Nouvelle Vague

GAB PAQUET

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Véritable OVNI, porté par un vent de fraîcheur artistique, ambassadeur de l’intemporalité caractéristique des années quatre-vingt et défenseur de la pop synthwave façon coupe Longueuil, Gab Paquet sort son nouvel album “La Force d’Eros”. Le chanteur/compositeur canadien vient prendre à contre pied un auditoire qui, s’il peut se retrouver dans un premier temps déstabilisé, ne manque pas de succomber au charme fou de ce doux séducteur québécois. Véritable génie incarnant un univers de paradoxes dans lequel l’autodérision assumée et le kitsch, le romantisme et YouTube, le quotidien et le fantasme viennent fusionner au service du dernier espoir demeurant, l’Amour.

 

Votre carrière musicale a débuté depuis plusieurs années maintenant, comment a-t-elle évolué au fil des années ? 

J’ai toujours aimé composer des chansons, et ce depuis mon plus jeune âge. Lorsque j’en ai eu le niveau, mon premier choix a été de me tourner vers le rock progressif, avec des textes en anglais. Mais, très vite, j’ai réalisé que cela ne me convenait pas. Je ne progressais pas assez. Mais la musique demeurant malgré tout une passion, j’ai recherché autre chose. C’est là que je me suis intéressé à la chanson française et que je me suis mis à l’essayer. Mon écriture a tout de suite pris ses sources au cœur du registre de Georges Brassens. S’en est alors suivi ma découverte du personnage de Claude François qui devint, par la suite, mon mentor, que ce soit en termes d’esthétisme ou de kitch. Ensuite en 2013 que j’ai eu l’opportunité de pouvoir sortir mon premier album “Sélection Continentale” auquel succédèrent, en 2015, l’EP “Casio, Pad & Moustaches”, et, en 2016, l’album “Santa Barbara”. Et, en 2021, me voici, avec ce tout nouveau disque “La Force d’Eros”.

 

Quel est votre rapport à la séduction et comment l’intégrez-vous à la musique ? 

En ce qui me concerne, la musique est le vaisseau conducteur de toute cette dimension séductrice. Cet émoustillant mélange de groove et d’adrénaline qui fait shaker le popotin m’excite beaucoup et j’en ressens l’aspect contagieux. La séduction s’opère maintenant depuis plusieurs années. Ma spécialité, c’est la réalisation des spectacles de la St Valentin. Les chansons d’Amour et la romance qui s’en dégage ont toujours été dans ma nature par définition. Je vis tout cela à cent pour cent. Je m’y donne à fond.

 

Quelles ont été vos influences, en termes de styles et courants musicaux, dans le cadre de la composition du disque “La Force d’Eros” ?

Sur cet album, les influences croisées sont diverses et variées. L’idée était de repousser plus loin les frontières proposées par l’esthétisme des années soixante-dix et quatre-vingt. Avec le groupe, nous avons déroulé, chronologiquement, l’évolution musicale des années quatre-vingt-dix à nos jours. Cela va du son des Backstreet Boys sur le titre “1-800-666-SEXE” sur lequel on peut également percevoir des sonorités de scratch façon Limp Bizkit avec des guitares lourdes, au disco de la chanson “Sexy”, en passant par tout l’éventail de la pop française présent sur nos balades. Dans l’ensemble je dirais la pop en général.

 

Vous êtes un grand admirateur de Daniel Balavoine, en quoi est-il important dans votre carrière musicale ?

Daniel Balavoine n’est pas ce que j’appellerais une découverte récente, parce que je connaissais le chanteur depuis l’époque Starmania, mais, dernièrement, je me suis intéressé aux chansons et albums qu’il avait produit avant et après. Le disque “Les Aventures de Simon et Gunther” est une référence en ce qui me concerne. En utilisant les sonorités synthwave, il avait le don de créer des mélodies accrocheuses, à un tel point que, je l’avoue, il m’est maintenant difficile d’écouter certaines de ses chansons, à l’instar de “Vivre et Survivre”, tant je les ai écoutées en boucle. J’admire également l’artiste pour son esthétisme et la force de son engagement social.

