avant tout une sensation. On aime une musique parce qu’elle nous touche, pas parce que c’est un genre prédéfini. C’est devenu tellement large, créatif, vaste, diversifié et varié qu’on ne peut plus dire « le rap c’est ça ! ». C’est génial ! C’est un rêve, c’est inespéré. À l’époque, on disait : « Mon fils a monté un groupe de rock. » Aujourd’hui, on dit : « Mon fils, il rap ! » Ça n’étonne personne, ça ne dérange personne. Avant tu cachais que tu rappais, tu cachais à tes proches que tu écoutais du rap, c’était mal vu. Aujourd’hui, ils en sont fiers !

C’est une victoire pour toi ?

Pour moi entendre ça, c’est une joie incommensurable. C’est au-delà d’une victoire ! Une victoire c’est petit. Quelquefois le chemin est beaucoup plus beau que l’objectif. 

Que veux-tu que le public retienne de ton album « La Nuit du Réveil » ?

La nuit où ils se réveillent, qu’ils sachent qu’il y a de la lumière quelque part au bout. Quelque soit l’endroit ou l’heure, le matin arrivera un jour. C’est ça le message.

Héloïse Vinale et Matthieu Dorey

www.oxmo.net

« On s’est donné le temps. On voulait aller à l’encontre de la manière dont on fait la musique aujourd’hui. Je trouve ça cool de faire des musiques en cinq minutes mais je ne pense pas qu’elles vont marquer les gens. »

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