Nouvelle Vague

LOW

20 novembre 2019 ZOOM Aucun commentaire sur LOW

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>>> A travers ses vingt-cinq ans de carrière, Low n’aura cessé de prédiquer fidèlement sa musique tout le long des milliers de kilomètres parcourus sous la bannière pastorale de ses deux membres piliers, Alan Sparhawk et son épouse, Mimi Parker. Groupe à la formation minimale, trio renouvelé au gré des rencontres, Low est un messager qui éveille les consciences et place les fans face aux réalités du monde qui les entoure. Si le pèlerinage du mythique couple d’artistes ne peut se voir reprocher que de trop rares passages dans notre pays, c’est avec un privilège indescriptible qu’Alan et Mimi acceptèrent de nous recevoir quelques instants avant leur montée sur scène au This Is Not A Love Song festival, où leur tout dernier album “Double Negative” vint convertir un public venu nombreux goûter à la chaleur intense de leur prestation.

Il s’agit de votre première participation au festival This It Not A Love Song, vous y sentez-vous les bienvenus ?

Alan Sparhawk : Oui tout à fait !

Mimi Parker : Tout le monde est réellement très gentil, l’accueil est formidable.

 

Depuis votre arrivée sur le site, avez-vous eu le temps d’écouter d’autres groupes, en connaissez-vous certains ?

A.S : Nous avons entendu Shonen Knife lorsque nous étions en train de nous préparer dans les loges.

M.P : En fait nous avons passé les portes du festival il y a tout juste une heure. Nous n’avons malheureusement pas encore eu le temps de porter une oreille à la musique jouée par les autres groupes. Nous connaissons quelques groupes présents sur l’affiche, Shellac entre autres. En fait, force est de constater que, plus nous persistons à travers le temps, moins nous connaissons d’artistes. Il y a un renouvellement permanent et si nous regardons bien, nous sommes définitivement les plus vieux sur ce festival (Rires).

 

Appréciez-vous vos tournées françaises ?

A.S : Absolument, nous avons toujours passé de très bons moments en France. Je me souviens de notre premier concert à Lille, les gens chantaient les paroles de nos chansons, c’était étrange.

Votre carrière est ponctuée de performances live totalement incroyables, quelles sont vos attentes concernant le show de ce soir ?

A.S : Offrir un concert de qualité demeure, immanquablement, notre priorité absolue. Nous mettons un point d’honneur à être systématiquement, à chaque fois, à notre top. Sur cette tournée, nous jouons beaucoup de notre nouvel enregistrement et le public s’est montré très réceptif jusqu’à présent. 

Avez-vous un souvenir particulièrement marquant, une anecdote mémorable survenue au cours des années d’existence du groupe ?

A.S : Il y en a tellement. C’est toujours très flatteur lorsque qu’une célébrité est présente à l’un de vos concerts et qu’elle sait qui vous êtes. Je veux dire, il ne s’agit pas de devenir orgueilleux, mais il est vrai que, lorsque vous êtes constamment en train de vous demander si ce que vous composez est bon, rencontrer à l’un de vos concerts une personnalité que vous respectez énormément, et l’entendre vous expliquer qu’elle estime votre travail, est très plaisant et encourageant. Nous avons également eu la chance de visiter de superbes endroits avec nos deux enfants. Sur l’instant, on ne se dit jamais “Waouh ! C’est le meilleur truc qui nous soit arrivé !”, ce n’est qu’après que l’on se sent privilégié de pouvoir vivre ces expériences.

M.P : Nous avons rencontré Robert Plant après qu’il a repris deux de nos chansons, c’était juste incroyable ! Et puis il y a eu aussi cette fois où nous avions joué à Nîmes en compagnie du groupe Radiohead, une expérience mémorable !

À ce propos, vous avez déjà collaboré avec de nombreux autres artistes. Quelles sont les qualités qu’un artiste se doit de posséder afin de vous séduire ?