 

Pourquoi avoir intitulé l’album « La Force d’Eros » ?

Lorsque le moment est arrivé de baptiser l’album, nous nous sommes bien évidemment mis à la recherche d’un titre résumant les différentes thématiques présentes sur l’œuvre dans son ensemble. Je suis tombé sur le “Banquet de Platon” (NDLR : texte de Platon constitué principalement d’une longue série de discours portant sur la nature et les qualités de l’amour). En ressortant de vieilles chansons de mes tiroirs, je me suis rendu compte que mes textes s’articulaient beaucoup autour de l’Eros céleste et de l’Eros vulgaire. L’Eros symbolise parfaitement l’impulsion de vie que je souhaite véhiculer au sein de mes chansons. La force d’Eros, en opposition à la mort traitée en boucle par les médias, est ce qui nous maintiendra en vie, l’étincelle qui sauvera l’humanité. 

 

Quelle valeur accordez-vous au mysticisme et à la spiritualité ? 

Je trouve le mysticisme, ainsi que le symbolisme et l’ésotérisme s’y rapportant, très intéressants. Mais à la différence des personnes traitant ces sujets avec trop de sérieux, je trouve indispensable d’y mêler l’autodérision. Il faut savoir rire de soi-même. C’est ce que je veux apporter à travers mes chansons qui sont à prendre avec un grain de sel. Entendons nous bien, le mysticisme me passionne mais indissociablement de l’humour.

 

Comment procédez-vous pour écrire et composer votre musique ?

La première étape, c’est l’enregistrement à domicile des pré-maquettes. Je pose tous les instruments. Je programme les batteries, je joue les parties de basse, de clavier, de guitare et je chante. Une fois cette phase terminée, j’envoie les enregistrements aux musiciens du groupe qui sont tous, sans exception, meilleurs que moi. Ils travaillent sur les morceaux puis nous entrons en studio pour la pré-production. Après quoi, nous enregistrons avec les vraies prises de son. En règle générale, en matière de composition, je commence par écrire les musiques. De fait, j’ai tout un stock de mélodies prêtes à être utilisées. S’ensuit la recherche du texte parfait à laquelle succède la mise en fusion des deux. Il peut arriver, parfois, que ce soit un texte qui m’inspire une musique. Généralement, c’est un long processus. Par exemple, concernant la chanson “Magie Rose”, j’avais composé la musique il y a dix ans et les paroles me sont venues l’année dernière. Il peut cependant parfois arriver que l’ensemble voit le jour rapidement.

 

Le texte de la chanson “Sexy” laisse sous entendre une vie professionnelle antérieure à laquelle s’associe la notion de drame. Pouvez-vous nous donner des précisions quant à celle-ci?

Mes chansons prennent comme source d’inspiration aussi bien la vie de mon entourage que ma propre expérience. Ce sont des faits vécus, semi-autobiographiques. “Sexy” relève de la prostitution. Je pense pouvoir considérer m’être déjà prostitué. J’ai vendu mon corps pour diverses raisons. Mais force est de reconnaître, qu’à différents niveaux, nous le faisons tous dans ce système capitaliste. Il s’agit également d’un exercice de différenciation permettant d’analyser les comparaisons faites entre le travail exigeant la commercialisation corporelle et le travail auto-défini comme étant plus pur. Pour moi, ces deux catégories d’activités évoluent sur la même onde. J’ai parcouru un large éventail d’emplois avant de devenir séducteur à temps plein.

 

Votre look et votre esthétisme sont encore, très souvent, culturellement associé au mouvement kitsch. Comment vous positionnez-vous par rapport à cela ?

