Nouvelle Vague

KINTSUGI

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Kintsugi c’est la rencontre de trois musiciens provenant d’horizons totalement différents. Composé de Gaspar Claus au violoncelle, la chanteuse japonaise Kakushin Nishihara et Serge Teyssot-Gay, à la guitare électrique, le trio nous offre à chaque fois une expérience musicale unique. Loin de la musique concrète, le groupe nous plonge dans une ambiance à la fois onirique et intrigante. Avec les projections vidéo réalisées par Thomas Rabillon et Simon Rutten, les représentations du trio sont aussi devenues un projet scénique épatant. Rencontre avec Serge Teyssot-Gay, fondateur du groupe.

Premièrement, comment définiriez-vous le groupe Kinsugi ?

En fait ce n’est pas un groupe au sens classique du terme, c’est plutôt un trio, une rencontre. Oui une rencontre, par curiosité, parce que je dirais qu’elle répond à la question « qu’est ce qu’on peut faire ensemble ? ». Je suis assez intrigué, en fait. C’est souvent ça les motivations qui font que je monte des projets.

 

Quel type de musique faites-vous ?

On raconte plus une histoire qu’autre chose. On n’est pas vraiment dans la composition de musique et tout ce qui suit. Nos créations reposent sur des textes japonais du 11ème siècles. C’est des partitions qui sont vouées à l’interprétation, ce n’est pas des partitions fixes comme on a souvent l’habitude de voir. C’est l’épopée d’un samouraï qui se bagarre avec son frangin qui fait parti d’un plan différent du sien, enfin bref ça parle de guerre comme d’habitude entre les mecs et d’une histoire d’amour au milieu de tout ça. C’est une vieille histoire traditionnelle et populaire connu au Japon, c’est nous avec l’histoire du père noël.

 

On sait que le trio Kintsugi n’est pas un groupe de musique comme les autres. Votre création est assimilée à une histoire japonaise et on est plus dans la narration qu’autre chose. Qu’elle est donc sa particularité, hormis l’histoire elle-même ?

C’est le projet d’un trio. Et l’élément central se trouve être Kakushin Nishihara qui raconte l’épopée. Disons que comme Kakushin a une partition à interpréter, elle propose un champ musical définit et autour de ce champ musical on crée une harmonie plus ou moins compatible avec ce qu’elle propose. C’est comme ça que notre musique fonctionne. De plus, ça repose vraiment sur l’improvisation parce qu’elle interprète en permanence sa partition et nous on interprète aussi mais d’après ce que l’on entend, du coup ça donne une improvisation assez construite.

 

Quels horizons musicaux explorez-vous pour créer votre musique?

Je trouve que l’alphabet d’un musicien et son langage constitue sa façon de penser la musique. Et je dirais qu’au fil des années et des collaborations je développe mon alphabet, j’ai l’impression que je parle mieux qu’avant. J’ai plus de vocabulaire on va dire, du coup je peux faire des constructions musicales qui sont plus élaborées et plus riche et qui me permettent de pouvoir dialoguer avec d’autres musiciens qui sont pourtant très différents.

 

Pourquoi Kintsugi, comme nom de groupe ?

Et pourquoi pas. Plus sérieusement ça fait référence à des objets qui ont été cassés et il y’a des artisans au Japon qui construisent ces objets et pour les rendre encore plus merveilleux, ils utilisent de la poudre d’or. C’est tout un rituel.

Comment avez vous eu l’idée de créer Kintsugi ?

Tout d’abord c’est une invitation qu’on m’a donné de quelqu’un qui s’appelle Florian Oliveres qui était à l’époque le directeur du festival Détour du Monde qui a lieu dans le sud-est. Et un jour ce dernier m’a proposé ce projet en me laissant carte blanche. J’avais donc envie de travailler avec qui vient de l’orient mais très loin. J’ai beaucoup bossé avec des gens du Moyen Orient mais j’avais envie d’aller plus loin que ça.

 

Combien de représentation avez-vous effectué et quelle a été votre meilleure expérience scénique ?

On a dû faire une dizaine de dates, peut-être même un peu plus comme quinze dates. Après c’est assez difficile de se rappeler d’une expérience scénique qui sorte du lot parce que comme elles sont toutes improvisées et qu’on joue dans des lieux super importants et très significatifs, elles sont toutes uniques je dirais. En effet on a joué dans plein d’abbayes. Et à chaque fois ce sont des lieux chargés d’histoire. D’ailleurs le clip qu’on a tourné et qui est sur mon site a été tourné dans une abbaye qui était avant, réservées aux femmes et abandonnée au 11ème siècle. C’est marrant parce que depuis le 11ème siècle y’a eu personne, elle a vraiment été abandonnée et la toute première création qui a eu dans ces lieux c’était la notre portée par la voix d’une femme qui racontait un texte du 11ème siècle en plus. Donc je trouvais que cette sorte de répercutions était génial.

 

Quel type de relation entretenez-vous avec votre groupe ?

On a vraiment une relation très intensément portée sur la musique, parce qu’à dire vrai, on ne se voit que lorsqu’on a des concerts puisqu’on ne fait pas de répétition. D’autant plus qu’avec Kakushin Nishihara on ne communique pas vraiment parce qu’elle ne parle pas français ni anglais, elle parle que japonais et moi je ne parle pas sa langue. Donc la musique est vraiment notre seul moyen de communiquer.

 

Avez-vous un projet en tête que vous voulez réaliser avec votre Trio ?

Oui, la tournée qui arrive. On a à peu près six dates de prévus un peu partout en France. On commence d’ailleurs notre tournée dans le Sud-Est près de Grasse à la fin du mois de mars. Ca va être vraiment chouette parce que ça fait longtemps et qu’on va se retrouver directement sur la scène.

 

Vos concerts c’est de l’improvisation, mais est-ce que vous avez perçu un changement par exemple, depuis la toute première représentation ?

Non il n’y a pas vraiment eu de changement. Je pense qu’au niveau de l’intensité c’est toujours la même chose. Comme ce n’est pas fixé, émotionnellement on est extrêmement engagé dans ce qu’on fait, par rapport à la qualité d’écoute et tout ça. Donc c’est bien parce qu’on ne se repose pas sur des habitudes et c’est vachement agréable. Mais je pense qu’au bout de plusieurs dates il commence à y’avoir des habitudes parce que c’est comme chaque fois qu’on répète une chose et même si c’est improvisé il y’a des choses qu’on refait mais de façon singulière.

Yasmine Romdhane

www.sergeteyssot-gay.fr

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