Nouvelle Vague

KENDRICK LAMAR

Zoom-Kendrick Lamar

Beaucoup commencent par faire de l’authentique et lorsqu’ils arrivent à la célébrité se lancent dans le commercial pour se remplir les poches, c’est le parcours habituel et typique de la quasi totalité des artistes modernes. Certains, pourtant, suivent le chemin contraire, une fois leur public acquis et leurs poches bien remplies, ils commencent à produire de l’authentique. C’est le cas de Kendrick Lamar.

 

Un EP et deux albums plus tard, après avoir fait son entrée dans la scène musicale par la voie mainstream et commerciale, Kendrick Lamar entame l’année 2015 avec un concept-album extrêmement engagé qui risque de choquer les plus puritains d’entre nous. Alors esprits étroits s’abstenir. Pour ceux qui seraient passés à côté du phénomène Lamar, une piqûre de rappel s’impose : Issu de Compton, ville du sud de Los Angeles sensible et gangrénée par la misère sociale et les gangs, le jeune rappeur fait ses premiers pas à l’âge de 16 ans avec quelques mixtapes et EP qui vont lui permettre de se faire remarquer par Dr.Dre. En 2011 il sort son premier album « Section.80 » qui le propulsera dans les hautes sphères du rap game. Kendrick excelle dans la technique et l’art de l’ego- trip ce qui lui vaudra le titre de « New King of West Coast ». L’année suivante, son deuxième album « GoodKid, M.A.A.D  City » est certifié disque de platine avec plus d’un million d’exemplaires écoulés.

Le rappeur a annoncé la couleur – noir foncé – de son nouveau projet quelques mois plus tôt avec la sortie des titres «The Blacker The Berry» et «I», des textes à la gloire de l’identité afro américaine. Un rap qui résonne autant comme un cri de guerre q’un hymne à la joie. Avec « To Pimp A Butterfly » l’artiste atteint un sommet, un très haut sommet où l’attend un trône car la critique est unanime, sur le fond tant sur la forme, Kendrick mérite le titre de roi. Tupac a trouvé son héritier spirituel et peut désormais reposer en paix. L’artiste renoue avec l’esprit d’un rap contestataire et combattif qui se fait le porte-voix d’une minorité noire opprimée, agonisant sous le poids des injustices et des discriminations raciales.

Un rap intelligent et rempli de sens, parsemé de références actuelles, historiques et culturelles rendant hommage à l’activiste Marcus Garvey, le jeune Trayvon Martin ou encore l’esclave africain Kunta Kinte. Il sera intéressant d’observer la réaction et l’évolution du public à l’égard d’un rappeur qui s’arrête soudainement de parler de cul, de grosses voitures et de liasses de billets pour tenter d’éveiller et de sensibiliser une génération désengagée. La pochette, signé Denis Rouvre, est à elle seule un crachat et une provocation envers l’autorité et l’institution américaine, ce qui laisse présager une dimension politique à l’album. Le photographe met en scène un groupe de jeune afro-américain posant devant la Maison-Blanche bouteilles d’alcool et liasses de billets à la main et sur le sol gît ce qui semble être un juge, symbole d’une justice agonisante.

Un rap narratif qui critique autant la société qui le tue que sa communauté qui s’entretue, l’artiste use d’un langage cru destiné à choquer les auditeurs comme lorsqu’il chante « My Hair Is Nappy, My Dick Is Big, My Nose Is Round And Wide/You Hate Me Don’t You ?».  J’ai peur de m’emballer un peu trop vite en annonçant que Kendirck Lamar à une vision messianique de sa carrière, un genre de Mahomet ou Jésus où le micro aurait remplacé les livres saints, le temps me donnera peut-être raison ou pas. Dans tous les cas, je pèse mes mots et les chiffres que j’ai sous les yeux pour vous dire que Kendrick Lamar est rentré dans l’histoire et nous reparlerons surement de lui dans 10 ans à la rubrique  « Album de Légende » à la dernière page de notre magazine. Cet opus marque le début d’une révolte et je prie de tout mon cœur et ma plume pour que le prochain album se transforme en révolution.

Mehdi Hnana

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