A.S : En ce qui nous concerne, les regroupements artistiques sont, la plupart du temps, les fruits du hasard. Nous nous retrouvons au même endroit au même moment qu’un tel ou intel et c’est ainsi que les choses se font. Toutes nos collaborations sont liées à coïncidences. Bien sûr, il y a toujours des artistes avec lesquels nous nous disons qu’il serait intéressant de donner vie à un projet. Mais vraiment, nous comptons essentiellement sur la chance. Bien souvent, nous nous sommes dit, en compagnie d’amis proches, “Hé ! Ce serait génial de faire un truc ensemble !”, et cela n’aboutit jamais sur rien (Rires).

En concert, vous reprenez, parfois, des chansons d’autres groupes. Qu’est-ce qui vous motive dans le choix du titre interprété ?

A.S : Eh bien, là encore, c’est une question de hasard, de feeling. Parfois, cela peut être aussi simple que d’être en studio au moment où quelqu’un débarque pour nous dire qu’une compilation de reprises de chansons de Joy Division est en train d’être produite et que notre présence est requise sur le disque. C’est souvent sur demande en fait. Mais c’est un exercice intéressant et amusant donc nous nous prêtons volontiers à l’exercice.

M.P : Les chansons que nous reprenons ainsi en concerts sont aussi, tout simplement, des chansons que nous aimons.

Prenons, par exemple, votre reprise de “I Started A Joke”; des Bee Gees.

M.P : (Rires). Pour celle-ci c’est un peu particulier.

A.S : Tout d’abord, nous aimons vraiment cette chanson.

M.P : L’idée, à l’origine, était de faire chanter Zak, notre bassiste de l’époque. Avez-vous déjà chanté avec un casque de studio d’enregistrement sur les oreilles ? C’est un cauchemar. Vous entendez le moindre petit son vous entourant. Bref, ça n’a pas plu à Zak qui n’a plus du tout voulu enregistrer cette reprise. Il s’est avéré, après un vote, que je me suis retrouvée à devoir le faire.

A.S : Tu sais je l’ai entendue à la radio il y a quelques jours, tu en as fait une très jolie version. En fait, j’ai rencontré beaucoup de gens qui préfèrent votre version à l’originale.

M.P : C’est complètement dingue !

 

Selon vous, quelle a été l’évolution du groupe depuis 1993, année de la sortie de votre premier album “I Could Live in Hope”, jusqu’à la sortie de “Double Negative”, votre dernier disque, produit en 2018 ?

A.S : Hum… L’évolution qu’a suivie le groupe est assez simple en fait. Tout notre travail se base sur un ensemble de recherches musicales, lesquelles nous permettent d’offrir de nouvelles expériences à notre public. Au tout début, nous ne pensions pas devenir un groupe qui durerait. Nous avions en tête de réaliser quelques concerts un point c’est tout. Mais les opportunités se sont enchaînées. De “faire un premier album”, nous sommes passés à “faire une première tournée”, puis “enregistrer un nouvel album”, etc… Tout s’est déroulé en une succession de petits pas faciles à enchaîner. Aussi, parallèlement, notre musique s’est métamorphosée tout au long du processus historique du groupe. Très naïve dans nos débuts, elle est devenue plus posée, plus en place dans sa position de partie d’un tout. Et puis notre évolution résulte, également, de nos passages au sein de toutes ces différentes structures : studios, scènes, etc… Dans chaque lieu où nous avons joué de la musique, nous avons eu la chance de recevoir des conseils ou bien des appuis de gens très compétents et sincèrement bienveillants envers notre travail. Tout ceci s’articule en une mécanique qui, au fond, n’a toujours eu qu’un seul véritable but, surprendre.

M.P : Oui… Vingt-cinq ans de surprises au bout du compte ! (Rires) En regardant l’ensemble de notre carrière, nous réalisons qu’il n’y a jamais eu de brutal revirement dans notre processus de création. Tout s’est toujours fait en douceur, subtilement, avec beaucoup de naturel. Cela vient aussi du fait que nous ne jouons pas pour l’argent ou la célébrité. Nous sommes conscients qu’être encore là aujourd’hui est une bénédiction. Beaucoup de groupes présents à nos côtés lors de nos débuts se sont arrêtés. Après tout, c’était peut-être cela la chose sage à faire (Rires).

