Nouvelle Vague

LITTLE BOB BLUES BASTARDS

#NVmagZoom

 

Little Bob fait partie des rares personnes qui ont contribué au rock en France et a être reconnu par les meilleurs groupes de punk rock anglais de 76 à 79 (Sex Pistols, Damned, Dr Feelgood). Il a côtoyé les meilleurs et obtenu leur respects car l’énergie qu’il délivrait le portait outre manche. A l’instar de son ami Lemmy Kilmister (Motörhead) il partageait le même amour du rock ’n’ roll brut et sans concession et d’une liberté de parole qui fait du bien à l’heure du politiquement rock correct !

 

Vous avez un nouvel album «New Day Coming», comment s’est passé la composition des titres vous procédez seul ou jam avec le groupe ?

Les titres je les fais toujours tout seul au départ, j’ai la mélodie et j’ai les textes. Et des fois je finis mes textes après avoir vu les musiciens de Blues Bastards. En fait ce que je fais avec eux, j’arrive avec une idée mélodique et ce que je voudrais autour et on arrange cela ensemble.

 

Les paroles sur cet album ont elles un sens particulier, car on y trouve un texte de Karen Maitland et du grand poète anglais William Blake dont les poèmes sont mystiques et prophétiques, y a-t-il des thèmes abordés sur cet album qui vous sont cher ?

Tous les textes me sont cher. Ce que j’ai décrit et emprunté par exemple celui de John Trudell, j’ai cherché un titre ou il ne parle pas de ses malheurs, car il en a eu des malheurs le pauvre et ni de l’histoire amérindienne. C’est une protest songs «Rant’N’Roll», rien que le refrain est une tuerie «Say It Loud» « Dites-le fort» et «Pensez à ce que vous dites et dites ce que vous pensez». Après Karen Maitland son titre il est très noir, j’ai fait un blues très lourd et très noir derrière. J’ai fait la musique et puis on a interprété avec les zicos. Pour William Blake tu te rappelles du film avec Johnny Depp ou il jouait dans le film Dead Man. Et dans ce film il s’appelait William Blake avec l’indien Nobody qui lui dit «tu peux pas être William Blake, car William Blake est mort», et toute l’histoire est basée là-dessus. En fait c’est mon harmoniciste Mickey Blow qui a trouvé ce texte qui me convenait aussi bien à lui qu’à moi. Il m’a écrit la musique entre rythm and blues et elle est légèrement plus pop que le reste de l’album, ça m’a plu et William Blake ça m’a plu aussi. Sinon mes textes parlent de ma vie et de ce que je vis en ce moment. Il y a des protest songs, il y a des trucs que j’ai écrit en premier comme «So Deep In Me», j’étais pas bien parce que j’arrivais pas à écrire à sortir ce que j’avais en moi et on l’a fait sortir et tout est venu derrière. C’est vrai qu’il y a des chansons d’autres auteurs, mais j’ai choisi ces chansons-là elle me disait quelque chose d’important pour moi. On a même pris «Ace Of Spades» de Lemmy Kilmister de Motörhead qui était un hymne pour lui. Mais Lemmy je l’aimais beaucoup, j’ai de bon souvenir avec lui, des concerts faits ensemble à Londres. A l’époque on tournait en Angleterre dès 76 on avait joué en première partie au Roundhouse devant 2500 fans de Motörhead et crois-moi fallait y aller !

 

Vous avez la même équipe (Gilles Mallet guitare, Mickey Blow harmonica et Bertrand Couloume Basse et Jérémie Piazza batterie) depuis le premier album de Little Bob Blues Bastards le fait d’avoir le même line up ça vous aide ?

