Nouvelle Vague

Nice Jazz Festival 2013

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JOUR 1

Le soleil brillait encore derrière un voile léger de nuages gris quand Guillaume Perret et ses Electric Epic ont pris possession de la scène Masséna, pour une heure d’un set endiablé. Ils ont enflammé un public parfois déconcerté avec leur jazz métal. Le sax de Perret branché sur tout un tas de pédales d’effets associé à la guitare de Jim Grandcamp n’ont laissé aucun répit aux festivaliers. Quelle puissance, quel son, quelle inventivité. Certes ils auraient tout aussi bien pu ouvrir les Eurockéennes ou les Vieilles Charrues tant leur jazz est proche d’un rock agité. Sans l’ombre d’un doute, le NJF 2013 était lancé. Et le 7et de Christian Scott qui a suivi sur la grande scène n’a rien fait pour faire retomber l’ambiance, plus jazzy mais tout aussi groovy. Il termina son set avec « KKPD » (Klu Klux PD), évoquant une rencontre aussi musclée que malencontreuse avec la police raciste de New Orleans. Un titre fort en émotion, mené par une guitare lancinante, la réponse d’une trompette vaut bien mieux que celle d’un fusil.

On laissait le public de Masséna aux flonflons discos d’E.W.F, pour rejoindre le Théâtre de Verdure et ces deux heures d’un set protéiforme en hommage au parrain du festival, André Ceccarelli. Trente musiciens de l’opéra, un trio de jazz, quelques invités de prestige, des chanteurs, le guitariste Sylvain Luc, tous là pour faire la fête à Dédé. Et ce fut réussi, même si quelques passages furent moins appréciés que d’autre par un public, somme tout, exigeant.

Belle soirée.

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JOUR 2

Une soirée placée sous le thème du « Tempo » qui commençait, noblesse oblige, au Théâtre de Verdure, avec Monimo Garay, le fameux percussionniste argentin en guest-star du Nice Jazz Ochestra. Autre invité de choix du NJO, le saxo espagnol Perico Sambeat, son nom seul aurait justifié présence. Délaissant le big band à mi-parcours pour rejoindre le côté Masséna, c’est Stéphane Belmondo accompagné de deux pianistes, Kirk Lightsey au Steinway et Eric Legnini au rhodes, recevait aussi une invitée, la chanteuse Sandra Nkaké. Superbe osmose de la trompette et de la voix dans des ballades enchanteresses. De retour dans un Théâtre de Verdure complet pour le 4et de Manu Katché. Ah, le charme éternel du Hammond B3 de Jim Watson, ici seulement soutenu, à part Manu, par un sax et une trompette, parfois trempés dans un ordinateur pour leur élargir le son. Petite déception, la charmante Lianne La Havas, très belle voix, superbe telecaster, mais des compos qui tombent très vite dans un folk-soul convenu.

Il a bien fallu cinquante minutes à Robert Glaster et ses compères pour faire la balance avant d’entamer un show R’n’B, hip hop, jazz qui a enchanté le jeune public mais moins le chroniqueur de Nouvelle Vague qui tenta presque en vain, tant la foule était compacte, de rejoindre l’autre scène où Ben Harper, Charlie Musselwhite faisaient la fête au blues. « Mississippi sur Paillon » en quelque sorte. Si Harper est un excellent guitariste, souvent très inspiré, il reste un piètre chanteur de blues et Musselwhite, 70 ans, qui avait plus souvent qu’à son tour la bouche occupée par son harmonica, ne pouvait pas vraiment assurer le chant en même temps. Ce qui n’a pas empêché une véritable liesse du public et ce, jusqu’à bien après les douze coups de minuit.

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JOUR 3

19h, soleil encore haut et fort dans le ciel, Stéphane Chausse embouche son EWI pour un set assez énergique, c’est après tout le thème de la soirée. Les six musiciens proposent une musique très intéressante qui s’éloigne des sentiers battus, essentiellement grâce à la présence d’Ousman Danedjo à la kora ou au djembé mais surtout son chant (en wolof, en bambara) pur, empli de mysticisme, sur une rythmique pourtant bien jazz.

Suivait le sextet du pianiste Gerald Clayton, un quartet jazz classique, piano, contrebasse, batterie, sax mais accompagné d’un couple de chanteurs à la voix et à la personnalité très vivifiante qui donnait à leur musique une couleur une tonalité indéfinissable mais éminemment plaisante.

Un rapide détour vers la scène Masséna pour voir John Legend, show carré, pro, oscillant entre R’n’B et Rythm and Blues.