Votre dernier album est, cependant, très différent des précédents, avec l’omniprésence de beaucoup de sons électroniques. Considérez-vous cette nouveauté, comme faisant, elle aussi, partie de cette évolution naturelle dont vous parliez à l’instant ?

A.S : Je le crois réellement oui. Pour moi, ce que l’on qualifie d’électronique, aujourd’hui, est, de toute façon, présent à chaque instant au cours de la création musicale. Je veux dire par là que, déjà, lorsque je branche ma guitare, j’évolue dans la sphère de l’électronique. Et fatalement les sons en dépendent. Sur chacun de nos disques, on note l’apparition de nouveautés sonores, sur “Double Negative” je crois tout simplement cette fameuse nouveauté consiste en l’ajout de ces sons électroniques. De plus, alors que nous étions en train de nous questionner sur le comment jumeler pleinement cette technologie à notre musique,  BJ Burton, qui a enregistré nos deux derniers albums, nous a vraiment aidés à incorporer et à exploiter au maximum cet univers. Au final, l’idée n’était plus d’expérimenter l’ajout de ces sons à notre composition mais de tester notre création lorsque celle-ci s’éloignait de l’utilisation d’instruments dits conventionnels. En cela, nous savions que cet album proposerait quelque chose de vraiment nouveau pour nous, cela nous a demandé beaucoup d’efforts et de concentration.

Toujours en matière d’évolution, que pensez-vous de celle suivie par l’industrie musicale depuis les années 90 ?

A.S : Tout a tellement changé. Il y a le téléchargement illégal qui, bien sûr, créé une considérable perte de revenus pour les artistes et les protagonistes de l’univers de la musique. Le plus grand changement, de fait, est que nous passons beaucoup plus de temps sur les routes en tournées car il n’y a pratiquement plus de bénéfice à dégager de l’enregistrement d’un disque. Et puis les progrès technologiques ont, paradoxalement, réduit de manière significative la fenêtre créatrice qui était à notre disposition jusqu’à maintenant. Il n’y a pratiquement plus de place pour le D.I.Y (NDLR : Do It Yourself). Toute la musique a subi un formatage de par les outils informatiques utilisés. Certains artistes parviennent encore, malgré tout, à produire de la musique acoustique, mais ceux-ci se font rares.

M.P : Les groupes en viennent maintenant à signer des accords avec des labels et des producteurs qui ponctionnent l’intégralité des produits issus du travail mais aussi de l’image du groupe. Les compagnies d’exploitation du monde la musique prennent un pourcentage sur absolument tout. Les disques, les tee-shirts, toute la marchandise provenant du groupe est, en quelque sorte, taxée par les promoteurs. Alors qu’avant, il y avait une sorte de ligne moralement infranchissable. Les industriels se payaient sur la vente des albums point barre. 

A.S : Mais là encore, l’évolution technologique est en train de complètement changé la donne. De moins en moins de techniciens vont être amenés à intervenir directement sur les enregistrements. Il y en aura toujours bien sûr, mais bien moins qu’avant. C’est triste de se dire que beaucoup de jeunes artistes ou de jeunes artisans de la musique vont demeurer dans l’anonymat à cause de ce nouveau mode de fonctionnement. En y regardant de plus près, ce phénomène n’est pas uniquement lié au monde musical, c’est toute la société qui fonctionne actuellement de la sorte. On privilégie la facilité importée par la technologie et on n’en oublie de prendre le temps de faire les choses correctement. Il est toujours bon de prendre le temps de se plonger dans le silence et d’écouter son cœur afin de se concentrer sur les vraies valeurs.

Vingt-cinq ans de carrière et l’engouement du public est toujours là. Quel est le secret de cette prolifique longévité ?

