Nouvelle Vague

COCK ROBIN

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Démarche de cow-boy, t-shirt noir, foulard autour du cou et guitare acoustique à la main ou toujours très proche de lui, Peter Kingsbery, plus connu comme le chanteur et compositeur principal du groupe Cock Robin depuis plus de 30 ans et heureux de pouvoir accorder une interview en anglais, passe en revue son aventure musicale de son enfance à aujourd’hui et les décisions qu’il a dû prendre pour sa carrière.

 

 

Quelles ont été tes influences musicales ?

Eh bien, j’ai commencé à prendre des leçons de piano vers l’âge de 5 ans et je jouais déjà des trucs assez passionnants à l’âge de 10 ans. J’étais vraiment bon au piano mais je me suis intéressé à la pop comme probablement tout le monde à mon âge, d’abord avec les Beach Boys, puis les Beatles… Après ça, c’était juste un étalage de tous les gens qui sont arrivés pendant les années 60 et il y avait une tonne de choses. En un mois, tu entendais toujours quelque chose d’incroyable.

 

Tu vois un artiste qui est sorti du lot pour toi en tant que compositeur ?

Dans ma voiture, j’avais un lecteur 4-pistes, tu sais, ces grosses cartouches qu’ils faisaient, et j’avais « Electric Ladyland » [de Jimi Hendrix], Young Rascals [plus tard connus principalement sous le nom The Rascals – ndlr], même Blood, Sweat & Tears… tous types de musique différente. J’avais « Strange Days » des Doors. C’était le genre de choses que j’écoutais *tout le temps* en conduisant. Je vivais au Texas à l’époque, à Austin. Une de mes chansons préférées et qui l’est probablement toujours est « Tin Soldier » des Small Faces. Et j’ai découvert comment chanter et tout ça à cette époque. Puis Joni Mitchell est arrivée, et c’est elle qui a changé la donne. D’un coup, j’ai entendu quelqu’un qui était auteur / compositeur / interprète. Jackson Browne était populaire à l’époque, [Bob] Dylan, bien sûr, mais quand Joni est arrivée, il y avait quelque chose de vraiment touchant pour moi d’une manière que je n’avais jamais éprouvé auparavant. Je me disais: « Wow, ce serait génial d’être capable d’écrire des chansons qui touchent les gens comme ça ! », tu vois… J’aurais pu être un imitateur de Joni Mitchell à un moment jusqu’à temps que je trouve ma voix. Je savais quel son adopter et je connaissais la puissance de sa gamme vocale mais je ne connaissais pas encore ma propre voix. Puis je l’ai trouvée ! C’est ce qui a tout changé pour moi. Je me suis dit: « Ah voilà, ça c’est à moi ! Maintenant, j’ai ma propre voix ! »

 

Alors comment as-tu décroché ton premier contrat d’album ?

Eh bien, nous étions un groupe de 4 à l’époque et on donnait des petits concerts à Los Angeles, on remplissait les clubs en marchant sur les talons de groupes comme The Motels, The Knack… On a été parmi les chanceux qui ont eu l’occasion d’être écoutés et tout ça, on le doit à un homme qui s’appelle Jay Landers qui s’est intéressé à mes chansons. Je lui ai dit: « OK, j’écrirai des chansons pour ta maison de disques mais je veux pouvoir monter un groupe », il m’a répondu « Fais ce que tu veux ! » Il était super. Je recevais un chèque vraiment très, très maigre chaque semaine, juste de quoi m’acheter des haricots en boite et survivre ! Et j’ai eu plein d’autres boulots aussi mais c’était juste le début, c’était en passant par ma maison d’édition, et puis Anna est arrivée, elle avait sa propre carrière solo. On s’est débrouillés pour jouer devant les bonnes personnes et ils nous ont emmenés chez Sony, enfin, Columbia [à l’époque]… On a eu de la chance ! On a eu énormément de chance…

 

Les producteurs de vos premiers albums, Steve Hillage et Rhett Davies viennent du rock psychédélique [Steve Hillage était membre de Gong, Rhett Davies a produit des albums de Brian Eno – ndlr]. C’est un choix étrange étant donné la musique que vous faisiez qui était plus orientée pop.