Bien sûr ça aide ! Ensemble on est comme les cinq doigts de la main, comme une famille. Et avant de monter sur scène on fait une sorte de pow-wow entre nous et on passe une musique amérindienne et des tam-tam et des chants et on se dit on joue pour nous mais aussi pour les gens. On se regarde et on s’amuse, on prend plaisir et on en donne. Parce que les gens qui viennent là, vu tout ce qui se passe dans le monde aujourd’hui, on essaye de leur donner du bon temps, même s’il y a des protest songs, je dis ce que j’ai à dire, mais que les gens partent du concert heureux ! Le groupe est comme une famille, on sait très bien ce qu’il faut faire et les morceaux sortent comme ça et on peut se permettre d’être bien et de donner du plaisir aux gens. Quand je monte sur scène j’enlève mes Ray-Ban et les gens j’aime bien les regarder dans les yeu x! Qu’ils soient 200 ou 2000 personnes, mais après je peux pas tous les voir (rire). Je les regarde ! Et le regard est important et on général on me redonne de l’amour et de la sympathie. Les gens sont avec moi quand je suis sur scène, ça c’est très important pour moi ! Maintenant quand t’as une foule qui sort ces téléphones qui filme un peu et quelques photos, mais qu’ils écoutent le concert, qu’ils soient avec nous. Quand ils sont en train de filmer, ils peuvent pas être attentifs à ce qu’on leur donne ! C’est comme ça tu sais, c’est la vie aujourd’hui. J’ai écrit une chanson là-dessus qui s’appelle «Dumb Factory» l’usine à con. Ils sont trop esclaves de leur téléphones portables de leur mobiles et de leurs tablettes, merde vivez ! Parlez aux gens ! Quand tu vas au restaurant tu vois un couple qui sont tous les deux branchés sur leur téléphone, quel couple! J’entends pas donner des leçon s! Les souvenirs ils les ont pas dans la tête.

 

Votre équipe est stable depuis 3 albums, et quels sont vos projets pour le futur?

Depuis 6 ans même! Mickey Blow (harmoniciste) avait joué avec nous à l’époque de Ringolevio le dernier album de Little Bob Story. Il avait déjà fait des bœufs avec nous avant. De temps en temps, je l’appelais pour venir même pendant la période Lost Territories jusqu’à Break Down The Wall. Et le batteur c’est mon neveu. C’est en famille! On dit parfois que c’est une erreur de s’entourer d’amis parce que on peut pas leur dire ce qu’on veut, mais nous on dit ce qu’on veut. Je suis heureux d’être entouré d’amis, de gens qui me comprennent et surtout qui ont envie de jouer avec moi. J’ai commencé à écrire des morceaux pour un live pour l’année prochaine. Pour le live je sais pas encore où on va l’enregistrer. Là on va jouer au Magic Mirrors au Havre qu’on remplit à chaque fois. J’aimerai venir un peu plus dans le Sud !

 

Sur l’album on trouve il y a une très belle reprise et surprenante de «Ace of Spades» de Motörhead, pourquoi ce choix ?

C’était pour rendre un petit hommage à Lemmy. On s’est rencontré en 1976 au Roundhouse à Camden à Londres. Il avait ma manière de donner et de rentrer dans le public de les bouger. Après on s’est revu plusieurs fois, il était dans la même maison de disque que moi à l’époque de Musidisc (label). Donc à chaque fois qu’il venait à Paris, si j’étais libre j’allais passer une soirée avec lui et son groupe, parfois on partageait des choses illicites. Lemmy c’était un rebelle quelqu’un de libre. Après moi j’étais pas branché sur ces croix gammés. Le mec lui était un rebelle un peu libertaire, un peu anarchiste certainement, on s’entendait bien. J’ai voulu lui rendre hommage. Et j’ai pas oublié qu’il avait hurlé la phrase «Listen up son of bitches, Little Bob gonna tel you a story» «Écoutez fils de putes, Little Bob va vous raconter une histoire.» Avec son parler un peu fleurie. Et on a repris cette phrase-là et on la mise en ouverture du Best of du Little Bob Story, c’est moi qui ai choisi les titres qui sont dedans.

 

Concernant le rock actuellement en ce début de 21ème siècles vous en pensez quoi ?

