Nouvelle Vague

MUSICA NUDA

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En 2003, la chanteuse Petra Magoni et le contrebassiste Ferruccio Spinetti font une série de concerts dans des petits clubs italiens. Des reprises de chansons italiennes, anglaises ou baroques. Musica Nuda était née. Cela deviendra leur nom, leur projet et celui leur premier album. Onze ans et sept albums plus tard, ils sont toujours là. C’est à l’occasion de leur passage à la salle Grappelli que Nouvelle Vague les a rencontré.

 

Ce groupe, Musica Nuda, vous le considérez comme un duo ou un dialogue ?

Petra Magoni : Nous sommes forcément un duo, deux personnes forment Musica Nuda, mais dans le concept, cela repose aussi beaucoup sur un dialogue. Dialogue entre nous, on se répond l’un l’autre, mais il y a aussi un dialogue important avec le public.

Ferruccio Spinetti : Pour un musicien, c’est la même chose quand on joue dans un groupe de deux, de six ou de dix. La première chose pour un musicien est d’écouter les personnes qui jouent avec toi. En plus, à deux, la première chose est qu’il faut très bien jouer. La deuxième, qu’il faut être constamment à l’écoute de l’autre.

P.M. : Sinon vous pouvez jouer et chanter en soliste ou sous votre douche.

 

Musica Nuda, musique nue en français, quel est le concept pour un duo qui possède six cordes, deux vocales et quatre pour la basse ?

P. M. : L’idée existe depuis que nous avons commencé à jouer. En fait depuis que nous nous sommes rencontrés. L’idée est de déshabiller la musique, c’est le concept. Et depuis onze ans que nous jouons ensemble, c’est ce que nous voulons faire, même avec les morceaux que nous composons.

 

En cinq disques et d’innombrables concerts le concept a quand même évolué…

P.M. : Bien sûr, notre dernier album par exemple est partie de l’idée de faire la fête pour les dix ans de Musica Nuda. Du coup, là, nous avons habillé la musique puisque nous avons travaillé avec un grand orchestre. Mais ce n’est qu’un épisode.

 

Revenons au déshabillage. Quand vous prenez un morceau de Monteverdi, de Sting ou de Serge Gainsbourg, comment les travaillez- vous ?

F.S. : C’est très instinctif, pas beaucoup de réflexion, ça vient plus du cœur. C’est un peu la même chose avec nos nouvelles chansons, celles écrites avec nos amis italiens. Quand on commence à jouer, on sent quand ça passe, ça marche. Sans partition écrite. A l’instinct.

P.M. : C’est comme un acteur qui doit interpréter un rôle. Il ne doit pas lire un texte. Nous c’est pareil, nous ne devons pas lire la partition, nous devons interpréter. Nous travaillons toujours comme cela même si l’on est très différents. Nous avons la même vision de la musique. Et puis interpréter Monteverdi, ou les Beatles, c’est possible parce que nous avons notre son. Ce n’est plus vraiment Monteverdi ou Police ou Gloria Gaynor, c’est nous. Nous avons fait une grande exploration et l’un et l’autre de nos instruments, parce que nous sommes deux. Je pouvais jouer avec ma voix, voir où je pouvais aller, le plus haut, le plus bas et Ferruccio aussi avec sa contrebasse.

 

Une fois que vous vous êtes approprié un titre, est-ce qu’il évolue beaucoup ?

P.M. : Pour chaque concert, nous avons une liste de morceaux différents, c’est vrai qu’il y a des morceaux que le public réclame tout le temps. Mais dans notre liste, il y a des morceaux que l’on laisse se reposer pendant un an, deux ans. Et puis il changent, comme nous. Pour s’approprier un morceau, il faut déjà beaucoup l’aimer. Il faut que cela nous donne à lui comme à moi, une émotion, une force de divertissement.

F.S. : Cela dépend du morceau. Quand nous interprétons par exemple, « My Funny Valentine », je pense beaucoup au jazz, à l’improvisation. Les lignes sont écrites, mais je peux changer de ton et donc, Petra doit aussi changer sa voix, je peux le penser plus rock ou plus comme une balade. Avant le concert, on ne peut pas dire comment on le fera. On varie énormément le tempo, les rythmes. On ne fait jamais la même chose.

 

Comment vous est venue l’envie de composer puisqu’au départ vous ne faisiez que déshabiller les morceaux des autres ?

P.M. : C’était une exigence artistique, pour avoir toujours le stimulus, pour avancer. Pour faire toujours des choses différentes. Mais moi je suis une interprète, c’est bien de composer mais il y a déjà tellement de belles choses d’écrites.

F.S : Le dernier disque n’est fait que de nouveaux morceaux, ce n’était pas facile, mais enthousiasmant. Pour un musicien, c’est presque obligatoire de se mettre à composer. Je l’ai toujours fait en fait, avant Musica Nuda. Mais j’aime aussi beaucoup le disque que nous avons enregistré sur la musique baroque, deux choses tellement différentes et tellement complémentaires pour nous.

 

Et quand vous composez vos propres morceaux, quel instrument utilisez vous ?

