Nouvelle Vague

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Le 05/07/18 au Mas des Escaravatiers – Puget-sur-Argens (83).

 

 

Avec Keziah Jones, que je commence à bien connaître, de plus en petite formation et un groupe soul funk local en première partie, la soirée s’annonçait vraiment bien au Mas ce jeudi soir. Le groupe marseillais King Krab que je découvrais a ouvert la soirée et ce que j’y ai vu en premier c’est 4 musiciens qui avaient vraiment envie de bien jouer avec pas mal d’application, d’implication et de concentration. A noter d’emblée, un chanteur français qui tient la route sur des titres en anglais que ce soit au niveau de la diction comme de l’écriture, c’est si rare qu’il faut le signaler, le bassiste et le clavier le soutiennent aussi vocalement et l’ensemble vocal sonnait vraiment bien. Le groupe ouvre sur un titre qui pour moi évoque clairement Funkadelic et d’emblée on s’aperçoit que ça sonne plutôt juste, la suite sera sur le même registre même si le sentiment d’entendre sur chaque titre le passage jamiroquaï, puis le passage funkadelic, puis le solo de guitare skatté à la Georges Benson persiste quand même mais en s’atténuant tout au long du concert. On sent que le groupe est jeune et que pour aller au plus juste le plus rapidement possible, ils ont dû emprunter pas mal de gimmicks à leurs pères, les géants de la soul et du funk américains. Œdipe n’a pas encore totalement fait son œuvre mais la volonté et le style sont là, donc malgré une prestation convaincante, on sent que le groupe a encore du potentiel à explorer et qu’il leur faut enchainer les live pour parvenir à mieux tirer parti de leurs qualités individuelles. Un problème de texture et de tonalité musicale des voix, de la guitare, du clavier et de la basse reste à résoudre, la sonorisation doit aussi évoluer car trop de fréquences se chevauchaient et se formait une certaine soupe dans les médiums qui aspirait, et c’est dommage, une partie de leur groove, pourtant bien présent. C’est en cela que le groupe semble jeune car on sent une somme de petits problèmes à résoudre pour que l’ensemble soit récompensé de l’énergie et des capacités de chaque individualité. Peu importe ces remarques de technicien de la musique, le public a lui répondu présent et s’est laissé embarquer par le band, même si la liesse que se doit de créer tout groupe funk ne s’est manifestée qu’assez tardivement. Le groupe a donné satisfaction et a tenu son auditoire sur la durée, ce qui pour une première partie n’est pas impossible mais pas si évident non plus. King Krab est donc un groupe à suivre. Quand King Krab termine son set, c’est le ballet des techniciens sur scène qui est toujours assez drôle à observer de l’extérieur … le premier qui se présente place les retours sur scène, la difficulté était d’aligner les repères de scotch bleu placés au sol avec lors des balances avec les morceaux de scotch bleu présents sur chaque côté de chaque haut-parleur : rien de bien compliqué mais que fait le deuxième technicien entrant sur scène ? il déplace les retours et les remets au bon et même endroit, puis un troisième arrive et que fait il ? la même chose ! Sans doute la tache d’enrouler et de ranger les câbles présents sur scène que faisait JB tranquillement mais avec opiniâtreté manquait t’elle de glamour ? En tout cas c’était d’aide qu’il aurait eu besoin pour accélérer le mouvement, toujours est il que les retours ont été très bien placés ! D’autant plus que le premier technicien qui les a placés les a encore replacés avant que le groupe n’arrive ! Bref soit Mr Jones est il très à cheval sur l’emplacement des retours sur scène soit il y a des cachets d’intermittents qui se perdent 😉 Cela m’a fait penser aux délicieuses scènes de travaux publics qu’on peut contempler sur le bord des routes quand on voit de manière invariable un travailleur immigré en train de creuser au fond d’un trou et que quatre personnes plus ou moins bien habillées selon leurs positions hiérarchiques, le contemplent et/ou le conseillent d’en haut ! symptôme habituel d’une société pyramidale en manque d’horizontalité dans laquelle on trouvera sans doute moyen à un moment ou à un autre de reprocher à celui qui plie les câbles de couter trop cher ! Après cette digression aussi futile qu’essentielle, le powerful trio de Mr Jones se met en place et personne n’a mégoté sur le gros son : deux énormes amplis GRbass pour le bassiste et deux Marshalls à lampe immenses pour Keziah, aidés par un petit Vox en supplément au cas ou