Nouvelle Vague
ZOOM-Ness

Aux confins des registres indie pop, rock et folk, Ness nous fait pénétrer dans un univers aux mélodies aériennes maîtrisées, à la fois calmes et tempétueuses. Les deux pieds bien ancrés sur terre, le groupe construit une toile sonore faite d’atmosphères oniriques qui viendront irrémédiablement titiller l’imaginaire. Il n’y a pas de doute à avoir, Ness fait partie de ces talents émergents qui ont de l’avenir. Rencontre avec Eliott, leader de la formation.

 

Comment est né le projet ?

J’ai voyagé au Canada en 2011 pendant quatre à cinq mois. J’y ai fait beaucoup de rencontres qui m’ont fait évoluer musicalement. Lorsque j’ai intégré une collocation dans un quartier indien pauvre, j’ai tissé des liens avec un jeune de 18 ans qui n’écoutait que du punk. Je suis arrivé avec mes chansons et on a commencé à jouer ensemble. Il m’a apporté un autre regard sur mes compositions. A la base, le projet est né de ce duo. Je suis ensuite rentré à Paris et j’ai rencontré les musiciens avec qui j’ai fait mon premier EP (« The Prisoners », sorti en octobre 2012). En un an, je suis passé par trois formations différentes avant d’aboutir à celle d’aujourd’hui. Je me suis beaucoup cherché, et puis il fallait trouver les personnes qui collaient vraiment au projet. La formation actuelle est composée d’une guitare/chœurs, une basse/chœurs, un piano/guitare/voix, et un batteur. C’est une configuration beaucoup plus simple que les précédentes. Je voulais vraiment revenir à l’essentiel de notre musique, et là, on a trouvé un bon compromis. On cherche davantage d’efficacité en mettant en valeur les mélodies sans trop de fioritures.

 

Le choix de « Ness », j’imagine que c’est un clin d’œil à Eliott Ness ?

C’est ça oui. Un de mes amis avec qui j’ai beaucoup joué m’appelait ainsi. J’ai tout de suite trouvé ça intéressant. C’est facile à retenir et ça peut définir une personne. Ca collait bien au projet. Entre temps, on m’a également dit que « Ness » signifiait « les gens » en Arabe, je trouvais ça joli.

 

Eliott Ness était à la poursuite d’Al Capone… De quoi Ness est-il à la poursuite ?

Bonne question… A travers notre musique, nous recherchons la rencontre, pouvoir s’épanouir au maximum au travers d’elle. Etre libre, pouvoir se balader autour du monde avec cette musique et l’assumer pleinement. Ce que l’on cherche tous dans le groupe, c’est de pouvoir vivre de ce que l’on aime en fait.

 

Votre univers est fait de mélodies aériennes, oniriques, un peu tristes, un peu sombres… Qu’est-ce qui te fais vibrer là-dedans ?

Je n’ai jamais été attiré par les chansons joyeuses. J’ai toujours aimé le rapport entre textes et mélodies. C’est-à-dire que le texte sert vraiment la mélodie et pas l’inverse. J’essaie de garder toujours cet aspect aérien. En fait, ça vient un peu automatiquement. Pour être passé par plusieurs phases, j’en reviens toujours à la même, avec ces mélodies aériennes et un côté « punchy » qui nous caractérisent pas mal. J’aime l’équilibre entre le silence et le son. J’aime gérer ces silences, trouver un accord, poser une mélodie, sans forcément en faire des tonnes. Chercher la simplicité au maximum.

 

Votre premier EP s’intitule « The Prisoners ». De quoi sommes-nous prisonniers ?

Nous sommes prisonniers de notre vie en quelque sorte. Principalement dans une ville comme Paris où les gens ne sont pas forcément épanouis. Et ils le savent au fond. Ils pensent qu’ils n’ont pas le choix, et ils s’en satisfont. Ca les rassure peut-être. La chanson « The Prisoner » parle de cela, des gens qui sont dans le métro, tous collés à 20 cm, mais qui n’osent pas s’échanger un regard. Ils sont dans leur bulle, fatalistes. Je me rends compte qu’en ville, les gens sont encore plus individualistes qu’ailleurs. On est vraiment prisonniers de ça, de ce système-là. Et en même temps, on se l’impose aussi un peu.

 

Quelques mots sur tes textes. Comment les penses-tu ? De quoi t’inspires-tu ?

Récemment, j’ai lu beaucoup de textes de Tom Waits. J’ai un peu eu une prise de conscience. C’est le genre d’auteur qui avec une rose et une poubelle peut te faire un texte magique. Je ne me suis jamais vraiment enfermé dans un moule pour mes paroles. J’ai toujours écrit différemment sur chaque chanson. Sur l’EP, je retranscris beaucoup de regards sur la vie en général, pas forcément les miens d’ailleurs. Sur la façon dont on gère le moment présent, la façon dont on gère le temps, le fait qu’on n’ait jamais le temps de faire ceci ou cela. Encore une fois, on se satisfait de ça inconsciemment. On a pris le train, et on ne regarde pas les paysages autour. On s’impose toujours plus de choses, sans forcément en profiter. Pour trouver le temps, il suffit de le vouloir. Il faut s’arrêter deux secondes, regarder ce qu’il y autour, et au final, on le trouve.

Dans mes dernières chansons, je raconte de petites histoires, toutes différentes. Par exemple, je parle d’un gamin qui se retrouve dans une ville complètement détruite, et qui observe cela, sans haine, en se disant qu’il va falloir continuer à vivre, parce qu’il ne peut pas s’arrêter à ça. Une autre chanson parle des femmes qui, à l’époque, laissaient partir leurs maris en mer sans jamais savoir si elles allaient les revoir un jour. Je traite de différentes choses, avec des textes qui sont souvent oniriques, parce que dans les rêves, tout est possible. Je parle de combats, contre nos démons personnels, contre les gens qui nous amènent à être ce que nous ne sommes pas. Ce ne sont pas des textes sombres. J’essaie toujours de laisser de l’espoir. Après, à chacun d’interpréter tout cela comme il le ressent.

 

Voici un petit quizz « incorruptible » :
Si l’on t’offrait une forte somme d’argent, pourrais-tu :
  • Proclamer Justin Bieber comme artiste révélation de la décennie ?

Impossible. C’est un très bon interprète… Mais artiste révélation : non.

  • Mettre un casque futuriste sur scène, parce que c’est tendance ?

Heu… Ce serait de très mauvais goût…

  • Laissez David Guetta faire un remix de l’un de tes titres ?

Pourquoi pas… Je serai curieux de voir ce qu’il peut faire avec ses trois boutons magiques…

 

As-tu des projets à venir ?

On rentre en studio fin février pour enregistrer quatre nouveaux titres et un nouvel EP qui devrait être prêt cet été ou à la rentrée.

 

Matthieu Bescond

 

Le 15/02 à la médiathèque Albert Camus – Antibes (06).

www.nessmusic.fr

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