La soirée se terminait avec la coréenne Youn Sun Nah pour une magnifique prestation. Il faut oser enchaîner « My Favorite Thing » avec le « Hurt » de Nine Inch Nails. Ou bien interpréter un chant traditionnel coréen après une reprise exceptionnelle du « Jockey Full Of Bourbon » de Tom Waits. Un show qui vaut aussi par la présence, la virtuosité du guitariste Ulf Wakenius qui n’hésite pas à martyriser sa guitare avec une bouteille de Badoit ou à lui tirer des sons les plus sublimes dans des arpèges à la beauté et technicité impressionnante. N’oublions pas le soutien harmonique, les beaux chorus de l’accordéoniste niçois Simon Tailleu. Le chroniqueur de Nouvelle Vague n’avait plus vraiment de raison d’aller écouter les samples tonitruants des C2C.

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JOUR 4

« Magicien de la basse » électrique annonçait, à 19h tapantes, le speaker officiel du festival et il faut bien l’avouer, le qualificatif était bien choisit. Les mains gantées de noirs, Etienne M’Bappé a d’emblée conquis toute l’assistance. Une musique étrangement métissée où l’Afrique se mêlait à l’Irlande. Mélopée celtique sur une rythmique groovy, appuyée par un batteur Nicolas Viccaro, qui pourrait facilement remplacer aux pieds levés Lars Ulrich dans un concert de Metallica, tant sa frappe est puissante et explosive. Mais la voix de Cate Petit ainsi que le violon de Cédric Baud ont su amener douceur, mélodie.

Suivait le set du bassiste Omar Avital et ses quatre musiciens. Un beau jazz sublimé par la trompette d’Avishai Cohen mais surtout par le piano de Yonathan Avishai. Un son somme toute très classique d’où émanaient parfois de belles sonorités moyen-orientales qui faisaient chalouper le public. Profitant du changement de plateau, on écoutait quelques morceaux du crooner pianiste italien Raphael Gualazzi. Oscillant entre Paolo Conte et Tom Waits sans oublier un petit peu de balletti ou de chansons napolitaines. Sympathique et plaisant.

Pour finir cette soirée, le maestro himself, Chick Corea et The Vigil. Jazz acoustique, jazz électrique, instants magiques. Ils ont joué essentiellement les titres de leur dernier album. Christian McBride, le vieux pote, impérial derrière sa contrebasse ou sa Fender à 5 cordes. Marcus Gilmore à la batterie formant un couple rythmique parfait avec le percussionniste vénézuélien Lusito Quintero. L’anglais Tim Garland soufflait aussi bien dans ses saxos ténor ou soprano que dans une clarinette basse et même une flûte traversière. Le jeunot de la bande, Charles Altura, assurait les parties de guitare avec un talent et une virtuosité assez impressionnante. Très concentré, très appliqué, il semblait moins s’amuser que ses compagnons comme si l’œil du maître, pourtant semble t’il admiratif, pesait trop sur ses six cordes.

Rejoignant mon véhicule, j’ai pu croiser un Maceo Parker manifestement réjoui, sax en bandoulière, portant un plateau repas.

Quelle belle fin de soirée.

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Jour 5

Dernière soirée, placée sous le signe de la vibration. La vibration en jazz, cela devrait être la norme, le minimum requis pour se présenter sur une scène et les trois groupes qui se sont succédés au Théâtre de Verdure n’en manquaient pas et ils ont su, chacun à sa manière, nous faire partager cette vibration. Shai Maestro trio tout d’abord, le classique piano, basse, batterie. Mais plutôt qu’un pianiste accompagné de deux musiciens, c’est une véritable entité tricéphale que l’on a entendu pendant un trop court set. Des mélodies limpides, un toucher de piano d’une grande sensibilité. Jorge Roeder joue souvent de sa contrebasse avec un archet, ce qui rajoute beaucoup de lyrisme à chacun des morceaux. Le dynamisme ressort quant à lui dans les duos/duels piano-batterie où le Steinway de Shai Maestro semble affronter Ziv Ravitz, armé de ses baguettes, derrière ses fûts et cymbales. Surement la plus belle découverte de cette édition du Nice Jazz Festival.

Suivait un autre jeune pianiste, Tigran Hamasyan et son Shadow Theater. Bien moins lyrique, la vibration se fait ethno-jazz, électro-jazz. Des mélodies arméniennes interfèrent avec une rythmique binaire lancinante. Cela méritait vraiment néanmoins le détour. Quant au rappel, en simple trio, ce fût un instant de magie et d’harmonie.

Un long entracte, le temps de mettre en place le mini big band qui allait suivre, celui d’Esperanza Spalding. Huit pupitres pour les cuivres et chœurs, claviers, guitare, batterie. Le chant, la basse, tant acoustique, qu’électrique étant assurée par la belle de Portland, herself. Montée sur des talons de dix centimètres, cheveux afro noir foncé, une fretless 5 cordes en bandoulière, Esperenza entre en scène, le show peut commencer dans un décor de radiocassette vintage géant. Un spectacle (trop) bien rodé, peu de place à l’improvisation, mais pro jusqu’au bout des pistons de trompette, des clés de saxophones. Mais manifestement tous semblaient être heureux et contents d’être là et nous de l’autre côté de la scène tout autant.

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Jacques Lerognon

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