Absolument ! Tu sais, l’industrie musicale était un truc monstrueux à l’époque, et ce n’était pas toujours clair, en fait, c’est drôle ! Je n’ai jamais rien compris au comportement des maisons de disques et ce que le rapport entre artistes et maison de disques devrait être. Et le jour où j’ai vu comment les Beastie Boys avaient signé avec leur nouvel album et comment ils parlaient de la maison de disques, je me suis dit: « Oh, je n’avais jamais pensé à ça ! » Ils étaient fantastiques !

 

Et ils étaient sur le même label que vous.

Oui, le même. Et tu sais, je pense qu’Anna et moi nous sommes frayés un chemin assez maladroitement dans notre relation avec Sony. Ils nous ont fait du bien mais une fois qu’on a commencé à réussir aussi bien en Europe, ils nous ont lâché. Ils nous ont juste dit: « Bon, vous, vous êtes un groupe européen maintenant… et bonne chance ! » Parce que Sony en Europe, c’est Sony sur la Côte Ouest, c’est la même chose pour eux.

 

Tu penses que le nom du groupe a été un obstacle pour vous marketer aux Etats-Unis ? [« Cock » en argot anglais est l’équivalent de « queue » en français – ndlr.]

Oh que oui ! En Angleterre surtout ! Ils ont refusé… L’Angleterre était la plus prude avec ce nom.

 

Pourquoi y tenir autant alors ? Tu savais que vous étiez en train de vous tirer une balle dans le pied…

Tu vois, c’est intéressant parce que « Cock Robin » vient d’un comte de fées pour enfants. Je ne suis aucunement naïf, d’accord ? Mais mes intentions n’étaient clairement pas destinées à essayer de choquer ou quoi que ce soit. J’étais un éternel romantique et l’histoire de Cock Robin et Jenny Wren m’a soudainement touché. C’est quand même l’histoire d’un oiseau qui se marie à son grand amour et son meilleur ami le tue accidentellement le jour de son mariage. Et je me suis dit, merde, c’est fort quand même ! Et c’est un poème pour enfants ? Alors tu vois, bien sûr, j’étais au courant et il y a eu un moment avant qu’on débute où on a essayé de le changer et la maison de disques nous a dit: « Non, revenez sur l’ancien nom » et je ne sais pas pourquoi, je ne sais vraiment pas… C’est marrant parce qu’en même temps, le nom a bien pris en Europe ! La plupart du continent n’en avait rien à foutre qu’on s’appelle « Cock quoi que ce soit », ils se disaient juste: « Voilà, c’est le nom du groupe, on s’en fout ». Mais l’Angleterre s’est montrée très prude. C’était très étrange.

 

Pour le 2ème album, « After Here Through Midland », Clive [guitariste] et Lou [batteur] ont quitté le groupe. Pour quelle raison alors que vous étiez en pleine ascension ?

Ouais, c’est une bonne question. Je ne vais pas entrer dans les détails mais tu sais, j’avais les chansons, j’étais le seul compositeur dans le groupe, tout ce truc est basé autour de l’enregistrement et l’arrangement de mes chansons et Clive traînait des pieds en me disant: « J’aime pas les morceaux, je n’ai pas envie de m’occuper de ça, je fais autre chose… » C’était étrange. Et heureusement, je suis heureux de dire que Clive et moi sommes toujours amis et qu’il a continué à faire des choses vraiment bien. Lou, de l’autre côté, on ne se voit plus, on ne se parle plus, mais c’était une période aride pour le groupe où le groupe est juste devenu un duo. C’est juste arrivé comme ça et les circonstances étaient telles que c’était genre on était en studio, tu vois, et je ne sais pas combien on payait par jour, et notre guitariste traîne des pieds en disant « Oh, je sais pas si je vais être au niveau aujourd’hui, je n’ai pas préparé de partie guitare », et je lui disais: « Mec, magne-toi, on est en studio ! » C’était un peu dur comme ça et au final, Anna et moi, on a dit: « Vous savez quoi ? On va juste être un duo et on embauchera des musiciens ». Ce n’était peut-être pas la meilleure décision à prendre mais c’est ce qu’on a fait.

