Nouvelle Vague
ZOOM-Iraka-(c)-Mike-Nguyen
Rappeur puis slammeur engagé mais avant tout remarquable poète moderne issu de la région, Iraka et ses trois comparses musiciens ont pris leur temps avant de se faire connaître, ou plutôt reconnaitre et ça se comprend. Leurs compositions, travaillées et originales, sont issues de divers univers musicaux harmonieusement réunis. Rimes tranchantes, guitare et beatbox s’y côtoient avec harmonie.

Du rap solo…

Nous pourrions assez naïvement supposer que le groupe Iraka soit une perle fraichement dénichée étant donné sa récente participation et réussite aux INOUÏS du Printemps de Bourges, auditions ayant pour vocation de détecter de jeunes artistes ou groupes afin de les présenter au festival. Mais si l’on s’attarde un minimum sur le fruit assez juteux de son travail d’écriture, on se rend aisément compte que celui-ci est déjà bien mûr. Bref, né à Cannes, Philippe Arnoux alias Iraka (ou encore Iraka 20001) a entamé son petit bonhomme de chemin en solo vers la fin des années 90 dans le monde peu connu (excepté des initiés et autres amateurs de scènes underground) du rap alternatif bordelais, loin des circuits commerciaux et encore à quelques lieux du slam. Autodidacte de A à Z, il faisait lui-même ses instrumentaux. Après plusieurs apparitions dans diverses mixtapes et autres compilations de rap français, Iraka sortira trois albums entre 2002 et 2010 : «Deux Années d’Merde» album gratuit en téléchargement libre, «Maladroit» album non édité et «Ce Que Le Présent Dessine» (Label True Flav Records). Il collaborera également avec plusieurs artistes tels que Psykick Lyrikah, Dj Steady ou bien le groupe Olympe Mountain.

…au slam en groupe…

Désireux de porter certains textes de son répertoire sur scène, il s’entoure en 2009 de trois amis et musiciens issus de différentes cultures musicales pour former un groupe et enchainer les concerts dans le sud-est de la France, plus de 25 entre 2011 et 2012, rien que ça. Des monstres ! Le « blaze » d’Iraka désigne désormais, non plus uniquement le rappeur/slammeur azuréen, mais un groupe également composé de Samir Guennaoui aka Zeph (human beatbox et batterie), Etienne Chaffois aka Chnouf (guitare) et Nicolas Bertrand aka Niko (machines et chœurs). Ils sortent un EP en octobre 2012 intitulé « Hier » (Iraka / Sidney Bechet Productions / True Flav Records) où ils reprennent cinq anciens titres du parolier hors-pair, des titres qui n’ont jamais pu voir le jour et qui sont malgré cela toujours autant ancrés dans la réalité actuelle. On dit même que l’un des morceaux de cet opus, « Bien Etre », aurait attiré l’attention de Daniel Bechet, qui n’est autre que le fils de Sydney Bechet le célèbre clarinettiste/saxophoniste et compositeur de jazz. Ils sont, de plus, les seuls et uniques lauréats des INOUÏS du Printemps de Bourges 2013 retenus pour la région PACA, leur valant de ce fait une programmation au célèbre festival printanier.

…le résultat est là !

La musique d’Iraka est difficilement définissable, le style est unique. Du slam aux allures de rap progressif, imprégné d’influences jazz, rock et même de variété française. Un melting-pot des genres en adéquation avec le mix beatbox/guitare/machine/slam qui confère aux instrumentaux une dimension acoustique très mélodieuse, musicale et recherchée. Le chanteur, Iraka, manie sa plume avec justesse et pertinence. Ses lyrics poétiquement engagées dépeignent, souvent via la narration, une réflexion sur la condition humaine, parfois sombre, écrasante et pessimiste, parfois colorée, douce et légère. Une voix solennellement grave, caverneuse bien qu’authentique et posée qui enchaîne les rimes tranchantes, les allitérations, les assonances, les métaphores bien placées et autres procédés langagiers minutieusement travaillés sur des riffs de guitare aux registres variés. Iraka a fait partie de ceux qui ont permis au rap de se frayer un chemin hors des sentiers battu et il fera de même, si ce n’est déjà fait, pour le slam.

Antoine Gaudin

www.myspace.com/iraka20001

 

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