cela ne cracherait pas assez. On connaissait les vertus du powerful trio en rock blues même avant les débuts de ZZ Top en 1969 mais ce qu’en fait Keziah Jones surprend toujours ! Avant d’évoquer son jeu de guitare si particulier et essentiellement rythmique, je dois dire que toute la soirée c’est le bassiste qui a attiré mon attention, tout d’abord parce que j’avais son énorme GRbass en pleine face mais surtout parce qu’il avait un jeu aérien, terriblement groove malgré un son lourd mais quand même rond qui ne parvenait jamais à écraser sa maitrise et sa subtilité rythmique. Un virtuose du jazz funk africanisé ! plutôt jeune, lui aussi, le batteur frappait avec la même force et la même légèreté rythmique, je n’ai pas réussi à savoir s’il était africain ou afro-américain car il mixait les deux influences avec authenticité, force, conviction et pas mal de bravoure ! Ce que j’ai de suite remarqué, c’est que ces trois là prenaient beaucoup de plaisir à jouer ensemble et à mutuellement s’écouter, multipliant les sourires et les regards complices à chaque arrangement délicat talentueusement passé par l’un, recevant de suite la bénédiction et l’approbation des autres. Alors que leur expérience scénique ensemble doit représenter environ cent fois celle de King Krab, la complicité, l’écoute mutuelle et surtout l’interaction semblait bien plus présente que chez les jeunes marseillais ! Alors s’il vous plait écoutez vous et regardez vous davantage. Votre authenticité et votre musicalité se trouve peut-être là aussi ! Quant à Keziah Jones qui, pour une partie du public présent, est une star des années 90, on peut comprendre son évolution personnelle en comparant Rythm is Love, le dernier titre de la set list (que je pouvais lire aux pieds du bassiste mais que Keziah n’a pas du tout suivie, ce qui témoigne de pas mal de fraicheur et de capacité à sortir du train-train des concerts qui s’enchainent en tournée) qui l’a rendu célèbre et le reste du concert ! D’un Funk chaloupé esthétique, groovy mais loin d’être virtuose, Mr Jones a évolué vers un afro-rock qui frappe comme du Red Hot Chili Peppers et rythme comme du Fela, le tout soutenu par un jeu de guitare qu’il s’approprie de plus en plus et qui devient de plus en plus original. On peut comprendre que l’intérêt de son jeu de guitare est essentiellement rythmique quand on le voit faire le plus gros d’un titre juste en frappant et en jouant de la main droite sur les cordes à vide ou lorsqu’il qu’il sort une guitare à deux cordes, seulement équipée du mi grave et du sol ! le pire c’est que ça sonne terriblement bien. Comme tout bon Nigérian, il excelle dans l’énergie rythmique et en cela, il honore ses racines mais il peut aussi progresser en termes de mélodie car c’est là, qu’à mon avis, réside sa seule lacune.  En effet tous les titres ne sonnent pas si justes que cela mais même si ceux qui pourraient sembler mélodiquement maladroits (et il y en a !) sont toujours et invariablement relevés par une interprétation magistrale, de sa part et de celle du groupe qui fait qu’on ne peut que repartir de son concert que totalement douché de gros groove américano-africain et non afro-américain si vous saisissez la nuance. Certes, comme souvent, il a fait sa petite starlette capricieuse à un moment ou à un autre du concert, semblant se plaindre du petit personnel à qui il lance de noirs regards quand sa guitare n’arrive pas assez vite ou toussant de manière un peu précieuse sans se cacher du public pour s’excuser d’une voix troublée par une rhino-pharyngite manifeste. Qu’importe ! il reste un grand musicien de scène qui sait toujours bien s’entourer et qui a l’intelligence (ou l’égocentrisme) de jouer en petite formation pour se laisser de l’espace (il lui en faut !) et ce concert a été proche de l’extase musicale en ce qui me concerne. Avec King Krab qui a réalisé une bonne première partie et que j’ai pris plaisir à découvrir et un Keziah Jones qui avance musicalement sans renier ses fondamentaux, c’est encore une belle soirée de live de près (il faudrait inventer un terme pour exprimer cela tant la différence avec les grandes scènes est grande pour qui, comme moi, aime écouter et s’imprégner de la musique en live) au Mas ! Et dès le dernier ampli éteint, l’envie de me coucher rapidement n’était pas motivée par la fatigue mais par l’envie de remettre ça dès le lendemain !

 

Emmanuel Truchet

KEZIAH JONES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

KING KRAB 

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