 

Après que le groupe ait splitté en 1990, tu as commencé une carrière solo et j’ai remarqué que dès 1995 et ton album « One In A Million », tu as arrêté de sortir des disques aux Etats-Unis. Comment ça se fait ? C’est toi qui…

Non, je n’ai pas pris cette décision. Depuis ’95 ? C’est bon à savoir.

 

Je crois bien oui, « A Different Man » de ’91 est le dernier à avoir un pressage américain.

Cock Robin a eu un contrat en bonne et due forme. Ce groupe n’a pas signé depuis plus de 12-15 ans, alors tu sais, on est « autonomes » [en français dans l’interview – ndlr.] Et je dois dire, oui, c’est beaucoup plus de boulot mais il y a énormément moins de politiques internes et ce que nous créons est à nous. Pour le meilleur ou pour le pire, nous faisons partie de ce qu’il se passe actuellement dans la scène musicale. Nous en faisons partie et nous en sommes fiers ! Mais oui, je pense que tous les gens de ma génération qui faisaient des disques et qui ont eu affaire à cela ont dû prendre une décision. Parce qu’ils venaient d’une situation qui était comme une sorte de grosse bulle ! De budgets de dingues qui étaient hors de contrôle… tu sais, toutes les maisons de disques qui roulaient en belles voitures et les artistes qui prenaient la grosse tête… c’était un bordel ! Tout le monde drogué. Ce n’était vraiment pas cool ! Aujourd’hui, je pense que tout le monde connait les règles du jeu, il y a eu un grand nivellement. Si tu as du talent et que tu veux le vendre à la criée, que tu veux le vendre en boutique, que tu veux te retrouver devant les gens, active-toi ! Le temps presse. Et personne ne va t’aider. Personne.

 

[Le manager entre et me dit qu’il me reste 2 minutes] Puisque c’est ma dernière question, avançons jusqu’à ce tout dernier album, « Chinese Driver »: très différent de tout ce que tu as pu faire avant. En fait, c’en est à se demander pourquoi même préserver ce nom, Cock Robin, surtout qu’Anna ne fait plus partie du groupe, c’est bien ça ? À moins que ce soit temporaire…

Non, c’est définitif… Eh bien, tu sais, avec Cock Robin, je pense qu’on a eu un grand obstacle à franchir. Si on avait été un groupe et non un duo, vers la fin, je pense que la dramaturgie de garder le nom aurait frappé moins fort mais au bout du compte, je veux pouvoir travailler et tout le monde me connaît comme le gars de Cock Robin. On ne me connaît pas sous mon nom, du moins pas bien.

 

Ce n’est pas faute d’avoir essayé avec 4 albums solo…

Tout ce que je voulais, c’était juste de pouvoir exister. Ce n’était pas mon idée. Je te rappelle que c’était l’idée d’Anna de quitter le groupe. Je voulais continuer Cock Robin, et comme tu le vois, je le fais toujours ! Je pensais que Cock Robin avait trouvé une niche qu’aucun autre groupe n’avait, on avait un son, on avait un truc, et même si tu as abordé le sujet « Pourquoi appeler ça ‘Cock Robin’ ? Ça ne sonne pas comme du Cock Robin », eh bien, pour moi, ça a le son de Cock Robin en 2016 ! Quel son Cock Robin est-il censé avoir en 2016 ? Il a le même chanteur, le même compositeur,…  tu vois ce que je veux dire…

Propos recueillis le 7 Juillet 2016 aux Nuits du Sud de Vence.

 

Christopher Mathieu

 

Le 15/10 à l’Opéra Garnier – Monaco (98)

cockrobin.fr

Crédit photo : Julien Lachaussée

 

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