Tant que j’arrive à trouver quelque chose d’écoutable, ça me va ! Moi j’achète les disques, je suis un fan de musique. Là je viens d’avoir le dernier Ry Cooder il est calmos. Ry Cooder c’est toujours très bien, il y a de l’âme et du soleil dedans, c’est un sacré zicos et j’aime bien comment il chante. J’ai aimé tous les disques qu’il a produit. Par exemple j’ai le dernier Ben Harper avec Charlie Musselwhite, il est très blues. Quand je suis un peu en manque j’écoute les anciens. Je ne sais pas s’il y a un nouvel album de Tom Waits, je cherche les nouveaux trucs. Il n’y a pas de nouveaux groupes qui me sont très agréables. Mais bon a chacun son époque. Je ne vais pas faire le vieux con tu vois. Mais je suis toujours très branché du départ du rock‘n’roll en passant par le blues et le rythm and blues. J’ai tout écouté et tout apprécié dans ce qui était très bon, donc je vais essayer de continuer. Même si les très bons disques sont rares aujourd’hui!

 

Les grands partent petit à petit et laisse un trou béant, et les jeunes groupes qui copient les anciens ou est la relève rock en France ou ailleurs ?

Il y a des groupes qui jouent et qui répètent des petits concerts par-ci par-là, il y en a qui sont très bons, je les vois pas tous et en plus j’ai le temps de voir personne en ce moment. En France il y a un groupe que j’aime bien c’est Jesus Volt, je pense qu’ils ont du talent, après je sais pas où ils en sont aujourd’hui, au départ je les avais aidés et lancés. Là je viens de recevoir le disque de Jack Bon qui était le chanteur guitariste de Ganafoul, il est pas mal son disque, il chante bien et écrit de bons morceaux. J’ai aussi reçu le disque de Shaggy Dogs j’ai pas encore eu le temps d’écouter, ils sont plus pub rock, mais je préfère le pub rock que j’ai vécu en plein, on a tourné avec Eddie And The Hot Rods et Dr Feelgood. Mon inspiration venait pas de là, elle venait plus du MC5, un rock rebelle. Si les anglais des Clash au Sex Pistols et Damned nous aimaient bien, c’est parce qu’ on jouaient avec telle énergie. Ils étaient là, ils faisaient le pogo les punks à nos concerts. J’ai bien vécu cette période-là. On a tourné en Angleterre entre fin 75, notre première tournée et fait douze concerts en douze jours jusqu’à fin 79 avec le live au Music Machine dont il y a des extraits sur le Best of. J’ai fait cet album car je sentais que Little Bob Story allait se terminer. On avait trop tourné ensemble, on avait fait plus de 350 concerts en Angleterre plus en France et ailleurs. Le fait d’avoir tourné en Angleterre nous avait ouvert des portes en Europe. On était fatigué et épuisé. Mon Guy-Georges Gremy qui est à Nice, je sais pas si vous le voyez de temps en temps, j’arrive pas à le décider à faire des choses avec nous. Les gens aimeraient le voir. Pour le concert du 40ème anniversaire, je l’ai appelé et il est pas venu. J’aurais été heureux de l’avoir, il était je pense l’un des meilleurs guitaristes que j’ai e u! Les mecs qui ont joués avec nous, nous ont tous apporté quelques choses d’important lui aussi.

 

Vous avez plus de quarante ans de métiers quels conseils donneriez-vous à un jeune groupe de rock qui voudrait se lancer ?

Il faut surtout qu’il croit en lui! Et qu’il est un peu de talent quand même ! Et qu’il ne se laisse pas trop influencer par les gens autour à moins de tomber sur un shaman qui peut les aider. Les jeunes groupes il faut qu’ils croient en eux, qu’ils essayent de tenir ensemble et se battre. Même si aujourd’hui on a plus d’endroit pour répéter et les instruments sont plus faciles à avoir. Les jeunes groupes sont obligés de jouer dans des bars et des fêtes de collèges ou universités. Et surtout dans des bars. Il faut tenir bon et il faut y croire! Mais dans les groupes il y a toujours un ou deux mecs qui ont envie de continuer. Ce qu’il faut c’est trouver des gens autour de soi c’est hyper important, et pas d’égocentrique, mais des gens qui sont là pour avancer et continuer. Il faut répéter énormément et puis avancer. Si le talent est là un jour ou l’autre les gens vont s’apercevoir qu’ils existent !

 

Laurent Therese

Interview réalisée le 05/06/2018 par téléphone.

www.littlebob.fr

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