Nouvelle Vague
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Il suffit de dire Dock des Suds pour que les anecdotes s’enchaînent. Lieu emblématique des nuits marseillaises et des alentours avec des festivals aussi réputés que Babel Med Music et la Fiesta des Suds, il est devenu en quelques années un rendez-vous incontournable des amateurs de musiques. Pas de hasard là-dedans, de la musique qui a du sens, de la convivialité, une touche de militantisme, recette d’un cocktail fédérateur.

 

Comme une envie de partager

Il est loin ce temps où le Dock des Suds servait à stocker des épices venues des quatre coins du monde. Pourtant l’atmosphère y est particulière, comme si chaque marchandise avait laissé derrière elle un souvenir de son voyage. Une histoire de partage et d’ailleurs qui fait la singularité de ce grand bâtiment et des événements qu’il abrite. En 1992, date de création de la Fiesta des Suds par l’association Latinissimo, Bernard Aubert, son directeur artistique, a senti qu’il y avait une vraie demande culturelle à Marseille. Avec une dizaine de copains, il s’est lancé. Et a créé le festival qui réunit aujourd’hui 60 000 personnes chaque année au mois d’octobre. Tous âges et toutes nationalités confondus, 1/3 des spectateurs viennent même de l’international, c’est dire si le concept original (il n’existe qu’un festival de musique du monde de cet acabit) a su toucher son public.

Un Festival Militant

Loin de lui l’idée de construire des barricades, de monter au front, Bernard Aubert reste pourtant convaincu d’une chose : « la musique est un bruit qui pense » comme il le dit souvent. Universelle, qui touche toutes les sensibilités, la barrière de la langue n’existe plus, ne reste que l’émotion. Il y a aussi cette volonté, de mettre en avant le patrimoine post-industriel de la ville, en investissant par le passé, la Joliette, l’ancien hangar du J4, une touche d’urbanisme pour sublimer les sens, celui de la vue, mais aussi pour rappeler que les Marseillais ont une histoire. Vouloir faire des manifestations les plus propres possible, s’inquiéter d’écologie, se tourner vers les autres, en invitant deux cents SDF à chaque édition. Montrer qu’au-delà des frontières, il y a un cœur commun qui bat « nous ne sommes pas des scouts, tout le monde n’est pas beau, tout le monde n’est pas gentil, mais nous avons des choses à partager ».

Il est loin ce temps où le Dock des Suds servait à stocker des épices venues des quatre coins du monde. Pourtant l’atmosphère y est particulière, comme si chaque marchandise avait laissé derrière elle un souvenir de son voyage.

 

Un événement mondialo-marseillais

« Bien sûr qu’un festival de musique du monde cela peut se faire à Anvers ou à Paris. Mais il n’y a qu’à Marseille qu’un musicien comorien saura interpeller la communauté de 80 000 Comoriens. Chaque pays est représenté ici, c’est ce qui en fait une ville si particulière » assure le directeur artistique. Une richesse pour lui, puisque le musicien sur scène résonne avec son public dont il chante l’histoire ou la langue. Il n’y a qu’ici que les gens s’approprient autant les choses, qu’ils viennent donner leur avis sur la nouvelle peinture des façades du Dock des Suds ou que 30 000 d’entre eux signent une pétition pour sauvegarder à tout prix le lieu après qu’il ai brûlé en 2006 « ils se sentent à la maison », idem pour les artistes qui ont demandé à Latinissimo de créer un marché de professionnels de la musique, en 2005 ça sera fait, Babel Med est né et 3000 personnes viennent tous les mois de mars faire du business.

Et après ?

Bien des choses ont changé en 20 ans d’existence pour la Fiesta, « les membres ont vieillit » constate Bernard Aubert, mais c’est toujours avec la même envie que l’équipe continue son bonhomme de chemin. Alors dans le futur, elle verrait bien toute la ville se transformer en lieu de fête « il faut que nous prenions de l’ampleur ou nous mourrons ». Elle voudrait renouer avec sa passion de l’image, les expos sont arrêtées depuis deux ans faute de moyens, mais reprendront bientôt et pourquoi pas partir sur les sentiers de la littérature ? Marseille a de beaux jours devant elle, tant que des rebelles en tiendront la barre.

 

Manon Feldmann

 

www.dock-des-suds.org

 

 

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