Nouvelle Vague

OTHER LIVES

ZOOM-Other Lives

Lors de leur tournée Européenne au Cabaret Sauvage à la Villette, nous avons pu rencontrer le chanteur et compositeur Jesse Tabish du majestueux quintet Other Lives. Le groupe de rock indépendant provenant initialement de l’Oklahoma, a su faire évoluer son style musical au fur et à mesure de leurs 3 albums, qui sont de plus en plus riches et colorés. Leur dernier album « Rituals » est un disque épuré, avec une approche cinématographique et intimiste, telle une peinture sonore et invitant au voyage.

 

 

Vous avez commencé en 2004 avec votre formation Kunek, qui est un projet plutôt instrumental. Comment et pourquoi avez-vous évolué vers Other Lives ?

Nous avons commencé à écrire de nouveaux morceaux incluant des paroles, car Kunek était principalement fait de compositions instrumentales. Nous avions sorti un album intitulé « Flight Of The Flynns » avec un autre membre du groupe. Quand il a quitté Kunek, nous sentions que nous allions davantage vers une direction orchestrale, nous voulions générer des changements et repartir à zéro. Bien que ce soit la même formation, nous souhaitions un réel renouvellement. C’est important d’aller de l’avant et d’explorer de nouveaux territoires artistiquement parlant. Sans cela, c’est un peu comme mourir lentement.

 

Qu’est-ce qui différencie Kunek de Other Lives ?

La grande différence est qu’avec Kunek nous étions six. Nous jouions et composions comme un groupe. Other Lives est devenu plus un projet d’enregistrement. Nous apprenions nos parties en fonction de ces enregistrements, chacun apprenait sa propre partie avec son instrument.

 

« Rituals » sorti en mai 2015 est votre 3ème album. Comment ce projet a t-il évolué par rapport aux 2 autres albums : « Other Lives » (2009) et « Tamer Animals » (2011) ?

En temps normal je compose mes morceaux à la guitare et au piano. Nous voulions enlever ces deux éléments, remplir cet espace et changer certains fragments en écrivant et composant de manière différente. C’est presque comme peindre un tableau sans savoir comment cela évolue. Finalement nous trouvons une pépite, tout en expérimentant d’autres moyens de composer et de faire de la musique. J’ai écrit 70 titres pour « Rituals », il y a donc plusieurs types de morceaux que je voulais capturer, le tout dans un sens très large. « Tamer Animals » aborde le sujet sur le thème de l’homme en relation avec le monde extérieur et la nature ; alors que « Rituals » est plus un dialogue interne de l’homme en lutte avec son propre psychisme, vivant dans le monde moderne (bien qu’au fond il demeure un animal). C’est un projet spirituel avec davantage de dimension.

 

Quelles sont vos sources d’inspirations pour créer vos compositions et créer ces atmosphères si particulières ?

Ce qui est au cœur de la création de Other Lives, c’est que j’essaie de trouver un équilibre entre la composition et le style narratif. Quant à mes influences, la musique classique et contemporaine a été une grande inspiration avec des artistes tels que Steve Reich ou Philip Glass. J’aime la façon dont ils utilisent les patterns et les mouvements. J’écoute beaucoup de musique classique comme Ravel, Satie, Stravinsky ou Arvo Pärt. C’est une musique sacrée qui élève les êtres. C’est aussi cette relation ou l’auditeur ne fait pas qu’écouter une histoire mais qui participe également, car il en fait partie.

 

Comment vous organisez-vous pour créer et composer vos morceaux ?

J’écris les chansons et les paroles, mais globalement nous travaillons ensemble. J’amène les compos au studio et nous collaborons tous ensemble sur l’évolution des morceaux. C’est à ce moment là que les autres instruments trouvent leur place et que les morceaux prennent forme.

 

Est-il vrai que la provenance de votre nom vient du film « La Vie Des Autres » de Florian Henckel Von Donnersmarck ?

Il y a quelque chose de profondément humain dans ce film, l’histoire est fabuleuse. Les personnes qui essaient constamment de se sortir de ces dogmes, des Etats et des politiques, en somme les choses qui nous séparent. J’aime beaucoup le nom « The Lives Of Others » car il y a quelque chose de subtil, cela donne une certaine émotion.

 

Comment avez-vous vécu la tournée américaine en 2012 avec le groupe Radiohead ?

C’était vraiment quelque chose ! Si l’ado que j’étais avait su que je partirais un jour en tournée avec mon groupe préféré et que 10 ans plus tard ça s’avérait être vrai ! C’était un rêve. C’est génial de voir un groupe de cette envergure qui continue à faire ce qu’il fait et pour les bonnes raisons. C’était incroyable !

Ils sont vraiment un exemple, ils continuent de subsister à travers leurs albums et les années et se mettent perpétuellement des défis.

 

Pendant vos concerts, vous invitez d’autres musiciens avec vous sur scène. Est-ce pour recréer une approche classique dans vos lives?

L’idée est de penser à nous comme un « ensemble » et non juste comme un groupe de rock, d’avoir cette unité qui propose de recréer les morceaux différemment des autres albums. Quand je vois Philip Glass ou Steve Reich qui ont encore leur « ensemble », c’est tellement intéressant comme concept de pouvoir jouer de la musique classique comme un groupe moderne. Il y a eu des performances où les musiciens se plaçaient au centre et le public s’asseyait autour d’eux. C’est un moment de partage et d’union entre le public et les musiciens.

Comment ressentez-vous le fait de venir jouer à Paris après les événements du 13 novembre dernier ?

Je voulais vraiment venir jouer à Paris, je me sens vraiment fier et chanceux de pouvoir venir jouer ici. C’est d’autant plus important de montrer que la musique et que la vie continue, que les groupes continuent à jouer leur musique et que les gens aillent aux concerts. C’est la meilleure manière de lutter contre cela.

 

Avez-vous d’autres projets ?

L’année prochaine j’ai deux projets en parallèle. Nous avons un nouveau projet d’album avec le groupe Other Lives et je vais également commencer à travailler sur mon album solo. J’ai déjà écrit quelques morceaux, ça sera certainement un projet type « basement » avec un son « lo-fi ». Il y a longtemps que je voulais faire un projet solo. Cela sera certainement un projet intimiste, authentique et profondément humain.

 

Aurélie Kula

 

www.otherlives.com

Laisser un commentaire