M.P : (Rires) Bonne question !

A.S : Savoir demeurer naïfs et plein d’espoir. Je sais que cela peut sonner comme de l’ignorance sur le sujet.

M.P : Et puis, nous sommes mariés ensemble. Donc nous en sommes, en quelque sorte, forcés de rester ensemble. (Rires).

A.S : (Rires) Oui, en fait, on se dit : “Bon allez, quitte à être mariés, autant faire de la musique !”.

M.P : On ne sait rien faire d’autre !

A.S : Nous essayons constamment de nous renouveler, de repousser, un peu plus loin, nos limites. Il s’agit, bien souvent, de sortir de sa zone de confort. Le secret est, véritablement je pense, de renouer avec l’enfant qui est en nous, celui-là même qui n’avait pas peur de prendre des risques.

M.P : À cela vient, bien entendu, s’ajouter les encouragements reçus tout au long de notre carrière. C’est un moteur à la puissance insoupçonnée.

A.S : On peut probablement également ajouter le fait que Mimi et moi-même partageons une grande facilité de communication et ne sommes pas des gens compliqués. Nous demandons peu et nous contentons d’autant.

M.P : Oui, nous venons d’ailleurs d’accueillir, au sein de notre d’équipe, notre tout premier technicien de lumières ! En vingt-cinq ans ! (Rires).

A.S : Allez, vingt-cinq ans de plus et j’aurai peut-être quelqu’un pour accorder ma guitare ! (Rires). 

 

“Double Negative”, d’où vous est venu ce titre pour votre dernier album ? S’agit-il d’une sorte d’opération arithmétique dont le résultat serait, en fait, un positif ?

A.S : Oui, tout à fait, il y a effectivement de cela dans le choix du titre. Nous avions une grande discussion autour de l’album et nous étions arrivés à la conclusion que cet enregistrement avait été forgé à partir de beaucoup de cet univers négatif qui nous entoure. Aux Etats-Unis, pendant la période de composition des chansons de “Double Negative”, beaucoup de piliers constituant les fondations de notre système, des fondations que les citoyens imaginaient comme étant indestructibles, se sont écroulés. Rapidement, cet album a pris le visage d’une arme. Nous essayons de nous imaginer comment écrire des chansons pour que celles-ci deviennent des moyens de combattre la diabolisation de notre environnement. L’autre sens de “Double Negative” n’est ni plus ni moins que le traitement simultané de deux problématiques. Cet album est le fruit des assauts extérieurs mais, aussi, de ceux se déroulant à l’intérieur du soi profond.

À quoi va ressembler le futur de Low ?

A.S : Eh bien, nous avons enregistré quelques chansons ces derniers temps.

M.P : Oui, nous avons essayé quelque chose de nouveau, avec notre bassiste jouant de l’orgue.

A.S : Nous continuons d’écrire, les idées ne manquent pas. C’est toujours un peu problématique de se demander ce à quoi va ressembler le après.

Avez-vous, l’un ou l’autre, un ou plusieurs projets parallèles ?

M.P : Alan en a oui.

A.S : Je fais partie d’un groupe qui se nomme “Black Eyed Snakes” avec lequel je joue du blues.

Souhaiteriez-vous ajouter quelques mots à vos fans ?

M.P : Merci… Merci d’être là à nos côtés.

A.S : Merci oui… Merci pour votre patience (Rires). Merci pour tout. Le public est français est réellement dans notre cœur. La France en elle-même d’ailleurs, sérieusement ce pays est vraiment à part. Un de ces lieux où, dès la fin de votre concert, on se rue vers vous en criant “Hé c’était génial ! Ça vous dirait de revenir l’année prochaine ?”. Nous sommes d’ailleurs désolés de ne pas venir chez vous plus souvent. Nous ferons de notre mieux pour revenir dès que possible.

 

Aurélie Kula

www.facebook.com/lowmusic

Crédit photo : Paul Husband

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