Nouvelle Vague
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La Compagnie Rassegna nous offre, avec sa dernière création « Il sole non si muove » un doux voyage au XVIème siècle. Quatre cordes et cinq voix (dont la flûte kaval) se répondent dans une harmonie intemporelle, par l’introduction de la guitare électrique et les arrangements de Bruno Allary. Quelques percussions s’invitent délicatement dans cette rencontre aussi festive que mélancolique, spirituelle et sensuelle, polyphonie ancrée dans l’inconscient collectif.

 

Après la création « Buena sombra », en 2013, qui explorait les chansons des années 50 et 60 des grandes villes de Méditerranée, la Cie Rassegna remonte de plus en plus loin dans le temps, pourquoi ce retour au XVIè siècle ?

Nous avons choisi de faire un focus sur cette période, car elle fait écho à notre démarche. La frontière y est ténue entre musique savante et populaire, le XVIème siècle étant pleinement nourri de ce que l’on nomme aujourd’hui les « pratiques amateur ». Par ailleurs, à cette époque, les hommes et leurs idées circulent sur de grandes distances. Ce qui explique que l’on retrouve des croisements d’influences entre l’Espagne et les Flandres, l’Italie et l’Angleterre Élisabéthaine ou encore que naissent les chants dits « de ida y vuelta », d’aller-retour (entre le vieux continent et l’Amérique notamment).

 

D’où l’apparition dans votre répertoire de chants d’origine anglaise ?

En effet, nous débordons plus largement qu’à l’habitude l’horizon méditerranéen, depuis l’Empire Ottoman jusqu’à l’Angleterre. Le lien est évident quand on se plonge dans cette époque : la musique se joue alors vraiment des étiquettes. Les musiciens, notamment de cour, sont parmi les principaux acteurs d’une diffusion élargie de la culture, également facilitée par les débuts de l’édition musicale. Cette époque voit aussi naître le binôme chant et cordes pincées dans la filiation duquel se situent la folk et la pop music actuelles. Cette influence anglaise constitue une sorte de fil conducteur dans « Il sole non si muove ».

Vous allez encore plus loin et osez introduire de la guitare électrique dans la musique de la Renaissance.

Oui, là encore, l’anachronisme n’est qu’apparent, compte tenu de la modernité des compositions d’alors. S’ils vivaient aujourd’hui, nul doute que Dowland ou Hume, plus encore, apprécieraient la Telecaster ! Pour le reste, le oud et le kaval remplacent les luth et flûte Renaissance, tandis que la basse électrique se fait notre écho du théorbe.

 

Présentez-nous la nouvelle formation de la Cie Rassegna, qui fait la part belle aux femmes dans cette création.

Pour la première fois, notre distribution se fait largement féminine : Sylvie Paz, au chant hispanique et aux percussions, travaille avec nous depuis quelques années déjà, tout comme Carine Lotta qui nous a apporté son héritage sicilien. Isabelle Courroy à la flûte kaval et la chanteuse portugaise Carina Salvado nourrissent la compagnie d’influences plus inédites. Enfin, Mireille Collignon à la viole de gambe, joue un rôle central dans cette création. Son expertise dans le domaine des musiques anciennes est une ressource aussi précieuse qu’essentielle à la conduite de ce projet. Quant à Fouad Didi au chant et luth arabe et Philippe Guiraud à la basse, ils sont des piliers historiques de la compagnie. Moi-même, j’oscille pour ce projet entre guitares électrique, flamenca et baroque, cette dernière, que j’ai découverte tout récemment, bousculant vertueusement ma pratique de musicien.

 

Marianne Larcheron

www.ensemble-multitudes.com

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