Nouvelle Vague

JEANNE ADDED

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Une coupe à la garçonne, du blanc et du noir et surtout une voix. Intense et puissante, Jeanne Added continue de défendre sa place sur la scène électro-rock française en imposant une musique incomparable. L’auteure-compositrice-interprète aux deux Victoires de la Musique sortait en 2018 son deuxième album, « Radiate », concentré d’harmonies et de rythmiques maîtrisé de bout en bout. Rencontre.

Comment s’est faite ton entrée en musique ?

Enfant. J’ai appris à lire les notes en même temps que les mots. J’ai eu cette chance-là. Ça fait partie de ma vie depuis toujours.

Tu as longtemps fait du jazz. À quel moment ta musique a pris un tournant plus rock ?

En jazz, j’étais interprète pour d’autres. Au moment où je n’ai plus voulu me mettre au service de la musique des autres et que je me suis interrogée sur la musique que je voulais faire, en termes d’esthétique ce n’était plus du jazz, c’était autre chose. J’avais besoin de puissance, de violence, de quelque chose de moins contrôlé, donc ça a pris une tournure un peu plus rock.

Est-ce que tu as des références musicales, des artistes qui t’inspirent au quotidien ?

Je parle souvent de Prince, qui m’accompagne depuis mon adolescence. Après, pendant l’écriture de mon premier disque, j’écoutais beaucoup Courtney Love et Peaches. Pour le deuxième album, j’ai beaucoup écouté Frank Ocean et Solange, même si ça ne s’entend pas beaucoup dans la musique. J’ai aussi beaucoup écouté Tirzah ces derniers temps.

Dans ta musique, on entend l’importance des voix et des harmonies pour porter l’intensité. Tu pars de la mélodie pour composer ?

Il n’y a pas vraiment de recette. Je peux partir d’harmonies au piano, je peux partir d’un rythme, d’un tempo, je peux partir d’un texte ou d’une mélodie sur laquelle je vais faire un peu de yaourt au début.

Pour produire « Radiate », tu as travaillé avec le duo Maestro. Comment s’est passée cette collaboration ?

Très bien (rire). D’abord, ce sont des amis, on a été très complémentaires tous les trois avec Fred Soulard et Mark Kerr. Fred est un grand musicien, il connaît la synthèse de son comme sa poche. Mark est un grand rythmicien, avec une conscience aigüe des formes de morceaux. Ajoutés à mon écriture, on a réalisé une sorte de ping-pong à trois qui a été très enrichissant.

Toutes tes paroles sont en anglais. Est-ce que ça a toujours été plus évident pour toi de chanter en anglais plutôt qu’en français ?

Plus évident d’écrire en anglais, pour le moment. Je pense être un peu plus indulgente avec moi en anglais. En français, j’ai peut-être une conscience plus accrue de ce qui est bien ou pas. De toutes façons, j’ai l’impression qu’une bonne partie de la pop anglo-saxonne que j’écoute a un rapport assez décomplexé avec les paroles de chansons. J’avais besoin de ça pour pouvoir m’y mettre aussi.

Entre ton premier et ton deuxième album, on sent un glissement vers la musique électro. Pourquoi cette évolution ?

Je ne pense pas que ce soit vers l’électro mais plus vers des musiques de danse, on va dire. Le premier était aussi fait avec des synthés. J’ai envie de danser, de bouger.

C’est donc aussi en fonction d’un état d’esprit ?

Oui, je pense que ça fait aussi partie de mon histoire personnelle, de mon parcours. Il m’a fallu d’abord écrire pour m’exprimer avec la musique, et maintenant j’ai aussi envie de m’exprimer avec le mouvement.

Tu dis que « Radiate » est beaucoup plus apaisé que « Be Sensational ». Est-ce que c’était une intention de départ ?

Non, c’est le résultat d’avoir fait « Be Sensational ». J’ai exprimé cet endroit-là de moi qui était tourmenté, et c’est ça qui est fantastique avec la musique, c’est que ça guérit. Une fois que c’est sorti, on peut passer à autre chose.

D’autres projets en tête ?

Pour l’instant il faut que je continue à écrire, même si avec la tournée ce n’est pas évident. Mais j’ai envie de me remettre à enregistrer assez vite, oui.

Elisa Fernandez

Le 12/10/19 au Grimaldi Forum – Monaco (98) et le 28/11/19 au Théâtre en Dracénie – Draguignan (83).

www.jeanneadded.com

“J’ai exprimé cet endroit-là de moi qui était tourmenté, et c’est ça qui est fantastique avec la musique, c’est que ça guérit. Une fois que c’est sorti, on peut passer à autre chose.”

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