Nouvelle Vague

FAUVE

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Cinq lettres, un cri, un flou. Fauve. Le nouveau groupe français qui fait des émules ces derniers mois. Vous en avez certainement entendu parler, vous en avez peut-être entendu en rire, vous en avez peut-être écouté. On gobe leur musique comme on avale un laroxil-double-scotch. Exercice complexe et périlleux qui a déjà fait de nombreuses victimes. Dissection anatomique d’un brouillard artistique.

 

Pas beaucoup de photos, pas beaucoup d’interviews, il y a une sorte de mystère qui plane sur vous. Finalement c’est quoi Fauve, c’est qui ?

Fauve c’est une quinzaine de personnes, entre 16 et 40 ans. Ce n’est pas qu’un groupe de musique, c’est un collectif de garçons, de filles, de vidéastes, de photographes, de musiciens, de paroliers, qui font ça pour se sentir mieux, parce qu’ils s’embêtaient dans leur routine. Ça a commencé il y a trois ans sur Paris, mais nous venons d’un peu partout en France. Le seul point qui est légèrement secret, en réalité, c’est notre image. Nous ne voulons pas en faire trop. Les textes sont déjà très impudiques puisque qu’intimes et vrais. Nous n’avons pas envie de poser notre gueule là-dessus. C’est juste une question de pudeur et de simplicité. C’est plus simple pour nous.

Pourquoi avoir choisi ce nom et ce logo ?

Fauve c’est juste un terme auquel on associait l’imagerie qui concordait avec ce que nous voulions faire : quelque chose de brut, de sauvage, coloré, un peu dense et fort émotionnellement. C’est devenu un qualificatif pour nous. Trouver le bon terme nous a aidé, maintenant nous nous posons la question : « Est-ce que ce que nous faisons est Fauve ? ». Pour le logo, c’est un F avec la barre d’en haut qui est tombée, le dessin donne ce signe différent ≠. Nous aimions l’idée que tout le monde puisse se l’approprier.

Comment est-ce que vous travaillez ?

Tout part de longues discussions. Pendant des heures le groupe se réunit et discute, de choses et d’autres, des bavardages banales entre potes qui peu à peu dessinent une ambiance, un cap à suivre. C’est le même processus pour la musique, les clips ou tout simplement les t-shirts. A la base il y a des débats entre chacun puis quelqu’un de plus « spécialisé » va prendre son stylo et écrire des pages et des pages, ou bien va sortir avec sa caméra et faire des centaines de plan. Ils vont faire une sorte de synthèse de tout ce qui a été dit, le concrétiser. Par la suite, nous prenons ce que nous aimons dans le tas. Du coup le vidéaste a autant son mot à dire sur la musique que le musicien et inversement.

Il n’y a pas de place pour la spontanéité ?

C’est un équilibre à trouver. Le collectif Fauve c’est vraiment une thérapie de groupe, pour nous et entre nous. Donc il y a beaucoup de discussions sur l’intention, sur ce qui nous blesse, nous fait du mal, nos questions, nos angoisses, pour essayer d’y trouver une solution, de mieux cerner le problème. On cible. Les discussions sont très longues, mais l’écriture, elle, est viscérale, elle se fait spontanément, en bloc et pareil pour la vidéo. Nous discutons des intentions mais la concrétisation dont chacun est en charge se fait très naturellement. C’est ça qui donne l’aspect dense et à fleur de peau.

Quelle relation vous entretenez avec votre public ?

Une relation très bienveillante. Fauve n’a jamais eu la posture de « groupe de rock », avec en quelque sorte les gars sur scène qui sont mis sur un pied d’estale et le public. C’est hyper rassurant et réconfortant, nous savons que ceux qui sont en face sont nos semblables. Il y a des témoignages de personnes qui nous disent que nous les avons aidé, que nous les avons sauvé. C’est surprenant, même parfois difficile à assumer. Parce que nous n’avons rien fait. Ce sont des raisons assez égoïstes, qui nous on poussé à faire Fauve. Du coup nous ne nous sentons pas toujours légitimes.

Après trois ans d’existence vous ne connaissez le succès que maintenant, c’est quoi le déclic ?

Cela fait trois ans que nous travaillons mais il nous a fallu un an pour écrire la première musique. Ça a été très lent. Tout s’est accéléré grâce au clip de « Nuits Fauves », notre troisième morceau. En fait c’est grâce aux personnes qui nous suivent. La dimension du bouche-à-oreille est très importante.

Ce succès soudain, il vous a apporté que des bonnes choses ?

La personne qui aime et qui partage, ce succès là, il est positif. Par contre le succès médiatique n’est pas bon pour nous. Du jour au lendemain certains grands journaux se sont mis à parler de nous. On se retrouve à être attendu au tournant alors que pour nous il n’y avait pas de tournant. C’est un buzz que nous avons tenté de ralentir en ne faisant que très peu d’auto-promotion. Nous essayons de ne pas nous habituer aux choses cools qui nous arrivent. Parce que nous avons conscience que cela peut être une sorte de feu de paille, qui brûle très fort pendant deux mois et puis plus rien.

Certaines chansons ont disparus comme « Saint-Anne » ou « 4000 îles ». Comment s’est fait le choix des chansons pour l’EP ?

Il fallait faire des choix, toutes les chansons ne pouvaient pas être sélectionnées. Alors parmi tous les morceaux, nous avons choisi d’enlever entre autres, ces deux là. Ils sont un peu à part et ne vont pas dans la direction que nous souhaitons prendre. « Saint-Anne », est beaucoup trop sombre, sans aucun espoir et « 4000 îles », c’est l’inverse, trop naïf, sans constat dérangeant. C’est les deux extrémités de ce qu’on sait faire. Ce n’était pas l’identité du groupe dans la mesure où nous sommes plutôt à la recherche d’un juste milieu.

Vous n’avez toujours pas signé pour un label. Vous souhaitez rester indépendants ?

Au moment où le premier EP a été enregistré, Fauve ne faisait encore que des tournées dans les bars. Personne nous connaissait. Donc il n’existait pas d’autres choix que de s’auto-produire. Aujourd’hui, la situation a changé, des labels professionnels nous ont contacté, mais nous avons décidé de ne pas répondre positivement à ces offres. Nous ne voulons pas gâcher le plaisir de pouvoir tout contrôler, de faire ce dont nous avons envie, entre nous et avec ceux qui nous entourent. Même si la décision n’est pas irrévocable.

Manon Feldmann

Le 26/09 dans le cadre du festival Marsatac – Marseille (13).

www.fauvecorp.com

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