Ce sont des choses que j’aime. Au début, cela me faisait rire. Mais cet univers est intrinsèquement lié à ma jeunesse. Je suis né dans les années quatre-vingt, j’étais amateur des films de Jean-Claude Van Damme, tout spécialement le film “Hard Target” (NDLR : “Chasse à l’Homme”) dans lequel il arbore une magnifique coupe mulet intégralement huilée.Un jour est arrivé où je l’ai juste assumée, rien ne pouvait m’empêcher d’avoir cette coupe. Depuis ce temps, j’assume entièrement ce qui est devenu mon mode de vie à part entière. Le regard des autres m’indiffère totalement. Cela permet également de mieux saisir son interlocuteur. Faire le tri entre les gens qui restent mystifiés par l’esthétisme et ceux qui ne s’arrêtent pas là.

 

Votre album sort le 12 février, une date très rapprochée de la Saint-Valentin, cela n’est certainement pas un hasard je présume ? 

Non en effet, cela n’est pas un hasard du tout. La pandémie (NDLR : COVID 19) a tout retardé. L’album était supposé sortir en automne 2020. Mais ce n’est pas un problème, la St Valentin vient tout à propos. Nous aurions préféré une sortie pour le 14 février mais cela tombe un dimanche cette année, or les sorties de disques sont programmées les vendredi. On ne réinvente pas le calendrier. Ajoutons à cela le fait que c’est, chaque année, pour moi, un rituel de produire un spectacle à la St Valentin. Un moment où les spectateurs viennent pour célébrer la fête de l’Amour mais de façon non sérieuse, décalée. Rien ne me fait plus plaisir que les gens me retrouvant après le show pour me déclarer qu’ils ont renoué avec la St Valentin ou bien, tout simplement, avec leur amour. Pouvoir être le Cupidon des esseulés.

  

Au sein de la scène canadienne, vous considérez-vous comme un OVNI ou bien existe-t-il, à votre connaissance, des artistes se rapprochant de votre style?

Au Québec, nous sommes très forts sur la notion d’image liée aux personnages. Tout ce qui attrait à la mise en scène en général. Je pense à mon ami Anatole, qui joue de la pop synthwave sous les traits d’un dandy androgine, ou bien encore à Valence (NDLR : victoire aux Francouvertes 2020) qui a sorti plusieurs EP et un album aussi il me semble. Après il faut comprendre qu’il y a une nette différence entre la scène du Canada français et celle du Canada anglais. Ceci étant dit, je crois que malgré quelques ressemblances avec d’autres artistes, mon projet reste assez unique. Dans le kitsch en tous cas.

 

Comment, en cette période de crise sanitaire, la culture et la musique sont-elles mises en pratique au Québec  ?

Oh c’est complètement mort. Il n’y a plus aucun spectacle. On nous permet tout de même de présenter des Facebook Live, de réaliser des tournages et d’enregistrer en studio. Ces activités là restent autorisées car en lien direct avec la notion de travail. Mais le spectacle vivant, lui, est absolument mort. Nous avons la chance, qu’au Québec, la culture et le tourisme prennent une importance toute particulière. Aussi le maire nous avait autorisé, l’été dernier, à fermer des rues afin de les transformer le temps d’un concert, en rues festives où se déroulaient des spectacles improvisés. J’ai eu le privilège de pouvoir en effectuer quelques-uns. Ce fut une chance car nous étions programmé pour le festival d’été sur les Plaines d’Abraham mais l’ensemble du festival s’est retrouvé annulé comme partout. Cela a été une vraie déception, nous croisons les doigts pour cette année ou bien l’année prochaine.

 

Hors Covid envisagez vous une tournée internationale ? Peut-on espérer pouvoir venir vous voir en France ?

Bien sûr, c’est le but. Toucher et rencontrer le plus de gens possibles avec ma musique. Surtout aller voir les gens qui parlent en français. Cela rend les choses beaucoup plus facile en termes de communication. C’est mon rêve d’aller jouer, pour vous, en France.

 

Aurélie Kula

www.facebook.com/paquetgab

Crédit photo : Jay Kearney

 

1 Commentaire

  1. Vincent 10 février 2021 à 18 h 08 min

    Album de l’année sans hésitation !!!

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