F.S. : il n’y a pas de loi. On peut partir d’un son de voix qu’on enregistre, d’un riff de guitare, d’un riff de basse et là Petra se met à chanter. Parfois j’écris la musique à la maison et Petra écrit le texte de son côté. Parfois je prends la guitare et on compose ensemble.

 

Dans votre dernier album, il semble qu’il y ait beaucoup de référence au cinéma et à la musique de cinéma en particulier Nino Rota. Et beaucoup plus de percussions que d’habitude.

P.M./F.S. : L’arrangeur du disque est Daniele di Gregorio. Il travaille avec Paolo Conte depuis vingt ans. Cela doit venir aussi de là. Et encore une fois c’est un album à part. Nous avons déjà fait des concerts de country avec Di Gregorio, dans des festivals de jazz, au New Morning et pleins d’autre fois. C’est très sympa de changer de formation, de jouer avec d’autres. Mais l’originalité de Musica Nuda reste une voix, une contrebasse. Et la force aussi du groupe. Il faut voir qu’aujourd’hui, c’est très difficile de surprendre le public. Il y a beaucoup de sons différents, d’effets, nous essayons de retrouver l’essentiel de la musique, sa nature même.

 

Vous parliez de force, n’avez-vous pas envie d’aller plus loin, de chanter par exemple des morceaux de Nina Hagen…ou du heavy metal ?

P.M. : J’adore Nina Hagen, j’aimerais beaucoup reprendre un de ses titres.

 

Votre langue natale est l’italien mais vous chantez en français, en anglais. A part l’italien, dans quelle langue vous sentez vous le plus à l’aise ?

P.M. : Quelquefois en allemand, plus rarement en espagnol. Chaque langue a ses caractéristiques. L’anglais passe mieux sur les musiques modernes, le rock. L’italien est parfait pour l’opéra. Je n’ai pas l’occasion d’écouter du russe, ça doit bien aller pour l’opéra aussi.

F.S. : Quand on fait des compositions originales, je préfère l’italien, parce que lorsque j’ai composé, l’émotion passe avec les mots en italien. Mai je crois qu’après chaque langue a des tonalités intéressantes. Il faudrait essayer le japonais.

 

On a l’habitude de classifier, de caser les groupes dans des genres musicaux. Pensez vous qu’on peut vous classer ? En France en tout cas, vous êtes édités dans un label jazz : Bonsaï Music.

P.M. : Ce n’est jamais nous qui nous classons, c’est une nécessité pour les magasins de disques en fait. Pour les journalistes aussi. C’est comme dans la vie, les bords ne sont pas nets, pas définis. Nous avons, par exemple, joué dans des festivals rock, comme au Portugal ou dans un festival de classique comme à St Petersbourg.

F.S. : Nous sommes musiciens, nous jouons de la musique, universelle.

 

Est-ce qu’il y a des morceaux que vous ne pouvez, n’imaginez pas interpréter ?

P.M. : Pas vraiment. Par contre, il y a des moments pour faire les choses.

 

Est-ce que l’un des maître-mots de Musica Nuda, c’est l’amusement. On le ressent en tout cas sur scène.

F.S. : Oui, c’est tout à fait vrai. C’est pour cela qu’il nous faut un répertoire très important. C’est pour cela que nous changeons de style, d’accompagnateurs, d’arrangeurs comme Daniele Di Gregorio sur le dernier album. L’amusement vient aussi de la grande part que nous laissons à l’improvisation. Il y a aussi des surprises parfois, on ne sait pas tout à fait ce que l’autre va faire dans la seconde qui suit.

 

Vous voyagez beaucoup. Les réactions des publics sont elles très différentes.

P.M. : En fait, c’et très intéressant de voir à quel point les gens ont les mêmes réactions quel que soit l’endroit où l’on joue. De la Russie à la Tunisie, de l’Albanie à la Hollande.

F.S. : Je crois que c’est parce que Musica Nuda veut avant tout créer de l’émotion et le public le ressent, il sent qu’on joue avec eux, pas seulement pour eux.

 

Est-ce que certains musiciens vous ont proposé une de leurs chansons, des italiens par exemple ?

P.M. : Et non, c’est nous qui prenons l’initiative, c’est nous qui disons : « coucou, on est ici, on prépare un nouvel album ».

F.S. : Pour ma part, je suis désolé que Claude Nougaro soit mort avant qu’on est pu le croiser, c’est un compositeur et un chanteur que j’admire beaucoup et j’aurais beaucoup aimé qu’il me propose un titre ou que je puisse lui en demander un.

P.M. : Au début, c’était difficile pour moi de chanter en français, l’émotion ne passait pas à cause de mon mauvais français. Je chantais donc Brel en italien. Mais j’ai fait des progrès et donc je peux chanter « La Vie En Noir » de Nougaro, « Couleur Café » de Gainsbourg ou encore « Mirza » de Nino Ferrer en français car je maitrise mieux cette langue.

 

Jacques Lerognon & Corinne Naidet

(Merci à Giovanni Zucca pour l’aide en italien)

 

www.musicanuda.com

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